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Liban: le patriarche Raï exhorte à stopper l'hémorragie migratoire

«Chaque fois qu’un Libanais émigre, nous perdons une bataille». Le cardinal Bechara Boutros Raï, patriarche des maronites du Liban, tire la sonnette d’alarme sur «l’hémorragie» de professionnels dont souffre le Pays du Cèdre, confronté à une crise qui semble sans fin.

La situation actuelle du Liban ressemble à celle d’un «état de guerre. Chaque fois qu’un citoyen libanais émigre, nous perdons une nouvelle bataille».

Avec ces expressions fortes, le cardinal Béchara Boutros Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, considère la migration silencieuse qui vide le Pays du Cèdre de ses richesses humaines et spirituelles comme le phénomène qui menace le plus le Liban.

Le chef religieux pense surtout aux jeunes, contraints d’émigrer pour des questions économiques. Il a une nouvelle fois tiré la sonnette d’alarme en ce sens lors de la célébration eucharistique présidée le dimanche 29 août 2021 à Diman, dans la chapelle de sa résidence d’été, rapporte l’agence vaticane Fides.

Crise profonde

Le Liban est embourbé depuis longtemps dans une crise qui semble sans fin. Le pays est sans gouvernement depuis plus d’un an. Il est aux prises avec une quasi paralysie économique et sociale, comme en témoignent les pharmacies fermées, les étals vides des épiceries et les files d’attente devant des stations-service souvent vides.

Le Liban a besoin de réconciliation entre les responsables politiques, entre eux et le peuple, et entre eux et la politique

Le patriarche a rappelé que l’effet le plus dévastateur de la crise à long terme était l’exode des Libanais de toutes les communautés ethniques et religieuses. Une hémorragie qui saigne la nation à blanc et empêche tout élan de redémarrage.

«Besoin de réconciliation»

Dans son homélie, s’inspirant du passage de l’Évangile de la femme adultère à qui Jésus a pardonné ses péchés, le patriarche maronite a invité chacun à reconnaître que le salut possible de la nation libanaise passait aussi par des voies de pardon qui favorisent les opportunités de réconciliation et de coexistence entre les différentes composantes du pays.

«Le Liban a besoin de réconciliation, notamment entre les responsables politiques, entre eux et le peuple, et entre eux et la politique», a déclaré le cardinal. 

«C’est précisément l’activité politique qui représente le noble art de servir le bien commun», alors qu’au Liban, les différentes factions politiques «se préoccupent de questions triviales de quotas et de comptes et le peuple est abandonné à la faim, à la pauvreté et à l’humiliation». Une situation de crise alimentée par l’exode des jeunes et de nombreux Libanais professionnellement qualifiés, comme les médecins, les enseignants et les entrepreneurs.

L’urgence d’un gouvernement

Dans ce contexte, le patriarche a appelé à accélérer d’urgence la formation d’un «gouvernement de salut national» qui prenne en charge la situation du pays et s’attaquent aux forces centrifuges qui menacent son unité.

Le 26 juillet 2021, le président libanais Michel Aoun avait confié au sunnite Najib Mikati la tâche de former un nouveau gouvernement, après le renoncement du précédent Premier ministre Saad Hariri.

Depuis lors, les tiraillements internes de la scène politique libanaise, ainsi que les importantes interférences géopolitiques internationales, ont continué à empêcher la formation d’un nouvel exécutif capable d’assumer la direction politique du pays en déroute. (cath.ch/fides/gv/dp)

Le cardinal Bechara Boutros Raï, patriarche maronite d’Antioche et de tout l’Orient, lors d'une récente audience chez le pape François | © Vatican Media
30 août 2021 | 17:37
par Davide Pesenti
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