Brésil: Baisse du nombre de conflits liés à la terre mais non du nombre de victimes

Une situation toujours alarmante

Goiânia, 21 décembre 2011 (Apic) La Commission pastorale de la terre (CPT) a publié, mardi 20 décembre 2011, un rapport d’activité partiel sur les conflits ruraux au Brésil. Si le document montre que le nombre d’assassinats a diminué, il révèle que les conflits ont impliqué plus de personnes et que la violence n’a pas eu de trêve. Des violences liées à la terre, à l’eau et pour des problèmes de non-respect des droits du travail.

686. C’est le nombre de conflits recensés par la CPT entre janvier et septembre 2011. Comparés aux 777, enregistrés pour la même période en 2010, la baisse est de 12%. Dans le cas des conflits liés à la terre – occupations, campements et autres conflits -, leur nombre est passé de 535 en 2010 à 439 en 2011. Pourtant, malgré la réduction du nombre de cas, la CPT relève dans son rapport que la quantité de personnes impliquées a augmenté, passant de 234’150 personnes en 2010 (soit une moyenne de 437 personnes par conflits) à 245’420 en 2011 (soit 559 personnes en moyenne.) Les conflits liés à l’eau ont également diminué de manière significative, passant de 65 en 2010 à 29 en 2011. Dans ce cas, la moyenne des personnes concernées a également augmenté, passant à 3’217, au lieu des 2’464 en 2010.

23 meurtres en 2011

Les cas liés au nom respect des normes du travail – en particulier le travail esclave – sont passés de 177 dénonciations en 2010 à 218 en 2011, soit une augmentation de 23%. D’après la CPT, 3’882 personnes auraient été concernées, alors qu’elles étaient 3’654 en 2010. Une augmentation qui concerne l’ensemble du pays. « La région Centre-Ouest a concentré le plus grand nombre de personnes soumises à des conditions de travail esclave, indique Antonio Canuto, l’un des auteurs du rapport. Soit près de 50%. L’état du Mato Grosso du Sud arrive en deuxième position avec 34% des cas. L’état de Goias et du Para complètent les statistiques. »

Le rapport de la CPT précise également que le nombre de leaders ruraux et de défenseurs de l’environnement assassinés a également diminué en 2011. Jusqu’à novembre, le chiffre s’élève à 23 meurtres, alors que 2010 en avait enregistrés 30. « Cette diminution s’explique notamment par la médiatisation aux niveaux national et international de certains cas, comme le double assassinat, le 24 mai 2011, de Maria do Espito Santo et de son époux José Claudio Ribeiro da Silva, dans l’état du Para, estime José Batista Gonçalves Afonso, avocat de la Commission pastorale de la terre (CPT) et membre de la Commission des Droits de l’Homme au sein de l’Ordre des avocats du Brésil. Ce double assassinat a eu d’autant plus d’échos qu’il a été commis le jour même de l’approbation par la Chambre des députés du Nouveau Code Forestier, particulièrement critiqué par les organisations sociales et environnementales. »

172 personnes menacées de mort

D’autres cas, comme la mort d’Adelino Ramos, dans l’état du Rondonia, au nord-ouest du pays, et l’assassinat du leader indigène Nisio Gomes, dans l’état du Mato Grosso du sud, ont également attiré l’attention des médias. « La majorité des leaders morts cette année étaient engagés dans la lutte pour la défense de la forêt et de l’environnement, poursuit José Batista Gonçalves Afonso. Certains leaders, activistes indigènes et quilombolas (communautés descendantes des esclaves, ndlr) sont toujours en vie, mais ils sont menacés de mort et ces menaces peuvent être mises à exécution à n’importe quel moment. »

C’est pour sensibiliser les autorités sur cette situation alarmante, qu’en mai dernier, la Commission Pastorale de la Terre a présenté au Secrétaire d’Etat des Droits Humains du Gouvernement fédéral de Brasilia, une liste comportant les noms de toutes les personnes menacées de mort depuis les dix dernières années. La CPT a surtout démontré que ces menaces s’étaient traduites par la mort de 42 personnes. De quoi inquiéter les responsables actuels de la Pastorale. « En 2010, 83 leaders ou militants ruraux et indigènes étaient menacés de mort au Brésil, rappelle Antonio Canuto. Aujourd’hui, le nombre s’élève à 172. »

Les lois de l’Etat ignorées

Ces chiffres partiels, malgré les améliorations relatives évoquées dans le rapport d’activité partiel sur les conflits ruraux au Brésil, confirment les observations effectuées par la CPT sur le terrain. « Il est clair que les lois de l’Etat brésilien ne sont pas respectées dans le monde rural, assure José Batista Gonçalves Afonso. Ce qui domine encore aujourd’hui est la loi imposée par les grilheros (grands propriétaires occupant les terres illégalement, ndlr), les exploitants forestiers et les grands fermiers. » Quant aux revendications des petits agriculteurs – qui assurent pourtant 70% de la production alimentaire du Brésil – pour une Réforme agraire juste, elles sont tout simplement ignorées. Ou réduites au silence. Quitte à faire usage de la violence. (apic/jcg/ggc)

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