Jura: Le bédéiste chrétien Alain Auderset, ’panneau indicateur’ du Christ
Saint-Imier, 23 novembre 2011 (Apic) Alain Auderset s’est imposé sur le terrain de la BD chrétienne. Auteur à succès, ce jeune artiste évoque le sens de son œuvre, forte d’un message d’espoir. Il parle également de sa foi telle qu’il la vit au quotidien. Portrait.
«Je n’aime guère l’étiquette de dessinateur chrétien. Je me vois plus simplement comme un panneau qui indique le chemin de Jésus-Christ. Et ma principale ambition, c’est d’inciter à la réflexion Monsieur Tout-le-monde, qu’il soit croyant ou athée.» Installé depuis 1992 à Saint-Imier, dans le Jura bernois, le bédéiste d’origine fribourgeoise Alain Auderset, 43 ans, se veut un messager de l’espoir: «Dans une société qui enseigne, au lieu du christianisme, la religion du matérialisme – il faut posséder pour être heureux –, qui véhicule le culte des apparences, la foi peut métamorphoser une vie.»
Et l’artiste évangélique au look d’adolescent, qui a rencontré Dieu à 15 ans (lire l’encadré), de formuler cette métaphore: «De nombreuses personnes vivent à l’état de graine, avec des potentialités inexploitées, des trésors de spiritualité ignorés. Or, croire en Dieu contribue à faire éclore cette graine, à nous libérer des prisons mentales et des illusions. Il est lumineux de comprendre que nous ne sommes pas le fruit du hasard, que nous n’avons rien à voir avec des numéros, bref que nous sommes aimés.»
Ces convictions religieuses et existentielles, Alain Auderset les a parsemées, sans pesanteur dogmatique, dans une œuvre riche de six albums. Avec l’arme de l’humour caustique et un coup de crayon à l’esthétisme raffiné, il décrit le cheminement de personnages, Marcel, Robi, Willy Grunch, qui découvrent un sens à leur vie grâce à la foi.
Outre une spiritualité omniprésente, ses BD contiennent une critique féroce de la société de consommation. C’est un euphémisme, le capitalisme et ses dérives marchandes en prennent pour leur grade. Mais Alain Auderset refuse d’être enfermé dans le statut d’artiste à vocation politique: «J’ai sans conteste un côté soixante-huitard. Je me retrouve dans certains mouvements politiques, mais je ne leur fais pas confiance. Car la solution aux problèmes sociaux ne peut pas venir d’un leader, d’un parti ou d’une idéologie, mais uniquement du Christ et des Evangiles. Disons-le sans ambages, je ne nourris aucune illusion sur la nature humaine.»
C’est dans une ancienne église imérienne du 19e siècle que le bédéiste, entouré d’une équipe d’une dizaine de collaborateurs, donne vie à son œuvre. Ce lieu de création est au diapason de la personnalité d’Alain Auderset: original, atypique, surprenant, anticonformiste, inventif et chaleureux. Immense jardin exotique où trônent d’impressionnantes plantes, tel ce bananier qui salue le visiteur à l’entrée, l’atelier Auderset insuffle sérénité, joie, poésie, douces rêveries.
Au milieu de cette nature luxuriante, un désordre baroque règne en maître. Une guitare, un piano, de vieux microscopes, des cartons gavés d’albums, le dessin géant suspendu au mur du Christ en croix avec l’inscription «Dieu t’aime grand comme ça!!!», une chaire d’église transformée en table de dessin donnent toute la mesure de la joyeuse anarchie créatrice qui habite l’endroit, de la saine folie qui le traverse.
Alain Auderset, les cheveux éternellement en bataille, le sourire timide, le verbe sobre, est un artiste comblé à la simplicité émouvante. Depuis la publication de sa première BD «Idées reçues», en septembre 2001, il a vendu près de 150’000 albums en Europe, aux Etats-Unis, au Québec et même à Taïwan. En dépit de cette notoriété, qui ne lui a pas donné la grosse tête, l’Imérien ne mène pas une vie opulente, comme il le souligne avec pudeur: «La BD ne me permet pas de gagner beaucoup d’argent. Avec la foule d’intermédiaires qu’il faut payer, il ne reste plus grand-chose au final. Mon équipe et moi-même travaillons donc sans garantie de salaire.»
Ces contraintes matérielles n’entament pas le moral et la bonne humeur du bédéiste. C’est dans la forêt proche de son atelier qu’il va prier au gré de longues promenades. «Je m’adresse à Jésus-Christ comme s’il s’agissait d’un ami. J’essaie d’établir avec lui une relation authentique», explique-t-il. Loin des réflexions théoriques et des appartenances aux chapelles, Alain Auderset vit sa foi de manière instinctive, spontanée, pragmatique, presque sentimentale: «Je ne suis pas philosophe dans l’âme et je n’apprécie guère les religions dans leur dimension institutionnelle. La seule chose qui m’intéresse, c’est de passer un moment avec Dieu, de m’adresser quotidiennement à lui.»
Plus d’informations sur www.auderset.com. (apic/eda/ggc)
«C’est à 15 ans que j’ai découvert Dieu un peu par hasard. Lors d’un ramassage de vieux papiers, je suis tombé sur une collection du Tournesol, une BD pour enfants éditée par la Ligue pour la lecture de la Bible. Le message de l’Evangile m’a bouleversé. J’ai décidé de témoigner de cette illumination par le dessin.» Alain Auderset, né à Granges (SO) le 27 octobre 1968, évoque toujours avec émotion la naissance de sa foi et de sa vocation de bédéiste. «Je rêvais d’être artiste, de faire de la musique, du théâtre. La rencontre avec Jésus-Christ m’a permis de concrétiser tous ces rêves», lâche-t-il.
Issu d’une famille modeste, sa mère espagnole et son père fribourgeois travaillaient dans l’horlogerie, Alain Auderset quitte Granges avec sa famille à l’âge de 5 ans pour s’établir à Vauffelin, dans le Jura bernois, où il résidera jusqu’en 1979. La famille s’installe ensuite à Bienne (1979-1981), puis à Sonceboz (1981-1992). Dans ce village jurassien bernois, son père tient un commerce de boissons. En 1992, Alain Auderset déménage à Saint-Imier, où il épouse Eliane, fille de missionnaire qui a vu le jour en Afrique. Le couple aura quatre enfants. Graphiste de formation, l’artiste a appris son métier à l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux-de-Fonds entre 1988 et 1993. Il se consacre exclusivement à la BD depuis 1994.
A ce jour, Alain Auderset a publié six albums: «Idées reçues I» (2001), qui a atteint des records de vente en autoédition avec près de 60’000 exemplaires écoulés, «Marcel» (2004), «Robi» (2005), «Idées reçues II» (2006), «Willy Grunch» (2008) et «Les vacances de Marcel» (2010). Il a remporté à deux reprises, en 2007 et 2009, le premier prix international de la BD francophone chrétienne d’Angoulême (France). Son œuvre est distribuée au sein des grandes chaînes de magasins et des librairies chrétiennes dans sept pays européens (Suisse, Belgique, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Danemark et Pologne), aux Etats-Unis, au Québec ainsi qu’à Taïwan.
Alain Auderset fréquente l’Eglise évangélique Le Roc, à Saint-Imier, «parce que c’est là que se trouvent la plupart de mes potes», précise-t-il. Cette institution fait partie de la Fédération des Eglises et communautés du Plein Evangile. «En tant qu’artiste, je me sens à l’aise au sein de cette mouvance. Elle m’offre un espace de liberté, une malléabilité que je ne trouverais peut-être pas dans d’autres Eglises. Mais pour moi, être évangélique, protestant, catholique romain ou bouddhiste, c’est de l’emballage. Ce qui importe, c’est la démarche personnelle de la foi», explique Alain Auderset.
Le bédéiste a plus d’une corde à son arc. Véritable homme de scène, il s’est spécialisé dans les one-man-shows à base de sketches. Depuis 2009, il se produit en France et au Québec dans un spectacle baptisé «Athée non-pratiquant», où il égratigne les non-croyants. Il est également guitariste dans le groupe de rock chrétien Saahsal, créé en 2008. Son épouse Eliane est chanteuse de la formation. (apic/eda/ggc)
Alain Auderset vit depuis peu une expérience artistique inédite. La compagnie lausannoise Igokat, fondée en 2007 par les directeurs Igor Piovano et Kathryn Bradney, ex-premiers danseurs et maîtres de ballet du Béjart Ballet Lausanne pendant 19 ans, met sur pied un spectacle qui s’inspire des «Vacances de Marcel», la dernière BD de l’Imérien. «Début 2011, j’ai été contacté par Igor Piovano qui souhaitait dénoncer la famine des enfants et la pauvreté dans le monde avec le soutien de l’organisation chrétienne Compassion Suisse. Or, il a été séduit par la manière dont j’abordais ce fléau dans ma dernière œuvre. Il m’a donc proposé de m’associer à une création baptisée Ballet dessiné.»
En ouverture de ce spectacle, Alain Auderset interprète un solo de guitare de trois minutes, une performance qu’il qualifie de «défi musical». Ensuite, il trace sur un chevalet des dessins liés aux thèmes de la faim et de la misère. Ces créations sont projetées sur un écran géant, alors que les danseurs évoluent sur scène. «J’ai été fasciné par l’immense poésie de la danse et j’ai pu mesurer combien ces artistes sont de véritables athlètes», souligne Alain Auderset. Et d’ajouter: «A l’image des chorégraphies, mon crayon danse et tout au long du spectacle je recherche l’élégance du trait.»
Cette collaboration originale entre le monde de la BD et de la danse a débouché sur deux spectacles organisés les 6 et 7 mai dernier au théâtre de l’Octogone à Pully. Elle se poursuivra ce samedi 26 novembre au théâtre de Vevey ainsi que les 9 et 10 décembre à nouveau au théâtre de l’Octogone. Elle pourrait même traverser l’Atlantique pour prendre pied à New York. Plus d’informations sur www.igokat.ch. (apic/eda/ggc)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/ma-principale-ambition-c-est-d-inciter-les-lecteurs-a-la-reflexion/