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Patrick Theillier: «Les expériences de mort imminente sont compatibles avec la foi chrétienne»

Lourdes, 27.10.2015 (cath.ch-apic) «Les expériences de mort imminente (EMI) sont compatibles avec la foi chrétienne», assure Patrick Theillier, ancien médecin permanent du Sanctuaire de Lourdes. Il soutient, dans son dernier livre récemment paru aux éditions Artège, que ces récits de personnes qui disent avoir fait un passage dans l’au-delà sont un signe de Dieu destiné à toucher les cœurs de ceux qui sont loin de Lui.

Cath.ch: Il y a déjà beaucoup d’ouvrages consacrés aux EMI. Qu’apporte donc le vôtre de nouveau?

Patrick Theillier: Je voulais principalement donner à ce phénomène une approche chrétienne. De nombreuses publications actuelles sur ce thème sont en effet teintées d’ésotérisme, accaparées par le New Age. Les thèmes liés à la réincarnation où à la communication avec les morts y prennent souvent trop de place. J’ai pensé que ça serait bien qu’un catholique approfondisse le sujet des EMI, pour montrer que ce phénomène n’est pas en contradiction avec l’enseignement de l’Eglise. Cela est d’autant plus frappant, du point de vue non-chrétien, que cette réalité ne vient pas de l’Eglise, mais de la société civile.

Le livre est clairement réalisé dans la perspective de la Nouvelle évangélisation. Je rêve que chaque chrétien qui le lit et l’apprécie le prête à un non-chrétien, qu’il permette aux croyants et aux non-croyants d’entrer en discussion sur les thèmes de la foi, de la vie et de la mort.

Cath.ch: Quels sont les principaux éléments qui vous font dire que les EMI sont un véritable voyage dans l’au-delà?

PT: C’est principalement la sincérité des témoignages. On sent très bien, quand on écoute ces personnes, qu’ils n’inventent pas, que leur expérience résonne très fort en eux. C’est quelque chose qui a bouleversé leur vie, qu’ils ne peuvent pas oublier et qui les marque quotidiennement. Des athées ont été convertis par leur expérience. J’en connais personnellement. Il y a notamment le cas éminent du professeur Eben Alexander. Ce neurochirurgien américain était un parfait matérialiste avant de contracter une méningite qui l’a amené au seuil de la mort. Suite à cela, il a écrit un livre qu’il a eu le culot d’intituler «La preuve du paradis». Ce scientifique réputé n’avait aucun intérêt à raconter cette histoire, à part de se discréditer au sein de son milieu. Cela démontre que ces personnes n’ont aucun doute sur la réalité de ce qu’elles ont vécu.emi-theillier-livre

Quoique les expériences soient toutes différentes, personnelles, elles sont également incroyablement similaires sur de nombreux points. Cette similarité est impossible à expliquer sur un plan scientifique.

Cath.ch: Mais les sceptiques parlent d’épisodes hallucinatoires, dus aux médicaments ou à une activité cérébrale anormale…

PT: Cette théorie ne tient plus aujourd’hui.  D’ailleurs, les «expérienceurs» font très bien la distinction entre des hallucinations et ce qu’ils ont vécu lors de leur EMI. C’est le cas du docteur Alexander, qui a eu des épisodes hallucinatoires à la sortie de son coma.

Cath.ch: Pensez-vous qu’un jour une preuve de la réalité de ce phénomène sera apportée?

PT: Non. Il ne faut pas attendre une preuve. Ces expériences sont un signe et un signe nous laisse toujours libres. C’est à chacun de l’accepter ou de le refuser. Le phénomène n’est pas ultimement réductible par la science, même si tous les éléments montrent qu’il est réel.

Cath.ch: Comment interprétez-vous le surgissement des récits d’EMI à notre époque?

PT: Nous vivons dans un monde sécularisé, matérialiste, de plus en plus athée, en tout cas en Occident. Le Seigneur ne peut pas ne pas vouloir se manifester à nous, d’une manière ou d’une autre. Or l’amélioration des techniques de réanimation médicale multiplie ces phénomènes. Les EMI sont, pour Lui, une nouvelle façon de toucher les cœurs de ceux qui sont loin de Lui.

Cath.ch: Vous affirmez que les EMI rejoignent l’enseignement traditionnel de l’Eglise catholique. Pourtant, certains «expérienceurs» ont des histoires divergentes. Eben Alexander, par exemple, dont vous citez le témoignage, est revenu avec la conviction que la réincarnation était une réalité…

PT: Les apparentes contradictions sont le fait de tout témoignage. Les personnes en rajoutent parfois, en fonction de leur culture, de leur conviction. Eben Alexander croit à la réincarnation ? Ce n’est pas quelque chose qui lui a été «révélé», mais une projection à partir de ce qu’il a vécu, une interprétation dont je le laisse libre. C’est ce qui peut arriver aux «expérienceurs». Il faut un peu de flair et de connaissances pour pouvoir faire œuvre de discernement en la matière. Pour mon enquête, je me suis limité aux témoignages les plus crédibles et je suis resté le plus objectif possible, sans volonté de récupération. Il faut savoir en rester aux faits bruts et non aux interprétations personnelles. Et si l’on s’en tient à ces faits bruts, les EMI sont compatibles avec l’enseignement chrétien, notamment les éléments concernant la rencontre avec un Etre de lumière, que beaucoup appellent Dieu, la révélation d’un «corps glorieux», et une revue de vie terrestre centrée sur l’amour du prochain.

Cath.ch: Il existe aussi des EMI effrayantes, négatives. Quel sens leur donner?

PT: On ne sait pas vraiment pourquoi certaines personnes vivent des expériences négatives. Dans l’autre monde, c’est comme sur terre, il y a le très beau et le très laid, le bien et le mal, il y a le ciel et l’enfer. Les «expérienceurs» qui ont vu «l’enfer»- comme Gloria Polo, dont je relate longuement l’expérience dans le livre – en parlent généralement comme d’un lieu où on ressent avec effroi l’absence de Dieu.

Cath.ch: Qu’est-ce que nous disent ces expériences sur l’âme et le corps?

PT: Principalement, elles démontrent que l’âme n’est pas une invention de l’Eglise, qu’elle existe réellement. Nous avons en nous cette faculté d’être reliés au ciel par notre âme spirituelle. Il faut comprendre que la mort, due au péché, est un séisme qui ne se passe pas en un clin d’œil ! Lors d’une EMI, il y a un début de distanciation – non pas une séparation (ce serait la mort définitive, ontologique) – entre l’âme et le corps. Je pense que les EMI, lors desquelles les personnes racontent avoir eu un corps de lumière, donnent un aperçu fugitif de notre résurrection, dans laquelle l’âme et le corps se rejoindront dans une merveilleuse unité spirituelle que nous ne connaissons pas sur terre. Mais j’explique bien qu’il ne s’agit ni d’un miracle ni d’une résurrection!

Cath.ch: Quelle vision peut-on avoir du suicide ou de l’euthanasie à l’aune de ces expériences?

PT: Que les personnes qui font ce genre de choses se fourvoient complètement. Par le suicide assisté, on vole à une personne un moment fondamental de sa vie, qui est sa mort. Et voler la mort de quelqu’un, c’est grave. C’est contraire à la loi naturelle. Et c’est un véritable viol. Les EMI nous font comprendre que la mort fait partie de la vie, et qu’on ne peut pas en disposer comme bon nous semble. Et tous les «expérienceurs» que j’ai interviewés ont en horreur le suicide ou l’euthanasie!

Cath.ch: Quel lien faîtes-vous entre les EMI et les miracles, en particulier les guérisons inexpliquées de Lourdes, que vous avez étudiées de près?

PT: Il existe de nombreux liens entre les EMI et les guérisons inexpliquées. Elles sont d’abord issues de témoignages, elles ont donc leurs limites et sont impossibles à prouver. Ensuite, ce sont deux phénomènes qu’on ne peut pas provoquer, qui nous sont donnés. C’est quelque chose qui vient d’ailleurs, que l’on reçoit, une façon de nous interpeller.

Le point commun le plus fort est qu’il s’agit dans les deux cas d’une rencontre avec un Dieu plein d’amour. Pour ce qui est des EMI, les personnes qui les vivent peuvent d’ailleurs, suite à leur expérience, guérir de leurs maladies.

Cath.ch: Ces récits ne font-ils pas courir le risque d’une «demande» de surnaturel, alors que l’Evangile nous exhorte à «croire sans avoir vu»?

PT: C’est l’idéal de croire sans avoir vu. Je pense néanmoins que notre époque saturée de matérialisme a besoin du surnaturel pour survivre. Il est important d’avoir des signes du surnaturel alors que nous stagnons dans le matériel. Les EMI, comme le mystère du suaire de Turin ou les guérisons inexpliquées nous font souvenir que le surnaturel est plus présent qu’on ne l’imagine, qu’il est même là, en chacun de nous.

Cath.ch: Vous avez été appelé par Mgr Marc Aillet, évêque de Bayonne, à mettre en place une «Académie diocésaine pour la vie». De quoi s’agit-il? Vos expériences avec les EMI et les miracles y tiendront-elles une place?

PT: Mgr Aillet est très préoccupé par les problématiques de la vie, du respect de la vie. Le but de cette académie est de sensibiliser les fidèles à l’importance de la vie dans toutes ses dimensions, qu’il s’agisse de l’éthique, de la bioéthique, de la famille, ou de l’écologie humaine (ou «intégrale», comme le dit le pape François). Nous voulons faire prendre conscience que l’on ne peut pas faire ce que l’on veut dans ce domaine de la vie.

Mes expériences personnelles, notamment sur les EMI et les miracles de Lourdes sont mises à contribution dans ce cadre. Nous avons un site internet www.pourlavie64.com et donnons des conférences et des sessions sur les questions liées à la vie.  A noter que Mgr Aillet a écrit la préface de mon livre. RZ

Référence: Patrick Theillier, «Expériences de mort imminente: Un signe du ciel qui nous ouvre à la vie invisible», Artège Editions, 2015.


Encadré 1

Extraits de témoignage tirés du livre de Patrick Theillier:

Eben Alexander: «Le paradis existe»

Le docteur Eben Alexander, neurochirurgien américain, spécialiste du cerveau, sceptique et cartésien, ne croyait pas en une vie après la mort. Pour lui, toutes ces expériences de mort imminente n’étaient que délires et fariboles. Jusqu’en novembre 2008, où une méningite foudroyante viendra ébranler ses convictions. (…) «Après sept jours passés dans le coma durant lesquels la partie humaine du cerveau, le néocortex, était inactif, j’ai expérimenté quelque chose de si profond que j’ai une raison scientifique de croire que la conscience survit après la mort (…) J’ai vécu une odyssée où je me suis retrouvé dans un endroit rempli de gros nuages roses et blancs…Bien au-dessus de ces nuages, des êtres chatoyants se déplaçaient en arc de cercle dans le ciel, laissant de longues traînées derrière eux. Des oiseaux? Des anges? Aucun de ces termes ne fait vraiment justice à ces êtres qui étaient différents de tout ce que j’avais pu voir sur terre. Ils étaient plus avancés. Des êtres supérieurs.»

Natalie Saracco: «Vision du Sacré-Cœur»

L’auteure et réalisatrice française Natalie Saracco a vécu une EMI suite à un grave accident de voiture, en 2008. «Dans un lieu hors des limites de l’espace-temps, je me suis retrouvée tout près de Jésus qui était revêtu d’une tunique blanche. (…) Il pleurait et de son cœur s’écoulaient des larmes de sang. Et ses larmes s’écoulaient dans mon propre cœur. C’est comme s’il voulait que je ressente sa terrible souffrance. C’était un tel concentré de souffrance que j’ai oublié ma peur de mourir, ceux que je quittais. Et je lui demandais: ‘Seigneur, mais pourquoi tu pleures?’- ‘Je pleure parce que vous êtes mes enfants chéris, que j’ai donné ma vie pour vous, et, qu’en échange, je n’ai que froideur, mépris et indifférence. Mon cœur se consume d’un amour fou pour vous, qui que vous soyez.»

Gloria Polo: «J’ai frôlé l’enfer»

En 1995, Gloria Polo a été foudroyée sur le campus de l’Université de Colombie, à Bogota. A l’hôpital, elle sombre dans le coma. «Je voyais des démons venir vers moi car j’étais leur salaire (…) Je tombais dans un tunnel qui me tirait vers le bas (…) Le plus horrible concernant ce trou béant était que l’on y ressentait l’absence absolue de l’amour de Dieu et ce, sans le moindre espoir (…) Aussi, je me mis à crier à nouveau: ‘je vous en supplie, sortez-moi d’ici! Je suis catholique!’ (…) Cette fois, une voix se fit entendre, une voix douce qui fit trembler mon âme (…) Cette voix précieuse me dit: ‘Très bien, puisque tu es catholique, dis-moi quels sont les commandements de Dieu.’ (…) Je dis: ‘Tu aimeras le Seigneur ton Dieu par-dessus tout et ton prochain comme toi-même’. J’entendis alors: ‘Très bien, les as-tu aimés?’. Je répondis: ‘Oui, je les ai aimés, je les ai aimés, je les ai aimés!’. Et il me fut répondu: ‘Non, tu n’as pas aimé le Seigneur ton Dieu par-dessus tout et encore moins ton prochain comme toi-même. Tu t’es créé un Dieu que tu ajustais à ta vie et tu t’en servais seulement en cas de besoin désespéré’.»


Encadré 2

L’Expérience de mort imminente (EMI) est une expression désignant un ensemble de «visions» et de «sensations» consécutives à une mort clinique ou à un coma avancé. Ces expériences correspondent à une caractérisation récurrente et spécifique contenant notamment: la décorporation, la vision complète de sa propre existence, la vision d’un tunnel, la rencontre avec des entités spirituelles ou des proches décédés, la vision d’une lumière, un sentiment d’amour infini, de paix et de tranquillité, l’impression d’une expérience ineffable et d’union avec des principes divins ou supranormaux.

C’est le médecin américain Raymond Moody qui, le premier – suite aux récits des patients qu’il avait réanimés – fit connaître au grand public ce type d’expériences, dans les années 1970, notamment au travers de son livre «La Vie après la vie».


Encadré 3

Patrick Theillier est né en 1944 à Valenciennes, dans le nord de la France. Il est fait docteur en médecine en 1969, à la Faculté de médecine de Lille. Il a pratiqué 10 ans la médecine à Lille et 15 ans à Nay, dans le Béarn (sud-ouest). De 1998 à 2009, il a été directeur du Bureau médicale du Sanctuaire de Lourdes. Il est l’auteur de «Et si on parlait des miracles…», en 2004, et de «Lourdes: des miracles pour notre guérison», en 2008. Il est marié, a 6 enfants et 27 petits-enfants. (apic/rz)

 

Patrick Theillier, auteur et ancien médecin permanent du sanctuaire de Lourdes
27 octobre 2015 | 16:58
par Raphaël Zbinden
EMI (7), Euthanasie (61), Miracle (41), Mort (45)
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