Se définir comme un intellectuel chrétien est mal porté aujourd’hui

Paris: Pour André Comte-Sponville, le christianisme n’est ni de droite ni de gauche

Paris, 29 novembre 2004 (Apic) Le philosophe André Comte-Sponville, interviewé dans La Croix du 29 novembre, affirme: «Il n’est pas bien vu de se dire intellectuel chrétien». La plupart des médias célèbrent les auteurs nihilistes, déplore-t-il, laissant dans l’ombre d’autres écrivains.

Dans une interview parue le 29 novembre dans le quotidien La Croix, le philosophe et écrivain André Comte-Sponville constate que les intellectuels chrétiens sont souvent mal servis par la critique. L’écrivain remonte aux années 1950, où les intellectuels s’opposaient en affirmant soit leur athéisme, Jean Paul Sartre, Simone de Beauvoir ou Albert Camus, soit leur foi chrétienne, comme François Mauriac, Georges Bernanos, Gustave Thibon ou Gabriel Marcel. Or, constate-t-il, depuis une vingtaine d’années, «on assiste à un déclin de l’affirmation identitaire religieuse».

Il en voit la cause dans le fait que beaucoup d’intellectuels sont désormais «coupés du questionnement métaphysique». Citant deux auteurs qui à ses yeux font exception au constat, soit Christian Bobin et Eric-Emmanuel Schmitt, chrétiens, qui connaissent un très grand succès, André Comte- Sponville remarque qu’ils sont tous deux sous-estimés par la critique. Il relève «la condescendance» qui règne face à l’oeuvre d’Eric-Emmanuel Schmitt, l’»auteur de théâtre le plus joué actuellement dans le monde». Mais ce dernier est surtout, pour Comte-Sponville, l’auteur d’un des rares chefs-d’oeuvre de ces dernières années, L’évangile selon Pilate.

Des auteurs présentant la vie dans ce qu’elle a de plus sombre

Ce sont au contraire des écrivains nihilistes, voire «néantistes», selon le mot de Nancy Huston dans son dernier essai (Professeurs de désespoir) qui sont célébrés par les médias. Tels Cioran, Samuel Beckett, Thomas Bernhard, Milan Kundera ou Elfriede Jelinek, qui a reçu le Prix Nobel de littérature en 2004. Pour Comte-Sponville, ces auteurs, talentueux, certes, présentent la vie dans ce qu’elle a de plus sombre, de dérisoire ou de plus sordide.

A la question: quel type d’engagement les intellectuels chrétiens pourraient-ils avoir dans notre société ?, le philosophe répond qu’on envisage aujourd’hui l’engagement sous l’angle politique, de droite ou de gauche. Or, soutient-il, le christianisme n’est ni de droite ni de gauche. Il ajoute que l’engagement des intellectuels chrétiens n’est pas lié à leur religion mais plutôt à leur liberté de pensée. «Se demander si Platon ou Shakespeare était engagé n’a pas de sens»:

Et il lance: «De grâce, que les intellectuels cessent de croire qu’ils se doivent de donner des leçons politiques au monde entier. D’autant que ces leçons ont souvent été tragiquement démenties par les faits, rappelle Comte- Sponville, en songeant à «Sartre faisant la cour aux staliniens ou à Michel Foucault célébrant la révolution islamiste en Iran».

Il faut bien dire, constate-t-il, que s’il y a si peu d’intellectuels chrétiens, c’est qu’il y a peu de chrétiens tout court. «Les rares fois où je pénètre dans une église le dimanche matin, je constate que les paroisses ressemblent de plus en plus à des clubs de 3ème âge. Ce déclin du christianisme ne me réjouit pas du tout, car cette religion a ma sympathie d’athée fidèle», conclut le philosophe. (apic/cx/vb)

29 novembre 2004 | 00:00
par webmaster@kath.ch
Temps de lecture : env. 2  min.
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