Les incompréhensions entre médias et papauté pas propres au pontificat de Benoît XVI

Rome: Colloque sur « ’Incompréhensions – L’Eglise catholique et les médias »

Rome, 10 novembre 2011 (Apic) Les incompréhensions entre médias et papauté ne sont pas propres au pontificat de Benoît XVI. Un colloque organisé le 10 novembre 2011 au Vatican par « L’Osservatore Romano » et intitulé « Incompréhensions – L’Eglise catholique et les médias » a permis de démontrer que les pontificats de 2 des prédécesseurs de Benoît XVI – Paul VI (1963-1978) et Jean Paul II (1978-2005) – avaient eux aussi été marqués par des crises dans ce domaine.

Selon Lucetta Scaraffia, historienne du « quotidien du Vatican », il y a eu un avant et un après l’encyclique « Humanae vitae » du fait des positions prises par Paul VI sur la sexualité dans ce document. Au début de son pontificat, Jean Paul II était quant à lui surnommé «Pie XIII», pour en faire un pape du passé, a pour sa part rappelé Andrea Riccardi, fondateur de la Communauté Sant’Egidio.

Dans l’ancienne Salle du synode, nichée au cœur du Palais apostolique, Lucetta Scaraffia, plume récurrente de « L’Osservatore Romano », a ainsi démontré devant une cinquantaine de personnes, dont de nombreux journalistes, comment la publication en 1968 de l’encyclique « Humanae vitae », consacrée notamment à la régulation des naissances, avait marqué un tournant dans le pontificat de Paul VI. Quelques années plus tôt, le Concile Vatican II (1962-1965) avait été « un grand succès médiatique » et c’est à cette époque que les médias avaient jugé opportun de posséder un journaliste spécialisé sur les questions d’Eglise.

Un tournant: l’encyclique « Humanae vitae »

A partir de 1968, cependant, « tout change », on parle de « crise de l’Eglise », une crise « sans précédents où l’on parle même de démission du pape », dont les premières caricatures apparaissent alors, a expliqué la journaliste italienne. Lucetta Scaraffia a ensuite souligné un autre aspect de cette crise, à savoir que le conflit le plus fort avait éclaté au sein même du monde catholique avec la division entre catholiques progressistes et conservateurs.

En s’opposant à la régulation artificielle des naissances, Paul VI, selon les médias de l’époque, avait manifesté le « refus du progrès scientifique par l’Eglise », a-t-elle encore affirmé.

Un autre pape impopulaire

Mais Paul VI n’a pas été le seul pape à susciter l’incompréhension des médias. Andrea Riccardi s’est ainsi attaché à démontrer que Jean Paul II lui-même avait été « un pape impopulaire », particulièrement dans les premiers mois de son pontificat. A la fin des années 1970, a-t-il rappelé, la papauté n’était pas une institution aussi populaire que dans les décennies précédentes et la nécessité de la papauté pour l’Eglise ne semblait plus évidente.

Le fondateur de Sant’Egidio a ensuite souligné un paradoxe: s’il n’a pas hésité à parler d’ »agonie médiatique » pour définir les dernières années du pontificat de Paul VI, il a aussi expliqué qu’aussitôt après sa mort, ce pape autrefois contesté était devenu « meilleur » que Jean Paul II, symbole d’une « Eglise polonaise attachée à des aspects préconciliaires ». En 1979, ce dernier était même surnommé « Pie XIII » par les médias qui donnaient de lui l’image d’un pape « réactionnaire », de « l’Ancien Régime ».

Avec la condamnation du communisme par le pape polonais, y compris en Europe de l’Ouest, et son opposition au préservatif à une époque où le virus du sida commençait à se répandre, se consommait ainsi le « divorce » avec les médias entamé avec « Humanae vitae » et avec « l’absence de réforme de l’Eglise » pour plus de démocratie.

Ce n’est qu’après l’attentat de 1981, puis la visite à la synagogue de Rome et la rencontre d’Assise en 1986 qu’a pu débuter le « processus de réconciliation avec la figure du pape », a soutenu le responsable, avant de conclure son discours par un appel aux journalistes à «mettre à jour » leur perception du mot « intransigeance » dont les papes sont amenés à faire preuve.

Pour sa part, Gian Maria Vian, directeur du quotidien du Vatican, à l’origine de cette initiative, a eu soin de souligner que ce colloque n’exprimait pas le point de vue de « L’Osservatore Romano » et encore moins celui du Vatican. Pourtant, la présence dans cette salle aux voûtes anciennes des plus hautes autorités vaticanes – le secrétaire d’Etat du Saint-Siège, le cardinal Tarcisio Bertone, est ainsi arrivé à l’improviste au cours des travaux – et du corps diplomatique accrédité auprès du Saint-Siège, donnait une tonalité solennelle et politique à cette rencontre.

Improvisant quelques mots devant les journalistes avant de quitter la salle, le « numéro deux » du Saint-Siège a défini cette journée d’étude comme une « belle initiative », avant d’annoncer: « Je pense pouvoir y consacrer une note, lorsque j’aurai mis de l’ordre à ma documentation et que j’aurai des éléments supplémentaires pour cette réflexion ».

Dans son préambule, Gian Maria Vian a aussi souligné que la tradition chrétienne était experte en communication et a dressé l’historique de la naissance des différents organes médiatiques du Saint-Siège depuis 150 ans. Il a alors déploré la moindre volonté de comprendre l’Eglise par rapport à l’époque de Vatican II. (apic/imedia/cp/be)

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