Malgré les violences en Afrique de l'Est, Ethiopiens et Erythréens expriment leur foi avec joie et exubérance | © Jacques Berset
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Malgré les violences en Afrique de l'Est, Ethiopiens et Erythréens expriment leur foi avec joie et exubérance | © Jacques Berset

Violences anti-chrétiennes en Ethiopie: prêtres tués, églises incendiées

09.08.2018 par Jacques Berset, cath.ch

Les violences qui, depuis le 3 août 2018, ont frappé Djidjiga, capitale de la Région Somali, l’un des Etats régionaux de l’Ethiopie, ainsi que d’autres villes de la région, ont fait plus d’une trentaine de morts, dont plusieurs prêtres orthodoxes.

Selon l’agence de presse vaticane Fides, près d’une dizaine d’églises orthodoxes ont fait l’objet d’assauts et ont été incendiées. Les sources locales évoquent également le meurtre de six prêtres orthodoxes et de plusieurs fidèles.

Jours de jeûne et de prière

Le patriarche de l’Eglise orthodoxe Tewahedo d’Ethiopie, Matthias I, et le Saint Synode de cette Eglise, ont décidé d’organiser une période de jeûne et de prière précédant la solennité de la Dormition de Notre-Dame – célébrée le 15 août – pour invoquer le don de la paix et de la réconciliation. Ils veulent prier pour les victimes à Jijiga et dans la région après les violences à caractère ethnique qui se sont déchaînées ces derniers jours.

Une milice d’ethnie somalienne

L’Eglise orthodoxe Tewahedo a payé un prix fort dans le cadre de cette spirale de violence.

Les affrontements ont débuté à la fin de la semaine passée lorsque des hommes armés des milices Livu, d’ethnie somalienne, aux ordres d’Abdi Illey, président de la Région Somali, ont tenté d’interrompre une rencontre entre les membres du Parlement régional et des représentants de la ville de Dire Dawa. Ils avaient l’intention de dénoncer la violation des droits fondamentaux dans la région.

Ces épisodes de violence ont provoqué l’intervention de l’armée éthiopienne qui a déployé ses troupes notamment autour des sièges institutionnels, y compris le siège du Parlement régional et le Palais présidentiel d’Abdi Illey.

Les ethnies minoritaires visées

Des attaques contre des objectifs liés à des ethnies minoritaires ont été perpétrées par des membres des milices Livu. La spirale de la violence a accentué les contrastes entre l’administration régionale et le gouvernement d’Addis Abeba, portant finalement à la démission du président Abdi Illey, qui aurait été arrêté et placé en garde-à-vue par les autorités d’Addis Abeba. Depuis longtemps, la Région Somali est en proie à l’instabilité.

Pour le moment – indiquent les sources officielles de l’Eglise orthodoxe Tewahedo d’Ethiopie – plus de 20’000 réfugiés ayant fui les violences sont assistés par les paroisses orthodoxes de Jijiga.

La tension semble s’être calmée le 9 août après des jours d’actes de vandalisme à l’encontre des différentes communautés ethniques de la Région Somali. Le vicaire apostolique de Harar, le capucin Angelo Pagano, né en Erythrée de parents italiens, se trouvait le 4 août à Jijiga pour la bénédiction d’une chapelle à quelque 5 km du chef-lieu.

Témoignage de Mgr Angelo Pagano

Accompagné de 300 catholiques, il a été bloqué, lors de  la procession avec le Très Saint Sacrement, par l’incendie d’une église orthodoxe située à 50 m de distance. “Des jeunes armés de bâtons avançaient vers nous et ont commencé à nous lancer des pierres. Une fois retirés les ornements liturgiques, nous sommes allés voir ce qui se passait avec un ancien du village. En rentrant, nous avons rencontré un prêtre qui, malheureusement, était déjà mort et un autre, blessé, que nous sommes parvenus à évacuer jusqu’à notre complexe. Nous avons été assiégés pendant six heures. Bien que nous ayons appelé la police somalienne, nous n’en avons pas vu l’ombre”.

Après s’être réfugiés à Jijiga au cours de la nuit, les fidèles ont découvert que dans 7 ou 8 endroits du Vicariat de Harar – d’une superficie de 266’000 km2 – près d’une dizaine d’églises orthodoxes avaient été incendiées. Des prêtres, des diacres et des personnes qui exerçaient des fonctions dans ces églises ont été tués. “Nous nous en sommes sortis relativement bien quant à nous. Ce sont nos frères orthodoxes qui ont vraiment beaucoup souffert”, commente l’évêque. Le complexe de la mission catholique a accueilli un demi-millier de personnes fuyant les exactions.

Guerre de religion

Le lundi suivant, relève Mgr Pagano, le président de la Région Somali Abdi Illey a convoqué les responsables religieux, déclarant vouloir la paix et nous priant de dire aux chrétiens de ne pas se venger parce qu’il savait que ceux qui ont perpétré ces actes de vandalisme “ne sont autres que des voleurs”.

“Je suis intervenu en indiquant que, selon moi, il ne s’était pas agi de simples voleurs mais d’un épisode de guerre de religion et qu’il aurait dû voir comment se sont comportés les rebelles somaliens et comment ils ont attaqué seulement des lieux de culte et tué seulement des chrétiens. Je lui ai également indiqué que, ainsi que lui nous avait invités à répandre la paix, cela devrait être également fait par les responsables musulmans depuis leurs minarets”. Depuis deux ans dans la région, Angelo Pagano a pu constater que des épisodes de ce type se renouvellent, notamment en septembre 2016, en octobre 2017 et maintenant en août 2018.

“La triste conséquence est que de nombreux chrétiens ont commencé à quitter la zone pour se réfugier à Harar et dans les alentours”, conclut le vicaire apostolique. (cath.ch/fides/be)

 

 

 

 


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