Nées il y a bientôt quatre ans à Londres, les Sunday Assemblies se sont étendues à huit pays différents. (Photo: Pierre Pistoletti)
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Nées il y a bientôt quatre ans à Londres, les Sunday Assemblies se sont étendues à huit pays différents. (Photo: Pierre Pistoletti)

Sunday Assembly: Le succès grandissant d'un culte sans dieu

15.11.2016 par Pierre Pistoletti, à Londres

Les Sunday Assemblies ressemblent à s’y méprendre aux liturgies chrétiennes. On se lève, on s’assoit, on écoute un prédicateur, on chante, on se recueille, mais on ne prie pas. Né à Londres, ce “culte” séculier est en train de s’étendre bien au-delà des frontières anglaises. Reportage.

Un dimanche matin de novembre dans le West End londonien. Alors que les cloches des églises appellent les chrétiens à se rassembler, des centaines de fidèles d’un nouveau genre poussent la porte du Conway hall. Deux dimanches par mois, cette bâtisse en briques grises des années trente accueille les Sunday Assemblies. Le concept: se rassembler pour “célébrer la vie” autour de valeurs partagées par l’ensemble des quelques 400 participants. Parmi elles, la fraternité, l’écoute, le partage, l’intériorité, la réflexion, le chant ou encore la joie. Autant d’ingrédients que l’on retrouve dans toutes sortes d’assemblées religieuses, à ce détail près que les Sunday Assemblies se veulent radicalement laïques.

De la pop anglaise pour cantique

Le concept répond à une attente. Quatre ans après la rencontre inaugurale dans l’arrondissement londonien d’Islington, 70 assemblées labellisées ont vu le jour dans huit pays différents dont la France, les Pays-Bas, les Etats-Unis ou encore l’Australie. “Nous restons étonnés du succès rapide, reconnaît Pippa Evans, cofondatrice des Sunday Assemblies. Nous avons lancé l’idée. Quelques semaines plus tard, des personnes du monde entier nous ont demandé d’établir ces rencontres chez elles”. A ses côtés, Sanderson Jones acquiesce. “Nous avons toujours de la peine à réaliser que tout cela vient de nous”. Complices, les deux quadras évoquent une aspiration commune et fondatrice: créer une église totalement séculière, ouverte à chacun, quelles que soient ses croyances. Une église qui permette aux gens de “déployer le meilleur d’eux-mêmes”.

Si les assemblées dominicales qu’ils proposent ont évacué toute dimension religieuse, elles ne sont pas exemptes de ritualité. Durant une heure, elles se structurent autour d’un schéma qui emprunte différents éléments aux liturgies chrétiennes. On commence par chanter, non pas un cantique, mais un air de pop anglaise connu de tous. Puis, Pippa accueille l’assemblée en présentant la thématique dominicale. Ce 6 novembre, il est question de guerres et de conflits. Le prédicateur du jour, Mark Vernon, explique à l’assemblée l’importance de l’introspection pour prendre conscience de ses déterminismes, ses stéréotypes et ses passions. Pour lui, les conflits qui nous entourent et nous désolent prennent leurs racines dans notre microcosme intérieur. Parmi les fidèles, certains notent scrupuleusement les paroles du psychothérapeute alors que d’autres l’écoutent en buvant leur café. On se lève ensuite pour chanter “Zombie” des Cranberries entonné avec enthousiasme par deux jeunes chanteuses accompagnées sur la scène par quelques musiciens. Puis on se recueille une minute. Silence dans cette salle d’un autre temps, transformée en temple laïc l’espace de quelques heures. La collecte se charge de ramener l’assemblée aux contingences matérielles du “culte” avant un chant conclusif qui débouche sur de longs bavardages.

L’essentielle fraternité

“Londres est une ville où règne un certain anonymat, explique Stefen, Londonien de 29 ans. Ici, on peut se rencontrer et créer une communauté”. Un rapide sondage sur le parvis Conway hall confirme ses propos. La fraternité est capitale pour les habitués des Sunday Assemblies. “Ma voisine me disait même tout à l’heure qu’elle était jalouse des assemblées chrétiennes qui permettent aux gens de se rencontrer, ajoute-t-il. Jusqu’à ce qu’elle découvre ces assemblées laïques”.

Du prêche, il retient la nuance. “On a tendance à considérer les conflits de façon binaire. Il y a d’un côté les bons et, de l’autre, les mauvais. C’est toujours bien plus compliqué et nous portons tous notre part de responsabilité dans la pacification des conflits”. Pour ce professeur d’anglais, “les chants, l’unité et les moments de recueillement ajoutent une part d’émotion qui ancre plus profondément le discours rationnel”.

“Ici, on s’arrête, on médite et ça ‘repose’ le cerveau”

Stefen apprécie également la pause qu’offrent ces assemblées dans un quotidien chargé. “Nous sommes toujours en train de ‘faire’ des choses. Ici, on s’arrête, on médite et ça ‘repose’ le cerveau”. Son amie Carol-Anne souscrit. “Nous vivons dans un monde qui a tendance à vivre sans se poser de questions, explique cette avocate de 26 ans. On peut s’arrêter sur notre vie et prendre le temps d’une véritable introspection pour célébrer la vie”.

“Célébrer une connaissance psychologique de soi”

“Célébrer la vie”, c’est le véritable leitmotiv de ces rencontres. Mais qu’est-ce cela veut dire au juste? “Voir les bons côtés de la vie et célébrer une connaissance psychologique de soi, répond Carol-Anne. Conscientiser ce qui est bien pour s’émerveiller”. Chez elle, cette quête a connu différents horizons. “J’ai cherché des réponses à ces interrogations existentielles dans des églises chrétiennes ou des mosquées, mais je me suis heurtée à trop de dogmes et de croyances difficilement crédibles pour mon esprit logique et scientifique”.

Reste le but. “Célébrer la vie” en vue de quoi? “Le bonheur”, assure-t-elle. Une attente qui ne recouvrirait pas un brin de naïveté? “Non! Nous possédons le pouvoir et la responsabilité de créer notre propre bonheur”, précise-t-elle, en concédant que “cela peut paraître un peu naïf à ceux qui n’ont pas fait le point sur leur vie”. Pour cela, les Sunday Assemblies veulent offrir un espace où l’on peut “regarder sa propre existence avec un peu plus de joie et de gentillesse”, explique le pape de ce nouveau mouvement, Sanderson Jones. Se souviendra-t-on de lui, dans quelques générations comme une sorte de Jésus du XXIe siècle? Il rit aux éclats. “Je ne sais pas. Je ne crois pas que nous apportions une sorte de nouvelle spiritualité. Nous cherchons plutôt à transmettre des outils qui aident les gens à développer ce qu’ils portent de bon en eux”, rétorque-t-il sans se prendre trop au sérieux.

“Aider les gens à développer ce qu’ils portent de bon en eux”

En abordant des thématiques existentielles dans un climat fraternel et joyeux, les Sunday Assemblies attirent un nombre croissant de personnes qui se sentent prises au sérieux dans leurs convictions personnelles, quelles qu’elles soient. Elles parviennent à rassembler un public intergénérationnel autour d’une célébration vivante et conviviale. Que les églises alentour se rassurent: tous les fidèles ne délaissent pas leur pratique habituelle pour les Sunday Assemblies. Mais ces assemblées dominicales d’un nouveau genre devraient les interpeller et les questionner. Que faudrait-il réformer pour atteindre une quête de sens toujours actuelle? Le seul tintement fidèle de leurs cloches séculaires ne suffit plus. (cath.ch/pp)

Stefen a invité Carol-Anne. Elle participe, ravie, à sa première Sunday Assembly (Photo: Pierre Pistoletti)
Stefen a invité Carol-Anne. Elle participe, ravie, à sa première Sunday Assembly (Photo: Pierre Pistoletti)
Les Sunday Assemblies sont ouvertes à tous et gratuites. Une quête sollicite la générosité des participants pour couvrir les frais de ces rencontres.  (Photo: Pierre Pistoletti)
Les Sunday Assemblies sont ouvertes à tous et gratuites. Une quête sollicite la générosité des participants pour couvrir les frais de ces rencontres. (Photo: Pierre Pistoletti)
Sanderson Jones et Pippa Evans, fondateurs des Sunday Assemblies (Photo: Pierre Pistoletti)
Sanderson Jones et Pippa Evans, fondateurs des Sunday Assemblies (Photo: Pierre Pistoletti)

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