Une tentative papale de rétablir le rapport entre foi et raison
Rome, 25 octobre 2011 (Apic) Quatre professeurs athées ont été invités par Benoît XVI à la rencontre interreligieuse d’Assise, en Italie, le 27 octobre 2011. C’est la première fois que des non-croyants participeront à cette journée «pour la paix et la justice dans le monde», 25 ans après la première rencontre initiée par Jean Paul II.
«Les athées à Assise, c’est le pape qui les a voulus», a indiqué récemment aux journalistes le cardinal Gianfranco Ravasi, président du Conseil pontifical de la culture. C’est son dicastère qui a été chargé de lancer des invitations au nom du pape, comme «une tentative de rétablir le rapport entre foi et raison».
En tête de cette liste de quatre non-croyants, tous universitaires, la philosophe et psychanalyste franco-bulgare, Julia Kristeva. Elle a beaucoup écrit sur les femmes intellectuelles comme Hannah Arendt (1906-1975), mais aussi sur l’amour, la dépression, et les maladies contemporaines de l’âme. Elle affirme notamment que l’impatience de l’Homme moderne le prive d’une véritable vie psychique, au point de lui faire perdre peu à peu son âme. Féministe et athée déclarée, Julia Kristeva est mariée à l’écrivain catholique Philippe Sollers.
Depuis la parution de son livre sur la vie de sainte Thérèse d’Avila (1515-1582) en 2008, elle a été beaucoup sollicitée par le milieu catholique. La philosophe a notamment participé à la rencontre inaugurale du «Parvis des gentils», organisée à Paris en mars dernier par le Conseil pontifical de la culture en faveur du dialogue entre croyants et non-croyants. Le 27 octobre, à Assise, Julia Kristeva prendra la parole au nom des trois autres non-croyants devant Benoît XVI et de nombreux représentants religieux.
L’italien Remo Bodei est professeur d’histoire de la philosophie à l’Université de Pise. Il enseigne également à l’Université de Californie, à Los Angeles. Ce dernier est spécialiste de la philosophie classique allemande et de la pensée utopique du XXe siècle, notamment celle d’Ernst Bloch. Il s’est longuement penché sur l’athéisme, dans son œuvre intitulée «Les sans Dieu – figures et moments de l’athéisme».
Non-croyant mais pas laïciste pour autant, Remo Bodei est opposé à l’idée de voir l’Eglise transformée en «religion civile» qui se limiterait à défendre les valeurs occidentales. Il définit lui-même sa foi comme étant une porte vers laquelle il ne peut «se pousser davantage», tout en sachant que quelque chose lui échappe. Cette singularité en fait un interlocuteur tout à fait intéressant pour l’Eglise.
Guillermo Hurtado est un philosophe mexicain, et l’un des fondateurs du magazine d’histoire et de philosophie «Dianoia». Spécialiste de la philosophie mexicaine du XXe siècle, il s’est par ailleurs beaucoup intéressé à la philosophie thomiste. Il se revendique souvent de la pensée du philosophe Bertrand Russel (1872-1970), qui comparait son athéisme à celui des philosophes grecs, affirmant qu’il appartient aux croyants d’apporter les preuves des bases «invérifiables» de la religion, et non aux sceptiques de les réfuter.
Mgr Barthélemy Adoukonou, sous-secrétaire du Conseil pontifical de la culture, le décrit à la presse mexicaine comme «l’un des très rares représentants de la pensée laïque en Amérique latine», où il a du reste une réelle influence.
Enfin, l’Autrichien Walter Baier est un économiste marxiste, membre du parti communiste, et coordinateur du réseau européen «Transform!». Ce forum de recherche regroupe des revues et des «think tanks» de gauche. Sa participation est des plus surprenantes, vu que le marxisme considère la religion comme «l’opium du peuple».
Ces quatre intellectuels prendront aussi part, le 26 octobre à Rome, à une table ronde à l’Université Roma III. Ils interviendront sur le thème «croyants et non-croyants face aux défis de la modernité». (apic/imedia/st/nd)
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