Le bâtiment abritant le CUC, au Boulevard de Grancy, est en rénovation (Photo:Raphaël Zbinden)
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Le bâtiment abritant le CUC, au Boulevard de Grancy, est en rénovation (Photo:Raphaël Zbinden)

Lausanne: le foyer du CUC s'éteint

17.03.2017 par Raphaël Zbinden

Plus qu’une institution, c’est une “famille” qui se disloque. Tel est l’amer constat des étudiants face à la disparition programmée du foyer du Centre universitaire catholique (CUC), à Lausanne.

L’assemblée générale du CUC, qui a eu lieu le 15 mars 2017, n’a pas décidé de sa dissolution. L’association veut encore pouvoir entourer les étudiants. Son directeur, David La Framboise, ne sait pas exactement quels sont les projets concernant le bâtiment du Boulevard de Grancy, qui hébergeait le foyer. L’immeuble est actuellement en rénovation.

Ils “squattent” le bâtiment

Des images de fête et de bonne humeur défilent sur l’ordinateur de Christophe*, étudiant à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui est venu du Moyen-Orient pour faire ses études en Suisse. Il avait trouvé dans le foyer du CUC plus qu’un logement à loyer modéré et une aide financière: un véritable esprit de famille. Son camarade, Albert*, un Français qui s’efforce de représenter les intérêts des “cucards”, comme on les appelle, exprime la même incompréhension face à la situation difficile dans laquelle soudainement ils se retrouvent. Avec une bonne trentaine de leurs camarades, ils “squattent” littéralement le bâtiment du CUC. L’immeuble appartient à la Fondation des constructions paroissiales catholiques, liée à la Fédération ecclésiastique catholique romaine du canton de Vaud (FEDEC-VD), l’institution chargée de la gestion financière et administrative de l’Eglise dans le canton.

15 jours pour trouver un nouveau logement

C’est que, depuis le 31 décembre dernier, la Fondation n’a pas renouvelé le bail à loyer en faveur de l’association du CUC, qui administrait le foyer d’étudiants. Les résidents étaient censés quitter les lieux à cette date. Mais seuls quatre d’entre eux ont pu le faire sur une quarantaine, ne l’ayant appris que le 15 décembre. “Trouver à se reloger en l’espace de deux semaines, juste avant les fêtes de fin d’année, et en pleine période d’examens, c’est extrêmement difficile”, commente Albert*. “Si en plus, comme la plupart des étudiants ici, vous avez un budget très réduit, ça devient mission impossible”, renchérit Christophe*. Face à ce constat, la FEDEC tolère la présence des étudiants dans le bâtiment, en tout cas jusqu’au 30 juin prochain, date à laquelle ils devront quitter les lieux. En attendant, ils vivent tant bien que mal dans le centre, où des travaux de rénovation ont commencé.

Vivre dans un bâtiment en travaux

Cath.ch, qui a rendu visite aux étudiants sur place, a pu se rendre compte de la situation compliquée que vivent les jeunes. Les travaux entravent notamment leur circulation dans le bâtiment. Pour se rendre à la cuisine, ils doivent emprunter un ascenseur vétuste qui tombe quelquefois en panne.

La cuisine des étudiants est coupée en deux par une paroi de bois (Photo:Raphaël Zbinden)

La cuisine elle-même est coupée en deux par une paroi provisoire de bois, à cause de travaux de désamiantage dans l’autre partie de la salle. Même si on leur a assuré que toutes les précautions sanitaires ont été prises en rapport à cette substance cancérigène, ils ne peuvent s’empêcher d’être inquiets pour leur santé. Alors que certaines issues sont bloquées, ils s’interrogent également sur le respect des normes anti-incendies. “Cela étant dit, nous n’avons personne à qui adresser nos plaintes, puisque nous résidons ici ‘illégalement'”, déplore Christophe*.

Bail non renouvelé

David La Framboise est spécialement touché par la situation. Il s’inquiète en particulier pour l’avenir des étudiants. Il avoue ne pas comprendre l’attitude de la FEDEC, qui a soudainement décidé de ne pas renouveler le bail. “Nous l’avons appris de manière ‘abrupte’, juste quinze jours avant”, confirme-t-il. Approchée par cath.ch, la FEDEC a confirmé que des travaux de rénovation et d’entretien indispensables et devenus urgents ont été entamés en ce début d’année et se poursuivront au second semestre dans la partie du bâtiment abritant des chambres d’étudiants.”Il est donc prématuré de nous exprimer sur ce chantier”, affirme le service de communication de la FEDEC. L’institution souligne que ce dossier fait toujours l’objet de discussions. Elle assure avoir connaissance que des étudiants sont toujours logés au foyer et confirme que, dès juillet prochain, le foyer sera complètement rénové et transformé.

Les étudiants vivaient dans un véritable esprit de famille (Photo:Raphaël Zbinden)

De son côté, David La Framboise affirme avoir reçu de la FEDEC, dans le courant de l’année 2016, l’assurance que les travaux prévus de longue date ne seraient pas entrepris prochainement au boulevard de Grancy. Dans cette perspective, il a reloué toutes les chambres. Mais Le 15 décembre, alors qu’il pense aller à une simple réunion de renégociation du contrat, on lui annonce que ce dernier ne sera pas renouvelé. “Il est vrai que je n’avais pas demandé le renouvellement, mais cela se passait depuis de nombreuses années de façon tacite, automatiquement”, précise le directeur du CUC.

La fin d’un monde

Les subventions de la FEDEC et la location des chambres représentent 99% du revenu de l’association. Depuis le 31 décembre, elle a donc perdu ces deux sources de revenu. La FEDEC assure de son côté que l’affectation de cette partie de l’immeuble demeure inchangée: après les travaux, un foyer pour étudiants sera donc maintenu. Au cas où la Fondation décide de reprendre la gestion du foyer à son compte, elle reste ouverte à un possible partenariat pastoral avec l’association CUC, affirme le service de communication de la FEDEC.

Au-delà de la disparition d’une institution plus que quinquagénaire, qui avait prouvé son utilité, David La Framboise y voit le terme d’une “expérience assez unique, qu’il sera difficile de reconstruire”. Albert* et Christophe*, qui vivent depuis quelques années dans le foyer, confirment qu’il s’agit de “la fin d’un monde”. Ils décrivent un lieu où les étudiants étaient accueillis et aidés, autant sur le plan spirituel que moral ou matériel. Les “cucards” formaient une “grande famille” où régnaient la solidarité et l’entraide. Ils redoutent ainsi que l’endroit ne devienne une institution “gérée par des managers”, coupés des réalités spirituelles et émotionnelles des jeunes.


Des locaux destinés à l’accueil des étudiants

Le bâtiment du boulevard de Grancy a pour vocation d’accueillir des étudiants. En effet, au début des années 1970, les déficits d’exploitation avaient entraîné des charges très lourdes, que le CUC, en tant qu’association propriétaire, n’était plus à même d’assumer. Afin que le foyer puisse continuer ses activités, il avait cédé et transféré l’immeuble à la Fondation des constructions paroissiales catholiques. D’après l’acte de cession de mai 1976, le transfert s’était notamment fait à la condition que “le CUC affecte ces locaux à la pastorale des étudiants”. (cath.ch/rz)

*prénoms fictifs


L'Eglise catholique vaudoise a les moyens "d'agir et d'être présente partout dans le canton" | © Bernard Litzler

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