Bénin: Le pape se recueillera devant la tombe du cardinal Bernardin Gantin
Cotonou, 18 novembre 2011 (Apic) «Père de la patrie», «héros national», «fils éminent du Bénin et de l’Afrique»: telles sont quelques-unes des expressions qui se rapportent à la figure du cardinal béninois Bernardin Gantin (1922-2008), auquel Benoît XVI rendra hommage lors de son séjour au Bénin. Le 19 novembre, au séminaire Saint-Gall de Ouidah, le pape se recueillera devant la tombe de cet ami très proche, qui fut créé cardinal le même jour que lui en 1977.
Né le 8 mai 1922 au Dahomey, l’actuel Bénin, Bernardin Gantin – dont le nom signifie littéralement «arbre de fer» – était originaire d’une très ancienne famille béninoise. En 1956, alors âgé de 34 ans, il est devenu l’un des plus jeunes évêques d’Afrique et du monde. Il fut alors nommé par Pie XII (1939-1958) évêque auxiliaire de Cotonou, dont il devint archevêque 4 ans plus tard, sous Jean XXIII (1958-1963). En 1960, il fut le premier archevêque métropolitain noir.
Il fut ensuite appelé à la curie romaine par Paul VI (1963-1978) en 1971 comme secrétaire assistant à la Congrégation pour l’évangélisation des peuples. Le futur cardinal Gantin l’avait connu deux ans plus tôt, étant chargé de l’accueillir en Ouganda alors qu’il était à la tête de la Conférence épiscopale régionale d’Afrique de l’Ouest. C’était la première fois qu’un pape visitait l’Afrique. En décembre 1976, Paul VI le nomma président de la Commission pontificale Justice et Paix.
Six mois plus tard, Paul VI le créa cardinal, en même temps que Joseph Ratzinger, lors du dernier consistoire de son pontificat. Cette nomination ne fut cependant pas du goût du régime marxiste qui gouvernait à l’époque le Bénin, qui fit tout son possible pour empêcher, en vain, une visite du nouveau cardinal sur sa terre natale. Lors des deux conclaves de 1978, le cardinal Gantin fut considéré comme un «papabile».
Le bref pontificat de Jean Paul Ier fut pour le cardinal Gantin marqué par sa nomination à la présidence du Conseil pontifical Cor Unum (la seule du pontificat d’Albino Luciani), mais aussi par l’audience que lui accorda le pape durant trois quarts d’heure, le dernier jour de son pontificat. Il a toujours conservé une photo de cette dernière audience et parlait de son «plus précieux souvenir».
Sous le pontificat de Jean Paul II (1978-2005), le cardinal Gantin s’est particulièrement fait remarquer pour sa proximité avec ce pape qu’il avait connu durant le Concile Vatican II. Sa nomination, en avril 1984, à la tête de la Congrégation pour les évêques, fut à la fois un signe de la confiance personnelle de Jean Paul II et un signal fort de soutien aux jeunes Eglises d’Afrique. Il fut nommé en même temps président de la Commission pontificale pour l’Amérique latine.
C’est à la Congrégation pour les évêques que le cardinal béninois signa avec le cardinal Ratzinger, le 1er juillet 1988, le décret statuant le schisme de Mgr Lefebvre. Ayant connu le prélat alors que ce dernier était archevêque de Dakar au Sénégal et délégué apostolique pour dix-huit pays d’Afrique francophone, le cardinal Gantin avait toujours gardé l’espoir de le voir revenir dans l’Eglise catholique. Alors qu’il était secrétaire de la Congrégation pour l’évangélisation des peuples, il avait tenté de le dissuader – après que le schisme eut été consommé – de créer un séminaire à Ecône, en Suisse. Le cardinal Gantin était également au premier plan, le 13 janvier 1995, lorsque fut annoncée la décision de Jean Paul II de destituer Mgr Jacques Gaillot de sa fonction d’évêque d’Evreux, en France.
Le 5 juin 1993, le cardinal Gantin devint doyen du collège cardinalice. Remplacé à la tête de la Congrégation pour les évêques le 25 juin 1998 par le cardinal Moreira Neves, le cardinal Bernardin Gantin était resté encore à Rome où il était membre de six bureaux de la curie romaine. Fin novembre 2002, âgé de 80 ans, le cardinal Gantin avait quitté ses fonctions de doyen des cardinaux, avant de quitter Rome après 31 années passées au Vatican. Doyen du collège cardinalice depuis 1993, il avait alors été remplacé par un cardinal allemand, Joseph Ratzinger.
«Quand je suis arrivé à Rome, j’ai apporté l’Afrique avec moi, et en repartant au Bénin, j’emmène Rome en Afrique…» A l’approche de son départ pour le Bénin, début décembre 2002, le cardinal Bernardin Gantin avait ainsi regardé avec humour les kilos de bagages qu’il emportait dans son pays.
Venu à Rome à la mort de Jean Paul II en avril 2005, le cardinal Bernardin Gantin avait assisté aux réunions de cardinaux préparatoires au conclave sans pour autant participer au conclave lui-même, en raison de son âge. Il avait été ensuite reçu par Benoît XVI dès les premiers jours de son pontificat. En février 2007, il avait fêté dignement ses 50 ans d’épiscopat au Bénin.
Le cardinal Bernardin Gantin est décédé le 13 mai 2008 à Paris, où il était hospitalisé, à l’âge de 86 ans. Le jour suivant, dans un télégramme adressé à l’archevêque de Cotonou, Benoît XVI avait salué le «ministère fécond» et la «généreuse fidélité» de ce «fils éminent du Bénin et de l’Afrique». La dépouille du cardinal Gantin avait ensuite été rapatriée à Cotonou où ses obsèques s’étaient déroulées le 24 mai 2008, lors d’une célébration présidée par le cardinal Giovanni Battista Re, alors préfet de la Congrégation pour les évêques, envoyé du pape.
La veille, une messe à sa mémoire avait été célébrée au Vatican dans la basilique Saint-Pierre, présidée par le doyen du collège cardinalice, le cardinal Angelo Sodano. Au terme de la célébration, Benoît XVI avait pris la parole pour évoquer le style «humble et simple» du «premier ecclésiastique africain» à avoir été appelé à de hautes responsabilités au sein de la curie romaine. «Sa personnalité, humaine et sacerdotale, avait ajouté le pape, constituait une synthèse merveilleuse des caractéristiques de l’âme africaine avec celles propres à l’esprit chrétien, à la culture et à l’identité africaine et aux valeurs évangéliques». (apic/imedia/bb)
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