Le Parvis des Gentils a fait salles combles en Roumanie
Bucarest, 14 octobre 2011 (Apic) Ouvert au printemps en Occident, le «Parvis des Gentils» s’est transporté en Europe de l’Est les 11 et 12 octobre. Le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture a rencontré une pléiade d’intellectuels devant des assistances nombreuses.
Le cardinal Ravasi était ravi, le 12 octobre à Bucarest. Son projet d’ouvrir à l’Est le «Parvis des Gentils», que le pape lui a demandé d’animer pour un dialogue entre l’Eglise et le monde de l’incroyance, a été couronné de succès. Les deux moments figurant au programme ont déplacé les foules de la capitale roumaine, tant le 11 octobre à l’Athénée, pour un débat public avec le directeur de l’Institut culturel roumain, que le lendemain au Collège Nouvelle Europe (NEC), pour un échange avec une palette d’universitaires et journalistes.
«Pouvons-nous parler ensemble de Dieu?», demandait le titre du premier de ces rendez-vous avec des intellectuels, qu’il est difficile de situer sur une échelle de croyance ou d’incroyance. Car ce pays a l’art de manier le paradoxe pour poser les questions spirituelles et métaphysiques. Ainsi, des figures roumaines contemporaines comme Eugène Ionesco ou Emil Cioran, amplement évoquées le 11 octobre par le cardinal Ravasi et Horia Roman Patapievici, n’ont cessé d’afficher des postures mécréantes tout en criant vers le ciel: le premier, dramaturge de l’absurde, avoua sur ses vieux jours guetter le moindre appel téléphonique en espérant qu’il viendrait de Dieu ou du moins d’un ange travaillant à son secrétariat… Et le second, l’écrivain désespéré de tout, lança dans une lettre: «Le drame de ne pouvoir prier… Prier qui? Quoi? Ah mon Dieu !» L’art de prier sans le savoir, ou sans le dire…
Autre signe de cette cartographie incertaine: plutôt que de se demander ce que veut dire «Je crois/Je ne crois pas», Andrei Plesu, directeur du NEC, proposa de s’intéresser à un autre binôme, «Je crois que je crois/Je ne crois pas que je crois», non comme une opposition, mais comme la tension qui traverse tout croyant, entre une simple tradition de pratique religieuse et une conception idéalisée de la foi comme béatitude au goût d’éternité. Le cardinal romain valida ce caractère mouvant de la frontière entre foi et incroyance: où situer, par exemple, l’agnosticisme de tant de chercheurs de Dieu? Et que penser de ces prêtres ou pasteurs ayant cessé de croire et dont abonde la littérature et cinéma, de Bernanos à Bergmann? L’écrivain Dan Mihailescu ajouta une ultime variation au thème de ces rencontres, affirmant: «Moi aussi, je suis croyant: je crois que je ne crois pas!» L’incroyance, autre forme de croyance ?
Restait à se demander si le dialogue entre tous ces registres de croyances n’avait pas des contours spécifiques dans des sociétés de tradition orthodoxe – où tout le monde est réputé chrétien – et au passé d’athéisme officiel, durant lequel une incroyable dévotion populaire a permis la résistance spirituelle au totalitarisme matérialiste. La sécularisation ne vient-elle pas menacer ce patrimoine, dont les jeunes générations semblent déjà s’éloigner? Le cardinal estima qu’aujourd’hui, les différents parvis du Temple de Jérusalem seraient à dédoubler. Celui des incroyants (les «Gentils»), avec d’un côté les «chercheurs de Dieu» de notre temps, agnostiques s’interrogeant sur le sens de la vie et de la mort, et de l’autre ces foules pour qui Dieu ne sont même plus une question, puisqu’ils sont indifférents à une telle préoccupation: terrible banalisation par la sécularisation que tous ces contemporains dont l’unique souci est ce qu’ils vont manger, assis devant des vulgarités télévisées… Mais aussi le parvis des croyants, dont les uns ont soin de nourrir et former leur foi dans une relation personnelle à Dieu, quand tant d’autres se contentent de rites stéréotypés dont les nouvelles générations, prises dans la mondialisation, n’auront sans doute pas l’usage.
C’est peut-être à l’intention de tous ces profils de croyants que le cardinal Ravasi vient de se lancer sur un autre parvis encore, virtuel celui-là. Son blog sur le site du quotidien ’Il Sole 24 Ore’ déclenche des centaines de commentaires quotidiens. Le président du Conseil pontifical de la culture a ouvert également un compte Twitter, et s’astreint à transmettre par cette voie, à qui le voudra, des phrases bibliques… d’une longueur impérativement inférieure à 140 signes! (apic/mk/com/be)
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