Le président mexicain Enrique Pena Nieto et sa femme Angelica Rivera (Photo: nznationalparty/Flickr/<a href="https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/legalcode" target="_blank">CC BY-NC-ND 2.0</a>)
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Le président mexicain Enrique Pena Nieto et sa femme Angelica Rivera (Photo: nznationalparty/Flickr/CC BY-NC-ND 2.0)

Mexique: Le remariage du président "facilité" par l'Eglise?

09.02.2016 par Raphaël Zbinden

De hauts responsables de l’Eglise catholique mexicaine auraient manoeuvré pour permettre au président Enrique Pena Nieto de se remarier religieusement. C’est ce qu’allèguent des journalistes locaux, moins d’une semaine avant la visite du pape François au Mexique, du 12 au 18 février 2016.

L’accusation vient de la journaliste Carmen Aristegui et de l’hebdomadaire mexicain Proceso, rapporte le 8 février 2016 le site d’information catholique américain Crux. L’affaire est liée au mariage, en 2010, du président Nieto avec l’actrice de séries mexicaine Angelica Rivera, ainsi qu’à la destruction de la carrière de José Salinas Aranda, un prêtre extrêmement populaire au Mexique, connu comme “le Père des stars”.

En 2004, Angelica Rivera épousait le père de ses trois enfants et conjoint de longue date, José Alberto Castro Alva, dans une église de Mexico City. Neuf jours plus tard, une seconde cérémonie de mariage était organisée sur une plage de la station balnéaire d’Acapulco.

Le couple a finalement divorcé en 2008. Peu de temps après, l’actrice a commencé à fréquenter Enrique Pena Nieto, alors gouverneur de l’Etat de Mexico, dont la femme était décédée un an plus tôt.

En 2008, les chances d’Enrique Pena Nieto de devenir président commencèrent à se concrétiser, notamment avec le soutien de la chaîne Televisa. Comme Angelica Rivera était l’une des stars les plus populaires des programmes de Televisa, elle avait été engagée pour des spots de campagne du gouverneur. C’est dans ce contexte que la comédienne a rencontré le futur président. Enrique Pena Nieto sera élu à la tête de l’Etat en 2012.

Nullité reconnue en un temps record

Les projets de mariage à l’Eglise qui se firent jour peu après la rencontre des deux “stars” étaient cependant irréalisables sans reconnaissance de la nullité du premier mariage d’Angelica Rivera. Dans l’Eglise catholique, un mariage ne peut être reconnu nul que si l’un des critères traditionnels n’est pas rempli, tel que l’absence de consentement d’une des parties par mésinformation.

Dans un pays où 82% de la population est catholique, un mariage religieux avec une star de ‘telenovela’, constituait pour Enrique Pena Nieto, un atout majeur dans sa campagne.

En 2009, le couple s’était rendu au Vatican, et le politicien avait donné sa bague de fiançailles à l’actrice dans la basilique St-Pierre.

Le magazine Proceso affirme qu’Angelica Rivera a réussi à obtenir la reconnaissance de nullité de son mariage en un temps record. La publication mexicaine assure que des personnes haut placées dans l’Eglise et proches des élites politiques, en particulier le cardinal Norberto Rivera Carrera, archevêque de Mexico City, ont grandement “facilité” les choses.

Imbroglio de mariages

Le mariage d’Angelica Rivera et de José Alberto Castro a été reconnu nul en 2009 par le tribunal ecclésiastique de l’archidiocèse de Mexico. L’instance a justifié l’invalidité de l’union par le fait que la célébration s’était déroulée sur une plage, ce qui est considéré comme irrégulier dans l’archidiocèse d’Acapulco.

Le Père José Luis Salinas Aranda, qui avait présidé la cérémonie religieuse d’Acapulco, a alors fait état de l’autre mariage, tout à fait régulier celui-ci, dans une église de Mexico, quelque jours plus tôt.

Le tribunal ecclésiastique de Mexico a néanmoins jugé que ce mariage était lui aussi nul, le Père Salinas Aranda n’étant pas autorisé à célébrer des mariages dans le diocèse de Mexico (et malgré le fait que l’acte de mariage était signé du vicaire de la paroisse). Angelica Rivera a en outre affirmé que le Père Salinas l’aurait trompée en lui affirmant que ce mariage à l’église n’était pas le vrai, mais que la cérémonie officielle serait celle de la plage.

Problèmes de validité

Le “Père des stars” a été relevé, suite à cela, de ses fonctions sacerdotales et banni de l’archidiocèse de Mexico, alors qu’il était en traitement pour un cancer dans la capitale mexicaine.

Le prêtre a assuré avoir informé le couple dès le départ qu’il ne pouvait pas satisfaire leur fantaisie de célébrer leur mariage à la plage, parce que ce serait irrégulier au regard des règlements de l’Eglise locale. C’est pourquoi il a arrangé un premier mariage célébré par un autre prêtre dans une église de Mexico City, suivi par une simple cérémonie de bénédiction sur la plage. Le Père Salinas a insisté sur le fait que la célébration à l’église était complètement valide. Les affirmations du prêtre ont été officiellement confirmées par José Alberto Castro.

Dans plusieurs lettres envoyées à Rome, obtenue par Proceso, le prêtre s’est plaint que sa vie avait été détruite par des pressions politiques destinées à assurer la reconnaissance de la nullité du mariage d’Angelica Rivera.

Bouc émissaire?

José Salinas Aranda est mort en octobre 2015. Selon le magazine mexicain, il aurait été reconnu innocent par un tribunal du Vatican avant son décès. La Rote romaine a même admis, en décembre 2012, qu’il s’agissait d’une “flagrante parodie de justice”.

La cour aurait ainsi ordonné à l’archidiocèse de Mexico d’annuler les sanctions à son encontre, mais cela n’a jamais été appliqué. Le tribunal romain a ainsi indirectement émis des doutes sur la nullité du mariage d’Angelica Rivera, bien que la cause ne lui ait pas été soumise.

La validité du premier mariage d’Angelica Rivera et José Castro a également été confirmée par le prêtre ayant célébré l’union, à Mexico, le Père Ramon Garcia Lopez.

Cette version des faits a cependant été démentie par le porte-parole du diocèse, Hugo Valdemar Romero. Il a affirmé que les procédures disciplinaires contre le Père Salinas suivaient des années d’irrégularités, le mariage à la plage en étant juste un exemple. “Le prêtre vivait ouvertement en désobéissance (à l’Eglise), et c’est pourquoi il a été poursuivi en justice, et pas parce qu’il a joué le rôle d’un bouc émissaire”, a affirmé le responsable diocésain. (cath.ch-apic/crux/cx/rz)


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