Bénin: Le secrétaire général de l’épiscopat béninois salue les messages forts de Benoît XVI

Construire une Afrique qui marche vers le futur

Cotonou, 21 novembre 2011 (Apic) A Cotonou comme à Ouidah, Benoît XVI n’a pas évité les sujets difficiles et il a prononcé des messages forts, a confié à I.MEDIA le secrétaire général de la Conférence des évêques du Bénin, Mgr Eugène Houndékon. Le pape a mis l’Afrique devant ses responsabilités, appelant l’Occident à moins de condescendance à son égard, lors de son séjour au Bénin, du 18 au 20 novembre 2011.

I.MEDIA: Que retenez-vous de la visite de Benoît XVI au Bénin, son 2e voyage sur le continent africain?

Mgr Houndékon: Le pape, en venant chez nous, avait des messages forts à lancer, et nous n’avons pas été déçus. Ce voyage a été marqué par une affection particulière pour cette terre d’Afrique. Au palais présidentiel, dans son allocution, le pape a manifesté l’équilibre de ses deux rôles: celui de chef d’Etat, mais aussi de premier responsable et de pasteur universel de l’Eglise catholique. L’un des temps forts de ce voyage est son appel lancé à toutes les nations d’Afrique et à leurs responsables, pour que se construise une Afrique qui marche vers le futur.

I.MEDIA: Dans ce discours, Benoît XVI n’a pas caché les problèmes de l’Afrique…

Mgr Houndékon: C’est l’un des messages exceptionnels de Benoît XVI dans lequel il s’est positionné comme un antidote de l’afro-pessimisme. Au contraire, tout en reconnaissant les maux qui minent l’Afrique à travers les guerres, les problèmes qui naissent des inégalités, mais aussi la corruption, il a insisté sur les valeurs positives. Car c’est sur le positif que l’on peut construire. En effet, à force de ressasser les défauts et les insuffisances, on dilue les énergies nécessaires qui permettent de se propulser vers l’avant. Le pape nous a donné la chance d’un nouvel élan.

I.MEDIA: Mais le pape n’a pas été plus tendre avec l’Occident…

Mgr Houndékon: Il a effectivement dit tout haut ce que l’on pense tout bas. Il a déploré la ruée vers les pays qui regorgent de richesses minières et leur exploitation, fustigeant non seulement l’hypocrisie, mais aussi l’injustice totale que représentent les accords faits avec les rebelles pour exploiter de manière illégitime les ressources contre la fourniture d’armes en retour. En effet, nous nous retrouvons après avec des armes et un avenir sans lendemain. Ce discours est extrêmement courageux de la part de Benoît XVI. Il fallait une personnalité, une autorité morale aussi forte et aussi affirmée que lui, pour s’exprimer de cette manière. Cela rejoint un peu Jean Paul II, qui a dit tant de vérités, souvent contestées, mais qui a vu arriver à sa mort, devant son cercueil, tous les grands du monde qui n’étaient pas toujours contents de certaines vérités mais se sont dit que le véritable message était bien là.

I.MEDIA: A Ouidah, devant le clergé, le pape a évoqué le problème du syncrétisme et, sans la nommer, la délicate question du culte vaudou. Vous, dont le diocèse a été récemment meurtri par une affaire de syncrétisme (*), comment recevez-vous ces propos?

Mgr Houndékon: Le pape a mis les points sur les i, car le syncrétisme est l’un des freins énormes au progrès de la foi en Afrique, et au Bénin en particulier. Car cela promeut des traditions qui sont mêlées de valeurs positives et de valeurs négatives, et malheureusement, parfois, on s’entête à s’associer aux valeurs négatives tout en s’accrochant encore à la foi. C’est cela qui n’est pas bon. Je crois que Benoît XVI a lancé un appel très fort et cela nous aide à continuer le travail que nous avons entamé. Le temps est venu d’éviter la langue de bois et d’aider les chrétiens à approfondir leur foi à travers une connaissance de la Parole de Dieu, et également à travers la recherche d’une culture religieuse. L’absence de culture religieuse conduit en effet à une ignorance qui est toujours à l’affût du merveilleux et qui sombre finalement dans le contre-témoignage évangélique. Le pape nous encourage à poursuivre le dialogue interreligieux, à respecter les autres cultes, sans renoncer bien sûr à notre devoir d’apporter la lumière et de proposer la vérité que nous possédons, même à ceux qui ont déjà leur propre culte, sachant qu’ils ont la liberté d’y adhérer ou pas.

(*) En octobre dernier, l’évêque d’Abomey a suspendu un prêtre accusé de soutenir et d’encourager le culte d’une jeune femme d’une vingtaine d’années qui dit être l’incarnation de l’Esprit saint. Prêtre exorciste du diocèse, le Père Mathias Vigan défie désormais l’autorité de Mgr Houndékon en continuant d’organiser de grandes manifestations publiques de prière. (apic/imedia/ami/ggc)

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