Suisse

Vaud: L'action Parrainage des migrants, ça marche !

L’action parrainage des migrants, lancée au début 2016 par les Eglises catholique et réformée du canton de Vaud, connaît un développement réjouissant. A mi-juin, 71 personnes ou familles bénéficient de ce parrainage et les premières expériences sont positives.

«Cela m’énervait de ne pouvoir rien faire en faveur des réfugiés», témoigne la jeune Julia Kälmann. «J’en ai parlé à mes parents et à ma soeur». «Comme nous n’avions pas la possibilité d’accueillir quelqu’un chez nous, nous nous sommes tournés vers le parrainage», explique sa maman.

«Cela m’énervait de ne pouvoir rien faire en faveur des réfugiés»

C’est ainsi que cette famille d’origine allemande, vivant depuis douze ans en Suisse, est devenue depuis mi-avril la marraine de la famille Abraham originaire d’Erytrhée. L’échange se fait au niveau de la vie quotidienne : sorties communes, jeux avec les enfants, conseils pour l’école ou les problèmes administratifs, appui pour l’apprentissage du français…

71 parrainages sont effectifs

Favoriser l’accueil est l’intégration des requérants d’asile et des réfugiés en développant un réseau social de proximité est le premier objectif de l’action parrainage lancée par les Eglises vaudoises,  avec l’appui de diverses associations de la société civile, explique Michel Racloz, délégué du vicaire épiscopal. Pour les Eglises, développer un climat d’accueil et d’hospitalité, dans le cadre du respect de l’État de droit et de la collaboration avec les autorités est quelque chose d’essentiel.

Depuis le mois de janvier, 172 parrains et marraines se sont inscrits et 71 parrainages sont effectifs.  A ceux qui trouvent que les démarches ne vont pas assez vite, Diane Barraud, médiatrice Eglise-réfugiés répond que cette mise en relation reste une tâche délicate qui exige du discernement. Ainsi, chaque parrain et marraine est rencontré individuellement avant de suivre une soirée de formation obligatoire portant en particulier sur la dynamique interculturelle. Il s’agit aussi de travailler en concertation avec l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) et le Centre social et d’intégration pour les réfugiés (CSIR).

Les parrainages proposés ne prévoient pas l’accueil ni l’hébergement qui sont du ressort de l’EVAM ou du CSIR, précise Diane Barraud. «Si des personnes nous font des propositions, nous les mettons en lien avec les services concernés.»

Les mineurs non-accompagnés sont les plus vulnérables

Shamohamad Mohamandi fait partie de la catégorie des requérants d’asile mineurs non-accompagnés toujours plus nombreux à débarquer en Suisse. Le jeune homme, arrivé il y a sept mois, ne parle que quelques mots de français. Il reste très discret sur les moments très difficiles qu’il a vécus avant d’arriver dans le pays, mais il se dit extrêmement touché et heureux d’avoir rencontré des personnes si généreuses. Il est devenu le filleul de la famille de Karin Eigenheer, chez qui il passe plusieurs moments par semaine. Le parrainage dont il bénéficie lui sera particulièrement précieux lorsqu’après ses 18 ans, il sera ‘largué’ dans le monde des adultes et censé se débrouiller par ses propres moyens.

Appui juridique

Pour certains requérants, un parrainage dit de soutien est nécessaire. Il s’agit alors d’évaluer au plan juridique des situations délicates voire bloquées. L’accompagnement humain se double d’une aide juridique avec des juristes et des avocats chargés de reprendre les dossiers. Parfois cela débouche quand même sur un renvoi, mais tout peut être fait pour qu’il se déroule dans des conditions convenables, relève Michel Racloz.

«Depuis les années 1980, la question de l’accueil des réfugiés et de l’intégration des migrants a toujours plus été déléguée à l’Etat ou aux grandes associations caritatives, il est bon que des simples citoyens s”y investissent à nouveau», souligne la conseillère nationale Cesla Amarelle. «Il est indispensable de ne pas enfermer les migrants dans leur condition d’étrangers et d’éviter qu’il s’enferment eux-mêmes dans cette condition.» La politicienne se félicite du fort engagement, en particulier des Eglises, sur cette thématique. L’intégration des migrants doit commencer le plus tôt possible et s’inscrire dans la durée, conclut-elle.


Plateforme-asile.ch, un site pour coordonner l’action

Depuis quelques années de très nombreuses initiatives associatives ou individuelles se sont développées dans le canton de Vaud pour favoriser l’accueil des réfugiés. Pour les faire connaître et les fédérer, la plateforme asile vient d’être créée. L’outil est un site internet à l’adresse plateforme-asile.ch qui rassemble le plus grand nombre possible d’initiatives, explique Eliana Alvarez qui a participé à son développement. Au moyen d’une carte interactive, l’internaute peut se renseigner sur toutes les actions et services à proximité de chez lui dans les divers domaines comme le soutien administratif, la santé, la formation, la vente ou la remise de vêtements, le logement, les loisirs. Cette plateforme est totalement indépendante de l’Etat ou des grandes associations, précise Eliana Alvarez. «Elle appartient à tout le monde.» Elle se développe de manière strictement horizontale et se déclinera aussi sur les réseaux sociaux.


Journée des réfugiés  le 18 juin à Lausanne

A l’occasion de la Journée des réfugiés, les Eglises catholique et protestante du canton de Vaud et la communauté Sant’Egidio organisent le samedi 18 juin à Lausanne un cercle de silence à 17h30 à la place St-Laurent, suivi d’une marche en direction de la cathédrale où aura lieu à 19h une veillée de prières pour les naufragés. La soirée s’achèvera par la projection d’un film sur les couloirs humanitaires à la salle de paroisse de St-Laurent.  (cath.ch-apic/mp)

 

Action Parrainages des migrants, un projet des Eglises catholique et protestante du canton de Vaud (photo Maurice Page)
16 juin 2016 | 16:10
par Maurice Page
ECVD (7), EERV (74), Michel Racloz (2), Réfugiés (297)
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