République Démocratique du Congo: Les laïcs catholiques en colère

Campagne insultante du gouvernement contre le cardinal Mosengwo

Kinshasa, 18 décembre 2011 (Apic) Le Bureau du Conseil national de l’apostolat des laïcs catholiques du Congo (CNALCC) a exprimé son indignation face aux violentes attaques verbales dont l’archevêque de Kinshasa, Mgr Laurent Monsengwo Pasinya, est l’objet.
Pour avoir clairement remis en cause la crédibilité des résultats provisoires publiés par la CENI (Commission électorale nationale indépendante), le prélat fait l’objet «d’une campagne inacceptable». Cette campagne est «à la limite de l’insulte de la part du gouvernement, de la majorité présidentielle», indique le bureau du CNALCC dans un communiqué publié le 16 décembre par le quotidien congolais, «Le Phare».

Lors d’une conférence de presse, le 12 décembre dernier, le cardinal avait dénoncé «les graves erreurs que la CENI a commises dans son travail et dans la publication des résultats provisoires transmis à la Cour suprême de justice». II avait cité en exemple, le fait que le 6 décembre, le candidat de l’opposition, Etienne Tshisekedi avait 5’927’728 voix sur 17’329’137 suffrages exprimés. Mais le 9 décembre, il s’est retrouvé avec 5’863’745 voix sur 18’144’154 suffrages. Il a perdu 64’000 voix, alors qu’on venait d’ajouter 34’000 bureaux. De tels cas, avait-il souligné, «exigent d’être corrigés». «A l’analyse des résultats (provisoires) rendus publics par la CENI, le vendredi 9 décembre 2011, il y a lieu réellement de conclure que ces résultats ne sont pas conformes à la vérité, ni à la justice», avait encore déclaré le chef de l’Eglise catholique de la République Démocratique du Congo (RDC).

Ces propos ont été immédiatement rejetés par la CENI et les partisans du président Joseph Kabila. Daniel Ngoy Mulunda, président de cette institution, a répliqué, lui aussi, lors d’une conférence de presse. Tout en critiquant le cardinal Monsengwo, il a maintenu que les résultats provisoires publiés par la CENI sont «conforme à la vérité et que c’est Joseph Kabila qui en est sorti vainqueur». Il a qualifié la déclaration post-électorale de l’archevêque de Kinshasa, de partiale et sans effet.

De son côté, Aubin Minaku, secrétaire général la plateforme des cadres et membres de la majorité présidentielle s’est désolé des propos du cardinal Mosengwo, faisant observer qu’il devait «être au milieu du village». Or, selon lui, l’archevêque de Kinshasa a montré sa position. «Ses propos ne peuvent que décourager les chrétiens catholiques qui ont voté en faveur de Joseph Kabila» a souligné Aubin Mikanu, ajoutant : «la personne qui devrait normalement prêcher la paix, n’a fait qu’empirer la situation. A quel titre a-t-il tenu de tels propos ?

Un cardinal fortement critiqué par les autorités civiles

Pour la CNALCC, depuis son élévation à la dignité cardinalice, lorsque l’archevêque de Kinshasa prend parole et que sa parole indispose les gouvernants, il est traité «de politicien qui divise au lieu d’être le pasteur qui rassemble». «Pire, on lui dénie le droit de parler au nom de l’Eglise et même en tant que citoyen. Et, le langage utilisé pour lui répondre est dénué de tout égard. Même des cadres formés par l’Eglise, voire des personnes issues de famille catholique et qui se disent catholiques, ne s’entourent d’aucune précaution pour vilipender celui qui parmi les Evêques de la RDC est élevé en dignité».

Pourtant, dès les premières heures de l’annonce des résultats partiels, le 4 décembre, la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO) a attiré l’attention de la CENI sur sa manière de travailler, poursuit la commission. L’Eglise, a-t-elle encore dit, a exhorté la CENI à «s’en tenir impérativement à la vérité des urnes telle qu’exprimée et affichée au niveau des bureaux de vote». Quatre jours plus tard, le 8 décembre, le Secrétariat général de la CENCO a récusé une interprétation forcée de la communication du président de la CENCO qui voulait faire dire que «l’Eglise catholique était en accord avec les résultats de la CENI et le bon déroulement du scrutin». Au lendemain de la publication des résultats provisoires, le 12 décembre, le cardinal Laurent Cardinal Monsengwo, a conclu, après analyse, que les résultats rendus publics par la CENI «ne sont pas conformes à la vérité ni à la justice».

En recommandant la voie judiciaire, l’Eglise cherche non seulement à promouvoir le droit et le respect de la loi, mais aussi à éviter à la nation, les affres des manifestations publiques qui, souvent, dégénèrent en affrontement et provoquent la destruction des biens et des pertes en vies humaines. «L’Eglise met ainsi les magistrats de la haute cour devant leurs propres responsabilités. Que chacun fasse son devoir en âme et conscience, dans la vérité et la justice. L’Eglise demande que « les cas de fraudes avérés soient sévèrement punis», a encore indiqué la CNALCC. (apic/ibc/js)

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