"la pauvreté, génératrice de faim, est assassine" Leonardo Boff (Photo: Jean-Claude Gerez)
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"la pauvreté, génératrice de faim, est assassine" Leonardo Boff (Photo: Jean-Claude Gerez)

Leonardo Boff demande à l’ONU de déclarer la faim «illégale»

17.05.2017 par Jean-Claude Gerez, correspondant de cath.ch en Amérique latine

Leonardo Boff, théologien et philosophe brésilien, appelle l’ONU à déclarer la faim illégale. Dans un article du 14 mai 2017, Leonardo Boff rappelle que l’augmentation scandaleuse des niveaux de pauvreté dans le monde a suscité des mouvements pour l’éradication de cette plaie de l’humanité.

«Le 9 mai, par exemple, l’Université Nationale de Rosario, en Argentine, a réalisé une performance sous le signe d’une Déclaration d’illégalité de la Pauvreté.» Objectif? «Obtenir l’appui des élus du Congrès National, de la société et des citoyens de tous les continents pour rapporter cette demande aux instances de l’Organisation des Nations Unies (ONU) et la soumettre à ses instances de décision», écrit-il dans un article publié sur son site internet.

“La pauvreté, génératrice de faim, est assassine”

Le théologien rappelle que cette démarche intervient alors que, cette année, sera commémoré le 60ème anniversaire de la création par Joseph Wresinski, d’une association avec les familles du camp, « Aide à Toute Détresse », qui deviendra plus tard le Mouvement international ATD Quart Monde.

Aller à la rencontre des pauvres

«Cette déclaration de Rosario ne doit pas se limiter à son aspect déclaratif, souligne Leonardo Boff. Il faut profiter de cet acte pour créer dans différentes institutions, pays, villes, quartiers, rues et écoles, des mobilisations destinées à identifier les personnes qui se vivent en dessous du seuil d’extrême pauvreté (moins de 2 dollars par jour et sans accès aux services de base) ou les personnes pauvres, vivant avec un peu plus de 2 dollars par jour, mais avec un accès limités aux services de base, au logement, à l’école et aux autres services minimum. Il s’agit aussi d’organiser des actions solidaires qui les sortent de cette pauvreté, avec leur participation.»

Leonardo Boff rappelle par ailleurs qu’en 2002, Kofi Annan, l’ancien Secrétaire de l’ONU avait déclaré avec dureté: «Il n’est pas possible que la communauté internationale tolère que pratiquement la moitié de l’humanité doivent subsister avec 2 dollars par jour ou moins, dans un monde où il n’y a jamais eu autant de richesses.»

«8 personnes possèdent autant que 3,6 millards»

Pour le théologien, les faits sont en effet choquants. Dans sa tribune, il rappelle d’ailleurs que l’OXFAM, une ONG qui articule le travail de très nombreuses entités dans différents pays et qui s’est spécialisée dans l’étude des inégalités dans le monde, présente tous les ans ses résultats, chaque fois plus inquiétants.

«En janvier de cette année, rappelle Leonardo Boff, l’OXFAM a révélé, lors du Forum de Davos, en Suisse, où se rencontre les plus riches de la planète, que huit personnes (qui étaient pour la plupart justement présentes à Davos) possèdent autant que 3,6 milliards d’êtres humains.»

«La pauvreté est assassine»

Face à cette situation, le philosophe s’interroge:«Où s’est arrêtée notre solidarité minimale? Ne sommes nous pas cruels et sans miséricorde pour nos semblables, qui, comme nous, ont des désirs de s’alimenter un minimum? Ça ne nous remue pas les tripes de voir des enfants ne pas pouvoir dormir parce qu’ils ont faim?»

Pour lui, «la pauvreté, génératrice de faim, est assassine. C’est une des formes les plus violentes d’humiliation des personnes, blessant les corps et les âmes.La faim peut entraîner la folie, le désespoir et la violence. Il est important de se référer à la doctrine ancienne: l’extrême nécessité ne connaît pas la loi et voler pour survivre ne peut pas être considérer comme un crime, car la vie vaut plus que n’importe quel bien matériel.» (cath.ch/jcg/pp)


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