Consacrée au théologien Hans Urs von Balthasar

Louvain: Brillante thèse de doctorat d’un jésuite suisse à l’UCL

Louvain-la-Neuve, 22 décembre 1999 (APIC) Le Père Mario Imperatori, un jésuite d’origine tessinoise, en Suisse, a obtenu le 21 décembre à la Faculté de Théologie de l’Université catholique de Louvain, en Belgique, la plus grande distinction et a reçu les félicitations du jury pour une thèse de doctorat consacrée à l’oeuvre du théologien suisse Hans Urs von Balthasar, fait cardinal peu de temps avant sa mort.

Le travail de Mario Imperatori rejoint un ensemble de recherches européennes consacrées ces dernières années à Hans Urs von Balthasar (1905-1989). Ce théologien fécond, dont les ouvrages ont été traduits en diverses langues, a exercé une influence majeure dans l’Eglise catholique, où il fut membre de la Commission Théologique Internationale. Son oeuvre fut couronnée en 1984 par le Prix International Paul VI. Or, ce penseur suisse originaire de Lucerne, qui étudia à Vienne, à Berlin, à Munich, à Zurich et à Paris avant de s’établir à Bâle, ne s’est pas cantonné à la théologie. Il s’est aussi intéressé notamment aux écrivains chrétiens des premiers siècles, aux philosophes qui ont marqué son époque, aux oeuvres littéraires anciennes et modernes, à l’art et à l’esthétique, à la mystique et à la spiritualité.

Une clé de lecture

L’oeuvre complexe de Hans Urs von Balthasar soulève inévitablement la question : quel en serait le fil conducteur? C’est la question que s’est posée Mario Imperatori. Au lieu de se concentrer sur un aspect particulier de la réflexion d’Urs von Balthasar, il a recherché une clé d’interprétation possible de l’ensemble des écrits, depuis «L’Apocalypse de l’âme allemande» (1937-1939) jusqu’à «Théologique» (1985-1987). En même temps, il s’est efforcé de mettre l’oeuvre du grand théologien suisse en relation avec les débats philosophiques et théologiques touchant les rapports entre modernité et postmodernité. Ces débats, surtout en France et en Italie, ont été notamment suscités par des études de J.-F. Lyotard.

C’est pourquoi le doctorand a donné pour titre à sa dissertation doctorale, rédigée en italien: «La théologie dramatique de l’histoire comme clé de lecture de l’oeuvre de Hans Urs von Balthasar. Un discernement en dialogue avec la modernité» (1).

Pour dégager une telle clé de lecture et pour montrer sa pertinence et sa fécondité dans le dialogue avec la modernité, l’auteur de la thèse a dû résister à la tentation d’une lecture en surplomb. «Il fallait à tout prix, explique-t-il, éviter de plaquer sur l’ensemble de l’oeuvre très complexe de Balthasar des clés de lecture extrinsèques, qui en auraient sans doute déformé la figure».

Afin d’éviter ce piège, M. Imperatori s’est soucié de reprendre à Urs von Balthasar lui-même les concepts clés. Sur le plan théologique, il s’est donc refusé à donner d’emblée une définition claire et distincte de la théologie de l’histoire. Il a plutôt, dit-il, «essayé de voir si et dans quelle mesure l’ouvrage «Théologie de l’histoire» – dont la première édition remonte à 1950 et à laquelle viendra s’en ajouter une nouvelle en 1959 – peut être en quelque sorte considéré comme une étape fondamentale dans l’itinéraire de notre auteur. C’est en effet une étape qui, faisant le point sur les recherches qui l’ont précédée, contient déjà en germe les développements successifs de la pensée d’Urs von Balthasar, notamment ceux de la «Dramatique». Pour ce qui concerne plus directement la grande Trilogie, nous avons pu mettre à profit l’hypothèse de Peter Henrici, suivant laquelle le chef-d’oeuvre balthasarien serait un triptyque qui a pour centre, précisément, la Dramatique».

La modernité en question

Sur le plan philosophique également, il convenait d’éviter le piège d’un «placage» d’une clé de lecture imposée du dehors à la pensée du théologien suisse. Mario Imperatori a donc repéré, dans les écrits d’Urs von Balthasar, les lieux où celui-ci se confronte à la pensée des auteurs modernes et contemporains. C’est à partir de là que peut être précisée son attitude face à la «modernité» et à la «postmodernité». Deux philosophes allemands ont spécialement retenu l’attention du doctorand: Hegel, en qui beaucoup saluent un des pères de la modernité, et Heidegger, à qui se réfèrent volontiers les théoriciens actuels de la postmodernité. Le dialogue critique qu’Urs von Balthasar a entrepris avec ces deux philosophes est apparu comme «capital» aux yeux de M. Imperatori pour comprendre la «Dramatique» du théologien suisse. Par rapport à la modernité, le doctorand s’est, du même coup, donné les moyens de confronter l’attitude d’Urs von Balthasar à l’attitude d’autres auteurs et à d’autres perspectives, pour la plupart d’ordre philosophique.

Pareille recherche a requis de Mario Imperatori un important travail de discernement par rapport aux conceptions philosophiques qui sous-tendent les débats sur la modernité, ainsi que les visions et contre-visions de l’histoire humaine qui s’y proposent. Ce travail ne l’a pourtant pas distrait de l’objectif d’un doctorat en théologie: tout au long de l’étude, il demeure attentif à la portée théologique de la pensée d’Urs von Balthasar. Il la montre d’ailleurs illuminée par d’autres éclairages théologiques, en particulier celui du théologien luthérien allemand Jürgen Moltmann et celui du grand théologien dominicain que fut saint Thomas d’Aquin. En finale, cette recherche permet à son auteur de faire ressortir «la nouveauté et la fécondité d’un certain nombre de thèses» d’Urs von Balthasar. Le doctorand a toutefois limité l’étude dogmatique de ces thèses, par souci de garder un équilibre général à son travail.

Cette dissertation doctorale a été réalisée sous la direction du professeur Emilio Brito. Le Père Mario Imperatori sera proclamé docteur en théologie après publication au moins partielle de sa thèse. (apic/cip/pr)

22 décembre 1999 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 4  min.
Partagez!