Yémen: La crise analysée par le vicaire apostolique Paul Hinder
Sana’a, 21 octobre 2011 (Apic) «La population ne se sent plus en sécurité. Il devient impossible de se déplacer d’une zone à l’autre, compte tenu de l’appartenance des factions qui la contrôlent. La vie sociale est réduite au minimum», affirme l’évêque suisse Paul Hinder Le vicaire apostolique d’Arabie, basé à Abu Dhabi, est interrogé par l’agence catholique Misna sur la situation au Yémen.
«En vérité, personne ne sait exactement ce qui se passe dans le pays. L’information est conditionnée par les sources», précise l’évêque.
«Quiconque tire sur des manifestants non-violents commet un crime, que ce soit les forces gouvernementales ou des forces tribales. L’usage de la violence ne résoudra pas les problèmes», affirme le capucin, se référant aux informations sur la répression des manifestations anti-gouvernementales, mais aussi sur les affrontements tribaux et sur les combats entre forces armées et les «terroristes» dans le sud.
L’évêque évoque la situation de confusion résultant de la manipulation des informations. Cela a notamment été le cas des combats à Zinjibar, qui ont provoqué la fuite de la majorité des habitants de la ville. «Le gouvernement affirme qu’il ne s’est rien passé et ceux qui ont été témoin semblent ne pas savoir exactement qui est vraiment derrière ces événements», indique-t-il. «Cette confusion, selon Paul Hinder, est due aux diverses tendances des nombreux groupes impliqués dans le conflit et à leurs intérêts. Mais à cause du manque d’information et l’impossibilité de voyager à travers le pays. Il est vraiment difficile de raconter ce qui se passe au Yémen. Et de même en ce qui concerne les informations sur la force réelle d’Al-Qaïda dans le pays».
Le Sud et le Nord du Yémen ont été unifiés en 1990, mais les différences et les divergences entre les clans des deux principales zones du pays n’ont jamais été effacées. Le gouvernement de Sana’a a jamais eu un contrôle réel sur l’ensemble du pays. «Les conflits au Yémen ne sont pas une nouveauté, ils ont été assez fréquents au cours des 50 dernières années», rappelle Mgr Hinder à la Misna. Les différences tribales s’ajoutent aux problèmes sociaux et économiques: le taux de pauvreté est de 50% chez les jeunes, la faim et la malnutrition sont endémiques, le pays est le plus pauvre de la péninsule, mais aussi l’un des plus peuplé (24 millions d’habitants). Il accueille de nombreux migrants fuyant l’Afrique, en particulier de la Somalie.
«Un tel contexte ne peut que favoriser les mouvements d’insurrection ou de rébellion, pour ne pas mentionner la corruption, ce qui n’aide pas», ajoute l’évêque. «Si les jeunes générations parviennent à investir leurs énergies en un changement créatif pour le pays, l’avenir pourra être prometteur, malgré la pauvreté. Un compromis, un consensus, sur la base du respect mutuel entre les différentes tribus et les différentes religions sera cruciale pour créer un système juridique fondé sur les droits de l’homme pour tous. Une intervention de l’extérieur doit être évitée, même si l’aide humanitaire internationale est nécessaire».
La communauté catholique du Yémen compte environ 4’000 fidèles. Sont présents des Missionnaires de la Charité de Mère Teresa et des Missionnaires salésiens, à Sana’a, Taïz, Aden et Hodeidah. L’islam est la religion d’Etat. (apic/misna/bb)
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