Evangéliser et préserver la dignité humaine des détenus
Salvador de Bahia, 30 décembre 2011 (Apic) Créée en 1977, la pastorale carcérale de Salvador de Bahia, s’est fixé pour objectif d’apporter un réconfort spirituel aux détenus et à leurs familles, ainsi qu’une aide à la réinsertion. Une mission qui requiert foi, implication et force de caractère pour des bénévoles de moins en moins nombreux.
Ils se sont tous agenouillés. Le juge, le procureur, les gardiens, les avocats, … Toutes les personnes qui se trouvaient dans la salle de réunion du Centre Pénitentiaire des Femmes de Salvador de Bahia, au Nord-Est du Brésil, ont mis un genou à terre pour prier. « Nous avons d’abord remercié le Seigneur pour sa miséricorde et pour avoir réparé l’erreur des hommes commise à l’égard de Céleste, se souvient Sœur Maria de Fatima Nery. Je l’ai ensuite imploré de donner à cette femme la force de recommencer son existence, après avoir passé huit ans en prison alors qu’elle était innocente. »
La religieuse avait en effet accompagné durant toute sa détention cette trentenaire, mère de deux enfants, accusée à tort du meurtre de l’époux de sa patronne, avant que le véritable auteur des faits se dénonce à la police. A chaque rencontre, Céleste clamait son innocence. « En mon for intérieur, je sentais la sincérité de ses propos, confesse Sr Maria de Fatima. Mais, au cours de ces années, je ne pouvais rien faire d’autre que de la convaincre de garder la foi. » Cette même foi qui accompagne le travail quotidien des membres de la Pastorale Carcérale, dont la religieuse est la vice-coordinatrice.
Bienvenue au sein de cette Pastorale sociale créée en 1977 à Salvador de Bahia. Destinée à « apporter la lumière de la parole de Dieu, évangéliser et sauver la dignité humaine des détenus -croyants ou non- et de leurs familles, et aider à la réinsertion des détenus », la Pastorale carcérale compte 70 agents visitant régulièrement les douze centres pénitentiaires de l’Etat de Bahia, qui abritent quelque 14’000 détenus. Un groupe de personnes, religieuses et laïques, répondant à des critères précis.
« Ce sont généralement des gens d’âge mûr, en grande majorité des femmes (90%) ayant tous déjà eu une expérience et un engagement au sein d’une autre pastorale sociale, assure Sr Maria de Fatima. Ils sont engagés dans un chemin spirituel et doivent présenter une certaine force de caractère pour affronter un univers humainement éprouvant. » Ces agents suivent d’abord une préparation intensive durant quatre fins de semaine sur des thèmes liés à la spiritualité, à la psychologie et au droit. Elles sont ensuite invitées, une fois par mois, à peaufiner leurs connaissances dans le cadre de réunions informelles. L’occasion également pour chacun de partager son expérience et ses difficultés.
« Chaque agent effectue une visite hebdomadaire de deux heures, explique Sr Maria de Fatima. Si l’objectif est de partager un moment de spiritualité avec les détenus, il est important de savoir s’adapter aux besoins exprimés. » Conditions de détention précaires dans des établissements surpeuplés, santé, relations avec les familles, alphabétisation, … Les problèmes sont nombreux. Y compris le thème des mauvais traitements infligés aux détenus par certains personnels pénitentiaires.
« En juillet 2010, nous avons par exemple dénoncé des mauvais traitements commis sur 260 prisonniers dans le complexe pénitentiaire public de Mata Esurra. Résultat, une vingtaine de gardiens ainsi que le directeur ont été suspendus de leurs fonctions. » Une action qui n’a pas pour autant altéré les relations entre membres de la Pastorale et administration pénitentiaire. Au contraire. « Notre travail est globalement respecté et soutenu par les personnels des prisons, assure Sr Maria de Fatima. Car nous jouons un rôle de soupape pour les détenus et contribuons ainsi à maintenir un climat relativement pacifique au sein des établissements. » D’autant que la pastorale s’attache également à préparer la sortie des détenus, en mettant l’accent sur la réinsertion.
Démarches administratives basiques (papiers d’identité, sécurité sociale, etc…) suivi psychologique, rapprochement avec les familles, formation professionnelle, accompagnement à la recherche d’emploi, création de petites entreprises, … La Pastorale carcérale est en effet sur tous les fronts pour tenter de réduire les risques de récidive des détenus. Avec un certains succès, notamment en ce qui concerne l’emploi, pour un public souvent victime de discriminations.
« Dans le cadre du programme « Liberté et Citoyenneté », mené en collaboration avec le Ministère de la Justice et l’Etat de Bahia, précise Sr Maria de Fatima, nous accompagnons, à travers différents programmes de formation techniques et de gestion, puis de suivi durant les premières années d’activité, ceux et celles qui souhaitent créer leur micro-entreprise. » Un programme de réinsertion qui semble porter ses fruits puisque, selon la religieuse: « Le taux de récidive des anciens détenus suivis par la pastorale carcérale de Bahia est de seulement 2%. ». De quoi favoriser le soutien de la hiérarchie catholique.
« Nous avons de très bonnes relations avec les autorités du diocèse, confirme Sr Maria de Fatima. Car l’Eglise a compris que les détenus étaient aussi des fils de Dieu. » La meilleure preuve est la disponibilité et l’énergie avec laquelle Mgr Murilo Sebastião Ramos Krieger, l’archevêque de Salvador de Bahia, a multiplié les messes de Noël ce mois-ci dans les différents établissements pénitentiaires de Salvador de Bahia. Un acte symbolique important, qui a notamment permis de donner un coup de projecteur sur le travail accompli par les agents de la Pastorale carcérale. En espérant qu’il suscitera des vocations.
Car la menace d’une baisse des effectifs la Pastorale carcérale est bien réelle. « Nous avons des difficultés à recruter de nouveaux agents capables de s’investir sur le long terme, admet la religieuse. Sur 70 bénévoles, aujourd’hui seulement une quarantaine est sur le terrain chaque semaine. » Une situation d’autant plus préoccupante que les besoins sont énormes. « La population carcérale, à Bahia comme partout ailleurs au Brésil, est en perpétuelle augmentation, signale Sr Maria de Fatima. Plus que jamais donc, ces hommes et ces femmes ont besoin de sentir la présence de Dieu à leur côté. »
Encadré:
La pastorale carcérale nationale est véritablement née en 1986, avec la première réunion de la Conférence épiscopale du Brésil (CNBB) sur ce thème. En 1988, la coordination nationale est créée et des contacts avec des organisations nationales et internationales sont établis pour travailler notamment sur la dénonciation et la prévention des violations des droits humains au sein des prisons.
Mais c’est en 1997 que la pastorale carcérale nationale prend toute sa dimension avec le lancement de la campagne de fraternité sur les prisonniers et devient, de fait, une importante source d’information pour les brutalités commises au sein des prisons.
La Pastorale carcérale compte aujourd’hui près de 6’000 agents qui visitent les établissements pénitentiaires du pays. Des prisons surpeuplées puisque, d’après les chiffres de l’Institut brésilien de géographie et de statistiques (IBGE), en juin 2009, le nombre de détenus s’élevait à 469’000 pour seulement 170’000 places.
Note aux médias: Des images de ce reportage peuvent être commandées à l’Apic. Prix pour diffusion: 80 frs la première 60 frs les suivantes.
(apic/jcg/bb)
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