Le clergé dans une situation contrastée
Buenos Aires, 21 octobre 2011 (Apic) Les Argentins se rendront aux urnes le 23 octobre, pour désigner qui dirigera le pays durant les quatre prochaines années. Cristina Fernandez Kirchner, au pouvoir depuis 2007, devrait facilement être réélue dès le premier tour. L’occasion de faire le point sur la situation de l’Eglise catholique dans un pays fortement religieux, mais critique à l’égard d’une partie du clergé.
Une file de plusieurs centaines de mètres s’étire le long de la paroisse Notre-Dame de Balvanera, dans le centre de Buenos Aires, la capitale de l’Argentine. Venus remercier Saint Expédit ou solliciter son intercession, les jeunes cadres supérieurs cravatés et les retraités sur leur «trente et un», les employés des commerces alentours comme les étudiantes, attendent avec patience et dévotion le moment de se recueillir devant la statue du saint des causes justes et urgentes. La plupart ira ensuite faire brûler une bougie achetée aux vendeurs ambulants qui se pressent devant l’entrée de l’édifice en travaux. C’est le cas de Laura Gonzalez: «Je suis venue remercier Saint Expédit parce que ma fille a trouvé un travail cette année, explique cette sémillante quinquagénaire. Et je lui demande aussi de prêter longue vie et bonne santé à Cristina, notre présidente. Et surtout je vais prier pour qu’elle soit réélue dimanche!»
Bienvenue en Argentine, pays qui devrait, d’après la majorité des sondages, renouveler sa confiance, dimanche 23 octobre, à Cristina Fernandez Kirchner, l’actuelle présidente. Veuve de Nestor Kirchner, à qui elle a succédé en 2007 à la tête de l’Etat. «CFK», comme on la surnomme ici, dispose il est vrai d’un capital de sympathie très important. Cette popularité, elle la doit en premier lieu à la bonne santé économique du pays, alors même qu’en 2001 une crise économique et sociale sans précédent, avait jeté des millions de personnes dans la pauvreté. Dix ans plus tard, les faits sont là: une relance économique, la création de près de cinq millions d’emplois, l’adoption de plans sociaux telle que l’Assignation universelle par enfant (AUH) permettant aux familles pauvres de recevoir des allocations familiales, la renationalisations du régime des retraites, le remboursement des prêts contractés auprès du FMI, etc. L’Argentine fait désormais figure de très bon élève, avec un taux de croissance moyen annuel de 8 à 9%.
Pourtant, tout n’est pas réglé; loin s’en faut. «Des millions d’argentins continuent à vivre dans des conditions d’extrême pauvreté», soulignait Mgr Fernando Bargallo, président de la Caritas Argentine, lors de la présentation de la quête annuelle de la Caritas. C’est d’ailleurs un des sujets préoccupants pour l’Eglise catholique argentine, qui représente aujourd’hui un peu plus de 75% de la population. Contrairement à d’autres pays du continent, elle n’est pas menacée par la croissance des Eglises pentecôtistes (10%).
«L’Eglise catholique est dans une situation contrastée, explique Nestor Burri, responsable du Centro Nueva Tierra, un organisme créé en 1989 et dont l’objectif est de former et articuler les groupes d’agents sociaux et pastoraux en Argentine. Elle est en proie à diverses critiques de la part d’une société argentine qui cherche à concilier une religiosité profondément ancrée dans ses racines et des désirs d’émancipation de certaines valeurs.»
Mariage homosexuel, légalisation de l’avortement, implication de religieux catholiques au côté de la dictature, etc. Les thèmes de discussions sont nombreux. Et les critiques fusent: «Avec la fin de l’impunité pour les crimes commis durant la dictature (de 1976 à 1983, ndlr) décidée par Nestor Kirhner à partir de 2003, les nouvelles générations ont découvert que, si certains prêtres et évêques étaient morts pour avoir défendu les victimes de la dictature, plusieurs membres de l’Eglise catholique s’étaient en revanche compromis avec les forces armées, explique Fortunato Mallimaci, sociologue et spécialiste des religions. A ce titre, la condamnation de Christian von Wernich, ancien aumônier de la Police des provinces de Buenos Aires, pour crimes contre l’Humanité, a sonné comme un coup de tonnerre.» Une condamnation qui semble aussi avoir renforcé la méfiance des Argentins envers l’Eglise.
«Les évêques catholiques argentins ont aujourd’hui moins d’influence sur la vie sociale du pays, reconnaît Mgr Jorge Oesterheld, porte-parole de la Conférence épiscopale. Nous devons renouer le dialogue avec le pays.» Un constat qui intervient après les prises de positions très critiquées de quelques hauts responsables de l’Eglise, lors du débat sur le mariage gay.
L’influence de l’épiscopat est aussi au cœur des discussions sur le projet de légalisation de l’avortement, actuellement en débat au Parlement. «Notre devoir est de continuer à veiller à ce que les valeurs chrétiennes soient respectées dans ce pays. Et nous ne ferons aucune concession dans le combat que nous menons pour la défense de la vie et de la famille», a réaffirmé Mgr José Maria Arancibia, évêque de Mendoza, dans un courrier envoyés aux parlementaires au nom de plusieurs membres de la Conférence épiscopale argentine. Des valeurs toujours très fortes, même dans un pays qui a beaucoup changé ces dix dernières années. (apic/jcg/nd)
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