Contraints de fêter la Nativité dans la rue en raison de la pression des islamistes
Bogor, 26 décembre 2011 (Apic) Les protestants de Bogor, sur l’île indonésienne de Java, n’ont pas obtenu le droit de célébrer Noël dans leur église, en dépit du soutien de musulmans modérés. Depuis trois ans, sous la pression des islamistes, ils sont obligés de célébrer l’office en pleine rue, protégés par des membres des jeunesses de la Nahdlatul Ulama, la principale organisation musulmane d’Indonésie.
Situé au cœur du quartier musulman de la ville de Bogor, l’église protestante a été fermée pour les célébrations de Noël. La police a sécurisé les lieux pour éviter des affrontements entre chrétiens et musulmans radicaux du Front des défenseurs de l’islam (FPI). Le temple Yasmin a été fermé en février 2008 sur ordre du maire de Bogor, sous la pression des extrémistes du FPI.
Afin de permettre la célébration du culte de Noël, un cordon de membres des jeunesses de la Nahdlatul Ulama (»renaissance des oulémas»), la principale organisation musulmane d’Indonésie, qui prône un islam modéré, a formé un cordon de sécurité autour des participants à la cérémonie.
Les chrétiens dénoncent la faiblesse de l’Etat. Ils souhaitent que le droit constitutionnel soit respecté. Mais le maire de la ville refuse d’appliquer la décision de la Haute Cour invoquant un amendement qui permet l’interdiction ou la fermeture d’édifices religieux si la communauté locale fait part de son opposition. Le maire de Bogor semble avoir besoin du vote des militants du FPI. Pour le Père jésuite Setyo Wibowo, la faiblesse de l’Etat met la nation en danger. A ses yeux, le gouvernement n’est pas assez ferme avec les groupuscules extrémistes et il laisse faire le FPI pour des raisons électoralistes.
Près de Bogor, ce sont les catholiques qui sont visés: les fidèles de la paroisse de Saint Jean Baptiste de Parung, au sud de Djakarta, ont reçu l’interdiction de célébrer la messe de Noël, en raison des menaces des islamistes. Ils affirment que l’édifice religieux n’a pas obtenu de permis de construire. En cas de messes ou de prières, ils attaqueront les fidèles, ont-ils répété à la veille de Noël.
Pour le secrétaire exécutif de la Conférence épiscopale catholique d’Indonésie (KWI), le Père Benny Susetyo, il s’agit là d’une claire violation de la liberté religieuse. Le Père Susetyo parle des «méthodes inamicales» des fondamentalistes islamiques qui finissent par miner l’esprit du «Pancasila», les principes fondateurs de l’Etat indonésien qui promeut la liberté religieuse, le multiculturalisme et l’unité dans la diversité. Les 5 principes de cette doctrine d’Etat sont «La croyance en un Dieu unique», «Une humanité juste et civilisée», «L’unité de l’Indonésie», «Une démocratie guidée par la sagesse à travers la délibération et la représentation», «La justice sociale pour tout le peuple indonésien».
Les fondamentalistes musulmans veulent interdire toute célébration religieuse à l’église Saint Jean Baptiste de Parung, affirmant qu’elle n’a pas reçu de permis de construction. Dans une déclaration, la «Parung Society of Muslim» souligne qu’elle bénéficie du «fort soutien» du gouverneur du district (régence) de Bogor, qui s’oppose à la construction d’une église pour les fidèles de la communauté de Saint Jean Baptiste à Parung.
Un rassemblement d’extrémistes islamiques a fait son apparition depuis quelques jours dans les environs de l’église. Une banderole indique, de manière menaçante: «Nous, peuple musulman de Parung, soutenons et appliquerons le Décret du Régent n° 453.2/556 qui ordonne de mettre un terme aux activités de l’église catholique de Saint Jean Baptiste».
Des sources locales de l’agence d’information catholique Fides confirment que la Régence de Bogor (unité administrative) a émis une ordonnance qui «interdit aux chrétiens toute activité religieuse publique» et, de facto, empêche donc aux chrétiens de célébrer Noël, pour «motifs de sécurité». L’an dernier également, les fidèles de Parung avaient dû célébrer Noël dans un parking.
Les célébrations de Noël ainsi que toute manifestation publique de culte ont également été interdites à «l’église chrétienne indonésienne» Gereja Kristen Indonesia, (GKI) de Bogor. La GKI, dénomination protestante fortement implantée dans l’île de Java, continue sa lutte pour la légalité: bien qu’ayant reçu un permis de construire en règle pour construire une église à Bogor, la réalisation de l’oeuvre est entravée par les militants islamiques et par le maire de la ville, Diani Budiarto, qui a émis une mesure de révocation du permis.
Le climat défavorable aux chrétiens s’étend également aux églises déjà construites. Le Père Emanuel Harjito, Directeur national des Oeuvres pontificales missionnaires (OPM) en Indonésie explique à Fides que la zone ouest de Java est agitée du fait de la présence des militants du Front des défenseurs de l’islam (FPI). Divers épisodes de violence ont été enregistrés au cours de 2011. Pour de nombreuses communautés chrétiennes de la zone, le droit au culte et à pratiquer leur foi est fortement limité voire nié. Des groupes extrémistes petits mais forts désireraient, contrairement aux principes de la Constitution et du «Pancasila», imposer le modèle d’une nation purement islamique appliquant la charia, le droit islamique. (apic/fides/asianews/js/be)
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