Soeur Dorothea est responsable de la boutique du monastère de Leiden Christi | © Regina Kühne
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Soeur Dorothea est responsable de la boutique du monastère de Leiden Christi | © Regina Kühne

Quand le jardin du monastère soigne les corps et les âmes

06.02.2019 par Rosalie Manser, Pfarreiforum St. Gallen; Forum/traduction et adaptation: Raphaël Zbinden

Les sœurs du monastère de Leiden Christi, dans le canton d’Appenzell, proposent des produits médicinaux issus de leur jardin et de siècles de savoir-faire. La boutique du couvent est devenue une affaire florissante, qui soigne aussi bien les corps que les âmes.

Depuis le Moyen Age, en Europe, des religieuses oeuvrent dans le secteur de la santé, souvent en tant qu’infirmières ou apothicaires. Elles ont forgé la réputation des produits médicinaux monastiques, qui ont démontré leur pouvoir de soulagement face à toutes sortes de maux. Un patrimoine de connaissances qui s’est perdu au fil du temps. Aujourd’hui, de nombreuses communautés religieuses n’ont pas les ressources humaines nécessaires pour fabriquer des produits à grande échelle. Le couvent de Leiden Christi, à Jakobsbad, près d’Appenzell, est ainsi l’un des rares monastères dont la boutique ne désemplit pas.

Une centaine de produits faits maison

Quira, la “réceptionniste” de Leiden Christi, salue, avec sa queue qui s’agite joyeusement, les visiteurs de la boutique. La femelle caniche noire frisée n’a même plus le temps de se blottir dans son panier pendant les heures d’ouverture, car la sonnette n’arrête pas de tinter. Rien d’étonnant: les onguents, teintures et autres sirops confectionnés par les sœurs sont prisés bien au-delà des frontières appenzelloises.

Une partie des produits vendus par Leiden Christi sont issus du jardin du monastère | © Leiden Christi Kloster

En entrant dans les ateliers de fabrication, au-dessus du magasin, on est immédiatement pris par une fragrance aromatique végétale. A Jakobsbad, on confectionne chaque jour en grandes quantités des infusions, des pommades ou des mélanges de tisanes. Dans une casserole de 100 litres, Sœur Dorothea agite doucement la liqueur d’angélique. Cette spécialité de la maison fait partie de l’assortiment de la boutique, parmi une centaine d’autres produits. Il est inutile de chercher dans d’autres pharmacies ou drogueries les gouttes, onguents et capsules vendus à Leiden Christi. “Seules certaines de nos spécialités, qui ne sont pas concernées par la réglementation sur les produits pharmaceutiques, sont disponibles dans les magasins spécialisés des environs”, indique Sœur Dorothea.

Principale source de revenus pour le monastère

Depuis 2010, la boutique a emménagé dans les pièces spacieuses et lumineuses de l’ancienne maison des domestiques. Jusqu’à la reconstruction du lieu, les religieuses fabriquaient leurs produits dans les pièces étroites et sombres du bâtiment principal. La décision d’investir dans de nouveaux locaux de production et de vente était une nécessité. “Nos ressources financières étaient très limitées et nous cherchions de nouvelles sources de revenus pour entretenir le monastère “, explique Sœur Dorothea. Elle est responsable de la pharmacie depuis plus de trente ans. Cuisinière de formation, elle a repris cette tâche suite à la mort précoce de la précédente responsable. La vente de produits artisanaux constitue la presque totalité des ressources du monastère.

(Google Maps)

Les sœurs adaptent sans cesse leur offre aux désirs des clients et créent de nouvelles recettes. “Malheureusement, nous n’avons pas, dans le trésor de notre monastère, de ces anciens livres de recettes reliés en cuir”, regrette Sœur Dorothea. Seule la célèbre liqueur d’angélique est basée sur une recette inchangée depuis plus d’un siècle. “Nous supposons qu’elle remonte à notre fondatrice Johanna Rosa Bättig”. Elle était venue du couvent de Wonnenstein à Teufen (AR), en 1851, où elle avait eu l’idée de fabriquer des produits médicinaux. Elle créa une nouvelle pharmacie de monastère à Jakobsbad.

Les sœurs bénéficient, pour l’élaboration de nouvelles recettes, du soutien de l’ancien pharmacien appenzellois Alfred Wild.

Situation idéale

En plus des remèdes à base de plantes, les neuf religieuses fabriquent du punch, des sirops, des produits cosmétiques, des friandises et des articles de dévotion, tels que de cierges.

Les moniales ont chacune leur spécialisation et travaillent toutes, d’une façon ou d’une autre, pour la boutique. Les produits “Leiden Christi” sont si courus que cinq employés externes soutiennent actuellement les sœurs dans leur travail. Des dizaines de mains habiles emballent, pèsent les herbes pour “l’infusion familiale”, préparent le sirop “Tannschössli” (de bourgeons de sapin) ou mettent au four les “Franziskanerli” croustillants. Sœur Dorothea garde toujours un œil sur ses collaborateurs qui travaillent sur trois étages. La patronne sait exactement quels produits sont en stock, quels ingrédients de base doivent être commandés, et quel onguent a tellement plu, la dernière fois, au client actuellement à la caisse.

Avec toute cette agitation autour d’elle et son travail de “PDG” de PME, Sœur Dorothea trouve-t-elle encore le temps de se reposer? “Même si mes journées sont très occupées, je m’accorde un peu de temps libre. Je travaille pour la boutique du monastère à partir de 8 heures du matin, après la prière des laudes à 6 heures et la célébration eucharistique. A 17 heures, il y a les vêpres et la contemplation jusqu’au souper. Après la prière du soir, Sœur Rita et moi allons nous promener avec Quira pour nous aérer l’esprit.”

Le magasin de Leiden Christi ne désemplit pas | © Regina Kühne

L’offre de la boutique de Leiden Christi s’adresse aussi bien aux enfants qu’aux adultes. “Grâce à notre situation, juste à côté du téléphérique du Kronberg, de nombreux touristes, mais aussi des personnes du lieu, viennent faire du shopping dans la région, et nous rendent visite”, indique Sœur Dorothea. Pour elle et pour les autres résidentes de Leiden Christi, le commerce est une porte sur le monde extérieur. Les religieuses démontrent, avec la création d’une boutique en ligne, qu’elles vivent bien dans leur temps.

Amour de la nature

Beaucoup de clients recherchent des produits facilitant la détente et le sommeil. “Nous constatons que les personnes ont de plus en plus de mal à se détacher des tracas quotidiens”, affirme Sœur Dorothea. Les personnes souffrant de maladies de peau, de rhumatismes ou de dépression viennent également quérir aide et conseils à la boutique. Dans l’assortiment, l’amour que les religieuses portent aux bêtes est également visible; avec des pommades pour les pattes meurtries ou des gouttes contre les comportements d’anxiété, d’agressivité ou de jalousie des animaux de compagnie. “Nos clients ont la garantie d’obtenir un produit naturel et artisanal”, souligne Sœur Dorothea. Les religieuses excluent en particulier les matières premières issues du pétrole, notamment dans les pommades. Elles utilisent à la place de l’huile de lin, de noix, de coco ou de jojoba. Les arômes artificiels n’ont pas non plus leur place dans la pharmacie du monastère. Les sœurs se procurent les herbes auprès de St.Galler Dixa AG. Des matières premières certifiées et de haute qualité, même si elles ne viennent pas du jardin du couvent. “Si nous voulions nous lancer dans la production de nos propres herbes et baies, notre communauté devrait être bien dix fois plus grande”, explique la responsable de Leiden Christi.

Mais les sœurs récoltent encore elles-mêmes des “Tannschössli”, des bourgeons de sapin, de la menthe poivrée, des fleurs de sureau ou de l’ail des ours dans le jardin du monastère ou dans les environs.

Ingrédients spirituels

Même si les produits faits maison ne sont pas officiellement bénis, Sœur Dorothea est convaincue qu’il y a en eux un ingrédient spirituel. “On fait tout à la main”, dit-elle. Des mains de fidèles rompues à la prière et habituées à porter les préoccupations et soucis des personnes. Par ces mains, des “éléments spirituels” entreraient ainsi dans la production, en plus des normes légales à respecter. Sœur Dorothea ajoute que toutes les pièces du monastère sont bénies. “Dieu est omniprésent chez nous”. Elle raconte ainsi comment des personnes ont quitté le magasin avec une force renouvelée pour affronter la vie, et cela même sans avoir acheté un produit. (cath.ch/rm/forum/rz)


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