L'historien Kérim Berclaz (à dr.) a étudié les testaments de 9 évêques lausannois: un travail sur la mémoire individuelle et sociale du Pays de Vaud © Bernard Litzler
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L'historien Kérim Berclaz (à dr.) a étudié les testaments de 9 évêques lausannois: un travail sur la mémoire individuelle et sociale du Pays de Vaud © Bernard Litzler

Lausanne: quand les évêques rédigeaient leur testament

08.02.2019 par Bernard Litzler

Les testaments des évêques de Lausanne, aux XIVe et XVe siècles, lèvent le voile sur l’exercice du pouvoir épiscopal en Pays de Vaud. Avant 1536 et les bouleversements de la Réforme, les prélats entretenaient avec soin leur mémoire post mortem, notamment à la cathédrale de Lausanne.

Othon de Champvent, Guy de Prangins, Aymon de Cossonay, Guillaume de Saluces: ces noms ont passé à la postérité. Ce sont des évêques de Lausanne, au Moyen Age. En étudiant leurs testaments, le jeune historien Kérim Berclaz fait revivre la société cléricale et politique du Moyen Age. Résultat: un ouvrage de près de 400 pages, titré Les voies de l’éternité*.

Le lignage des familles nobles

“J’ai été étonné et ravi d’étudier ces testaments qui pouvaient s’apparenter à des ‘bondieuseries'”, a indiqué le chercheur, le 6 février devant une soixantaine de personnes, réunis aux Archives municipales de Lausanne. Il a fait parler les testaments – rédigés en latin sur parchemin – de neuf prélats, au pouvoir entre 1301 et 1461.

Les éléments testamentaires comportent deux aspects, temporel et spirituel. Car l’évêque est un chef spirituel et une autorité politique. Côté temporel, il s’agit de maintenir la cohésion du lignage des familles nobles qui ont vu l’un des leurs devenir évêque de Lausanne. “La succession d’un évêque va souvent à ses neveux”, indique Kérim Berclaz. Pour l’aspect spirituel, les testaments revêtent différentes formes, dont le but est d’entretenir le souvenir du défunt.

Modestie face à la mort

Avant de mourir, un évêque donne des instructions concernant l’ordonnancement de ses funérailles. Car une cour s’est constituée autour de lui. Les obsèques de ce prince d’empire, également comte de Vaud, doivent refléter son rang social, même s’il y a “une recherche de modestie face à la mort, l’évêque devant rester un modèle de piété”, dit Kérim Berclaz. Le cortège des funérailles est organisé par le testament: ainsi pauvres, ordres religieux, parenté et cour épiscopale trouveront leur place, selon les instructions laissées par le défunt.

Les œuvres pieuses sont également consignées. Ce sont des legs pieux pour des messes commémoratives ou des dons à des œuvres charitables, notamment. Car prévoir des messes est “un moyen d’affirmer le souvenir d’un évêque”.

Le lieu du repos éternel

Outre les messes, qui assurent la mémoire individuelle du prélat, le souvenir se perpétue aussi par la sépulture. Le choix du lieu du repos éternel de l’évêque revêt de l’importance. Un autel privé, voire une chapelle privée, sont parfois prévus. C’est à la cathédrale de Lausanne, lieu par excellence de la mémoire vaudoise et pèlerinage fréquenté au Moyen Age, que l’évêque organise la continuité de sa mémoire. Certains adjoignent leurs armoiries familiales à leur chapelle privée, voire font fabriquer une dalle funéraire à leur nom.

L’attachement fort à la fonction épiscopale, dans un Pays de Vaud encore soumis au pouvoir de l’évêque, ressort nettement des documents étudiés par Kérim Berclaz. Autre élément fréquent dans ces dispositions écrites, le rôle de la cathédrale de Lausanne. L’édifice religieux, consacré en 1275 par Grégoire X, est présent dans tous les testaments. Et les évêques décédés après le XIIe siècle y sont tous enterrés.

La crosse et la mitre

Pour prolonger la mémoire institutionnelle de l’évêché, les prélats rédigeant leur testament prennent soin de transmettre à leur successeur leur crosse et leur mitre. Ainsi Guillaume de Saluces, en fonction de 1440 à 1461, lègue à ses successeurs la crosse et la mitre provenant de son prédécesseur Guillaume de Challant qui les a lui- même reçues de Jean de Prangins.

La boucle est ainsi bouclée. Le pouvoir est transmis, la mémoire est vivifiée. Ce monde ecclésial sera bouleversé un siècle plus tard, par la Réforme de 1536. Le Pays de Vaud, de province du duché de Savoie, devint sujet de la République de Berne. L’évêque de Lausanne prendra la fuite… Et les évêques n’auront plus l’occasion de mettre par écrit leurs dernières volontés. (cath.ch/bl)


* Kérim Berclaz, Les voies de l’éternité: les testaments des évêques de Lausanne et
la construction d’une mémoire épiscopale (XIV – XVe s.), Cahiers lausannois
d’histoire médiévale, 2017.


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