Le Parlement d'Appenzell Rhodes-Exterieures se recueillent au début de la séance.|Canton AR
Suisse
Le Parlement d'Appenzell Rhodes-Exterieures se recueillent au début de la séance.|Canton AR

Le “Notre Père” fait débat entre les députés appenzellois

10.12.2018 par Raphael Rauch (kath.ch), traduction et adaptation Davide Pesenti

Un moment de prière suivi par le “Notre Père” au sein du Grand Conseil cantonal ? En Appenzell Rhodes-Extérieures il s’agit d’une longue tradition. Mais la semaine dernière, deux membres du législatif, dont le fils d’un pasteur réformé, se sont rebellés contre cette pratique. Ils ont passé les deux minutes de prière devant la porte de la salle.

Les cloches de l’église réformée d’Herisau sonnaient lundi matin passé juste avant l’ouverture de la séance du législatif cantonal d’Appenzell Rhodes-Extérieures. Après un discours de six minutes, le président du Grand Conseil a déclaré : “La séance est ouverte, nous nous levons pour prier”. Une minute de recueillement a suivi. Par les mots “Père Tout-Puissant, nous implorons ta présence”, le chancelier a commencé une prière, suivie du “Notre Père”. La prière n’est récitée que par le chancelier et non pas, comme durant les liturgies, par tous les personnes présentes.

Deux députés s’abstiennent de la prière

Cette pratique religieuse dans l’espace séculier est ancienne dans le demi-canton de la Suisse orientale; elle demeure controversée. En septembre dernier le Grand Conseil d’Herisau avait cependant décidé avec 34 voix contre 27 que tout devait rester comme auparavant en matière de prière. Cette pratique n’est pas unique: elle existe dans huit cantons suisses.

Niklaus Sturzenegger (PLR) et Jens Weber (PS) sont parmi ceux qui expriment les critiques les plus sévères sur la pratique actuelle. Depuis l’échec du changement tous deux ont séché la prière : “Nous quittons le Grand Conseil dès que la prière commence et nous revenons lorsque elle est terminée” rapporte J. Weber. Le député socialiste est fils d’un pasteur réformé et membre de l’Église. Il soutient qu’il n’a rien contre les rituels religieux, mais à son avis cette prière n’a pas sa place dans une salle de Grand Conseil. Il en va la neutralité de l’État. Au sein du Législatif cantonal, l’État privilégie le christianisme. “Qu’en est-il si un musulman ou un athée étaient membres du Grand Conseil ? Leur liberté de religion et de conscience serait violée “, soutient M. Weber.

Cohérent, provocateur ou stupide ?

“La politique de la chaise vide a été reçue différemment par les parlementaires”, confie J. Weber. En effet, certains de ses collègues députés le trouvent cohérent, d’autres provocateur, d’autres stupide. Mais l’absentéisme lors de la prière ne devrait pas être une situation destinée à perdurer. “Nous voulons déposer un postulat. A l’avenir, cela ne devrait pas être obligataire de suivre l’appel : ‘Nous nous levons pour la prière’. Il faudrait pouvoir choisir de rester assis”.

Niklaus Sturzenegger (PLR) avait préconisé une prière silencieuse : “Chacun devrait décider s’il veut l’aide et le soutien d’une puissance supérieure et quelle puissance supérieure correspond à sa foi et à sa conscience”. Les opposants attendent également la nouvelle Constitution cantonale qui doit être élaborée d’ici 2022.

“Faire partie de quelque chose de plus grand.”

Mais la tradition religieuse peut aussi compter sur de nombreux supporters. Pour la députée démocrate-chrétienne Claudia Frischknecht “cela me fait du bien de faire un moment de pause. Et je considère que c’est une bonne chose que nous soyons attachés à nos valeurs. Je ne vois aucune raison de changer cela”.

Pour Balz Ruprecht (PEV), la première partie de la prière est extrême importance. “Cela montre qu’on fait partie d’un tout et nous invite à ne pas nous surestimer. La deuxième partie, le ‘Notre Père’, est un élément important de notre foi. Je pense que c’est bien qu’on le prie ensemble”.

Dans une lettre à la rédaction de l'”Appenzeller Zeitung”, Florian Hunziker (UDC) a accusé J. Weber (SP) de vouloir mettre fin à “l’ouverture spirituelle de la séance qui a fait ses preuves” sous le “manteau de la laïcité”.

Le journaliste Erich Niedererer connaît bien la situation à Herisau, car il a été lui-même chancelier du Canton d’Appenzell Rhodes-Extérieures. Il garde en mémoire des “moments émouvants” : “La prière exprime aussi le fait qu’il ne s’agit pas d’une rencontre quelconque, que nous devons supporter, mais d’une rencontre du Parlement pour le bien de la population”. La prière commence en effet par ces mots : “Père Tout-Puissant, nous implorons ta présence. Donne-nous toujours le bon conseil pour le bien de tous. Que nous soyons riches en perspicacité et en connaissance de la tâche qui nous est confiée, et vivifie-nous afin que nous demeurons tous fidèles et en conformité à ce que notre conscience nous exhorte à faire”. Son pronostic pour cette prière parlementaire est claire : “Je ne pense pas que la nouvelle Constitution changera la situation”. (cath.ch/kath.ch/rr/dp)


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