«Il faut confisquer la propriété de ceux qui profitent du travail esclave»

Brésil: Le nombre d’entreprises ayant recours au travail esclave augmente, dénonce le frère dominicain Xavier Plassat

Araguaina, 12 janvier 2012 (Apic) Le Ministère de Travail et de l’Emploi (MTE) brésilien a publié, début janvier, l’édition semestrielle actualisée de la « liste sale », regroupant les entreprises ayant eu recours au « travail esclave ». Fin 2011, on dénombrait ainsi 294 entreprises, un record, dont 52 nouvelles entreprises. Une situation qui révolte toujours autant Xavier Plassat, Frère Dominicain et Coordinateur de la campagne nationale contre le travail esclave au sein de la Commission Pastorale de la Terre (CPT).

Apic: Que vous inspire cette nouvelle « liste sale » des entreprises ayant eu recours au travail esclave?

Frère Xavier Plassat: Cette liste est l´unique document officiel et public à présenter les noms de ceux qui ont été pris la main dans le sac de la pratique de l´esclavage moderne. Mais elle ne reflète pas complètement la situation réelle. A vrai dire, on s´attendrait à plus de noms sur la liste, car si toutes les entreprises qui ont recours à ces pratiques étaient réellement citées, on devrait atteindre environ 350 noms. La différence avec les 294 entreprises officiellement recensées tient au fait qu’un « esclavagiste » ne figure sur la liste qu´après avoir épuisé tous les recours dont il dispose contre les procédures administratives de l´inspection du travail. Une fois inclus, il y restera au moins 2 ans (Pendant cette période, les entreprises qui figurent sur la liste « sale » ont une interdiction d’accès au crédit – public et privé – et rencontrent des difficultés dans leurs activités commerciales, ndlr). L’esclavagiste » n’en sortira que s´il a réglé ses problèmes et s´est acquitté de ses obligations. Il ne faut cependant pas oublier qu’un nombre non négligeable d´employeurs obtient de juges peu regardants un référé qui les exempte de la liste pour un temps plus ou moins long.

Apic: Selon vous, ces résultats démontrent-ils une augmentation du travail esclave ou une meilleure efficacité des actions menées par les différents acteurs?

Frère Xavier Plassat: Les 52 nouvelles entreprises incluses sur cette dernière liste ne constituent pas une première. Il y en avait eu 88 en décembre 2010, 51 en juillet 2007, 56 en décembre 2006… Ce n´est donc pas en soi ce chiffre qui qualifie l´ampleur du problème du travail esclave au Brésil ou l´efficacité des actions menées pour le débusquer et l´éliminer. Pour cela, il faut revenir au détail des informations disponibles sur le sujet: combien de cas identifiés, combien effectivement soumis à inspection, dans quels secteurs, dans quelles régions, avec quel degré de succès?

Apic: Dans quelles régions du Brésil et dans quels secteurs d’activité trouve-t-on généralement ces entreprises « sales »?

Frère Xavier Plassat: L´esclavage moderne au départ était une réalité concentrée généralement en Amazonie, où plus 90% des cas étaient détectés. Or, sur la période 2003-2011, cette région ne représente désormais que 51% des quelques 3’800 libérations effectuées en moyenne chaque année, en grande majorité dans les secteurs de l´élevage bovin, de la production de charbon de bois et de l´abattage de la forêt. Le reste se répartit entre le centre ouest, le nord-est, où se concentrent les grandes monocultures, notamment la canne à sucre, le sud-est et le sud. Ces deux dernières régions ont d’ailleurs fortement augmenté leur part du total: ensemble, ils ont représenté 45% des libérations en 2009 et 2010, et 33% en 2011. Non pas forcément à la suite de nouvelles pratiques coupables dans ces régions. Mais plutôt grâce à une inspection du travail plus méthodique.

Apic: Face à l’ampleur de cette liste des entreprises « sales », la question est récurrente: comment peut-on mettre un terme au travail esclave au Brésil?

Frère Xavier Plassat: Sur un stade, il y a des arbitres, des règles, des sanctions. Ceux qui violent les règles sont hors-jeu… pourvu qu´ils n´aient pas soudoyé l´arbitre. Toutes proportions gardées, il devrait en aller de même sur le champ de la guerre économique qui se livre sous nos yeux. La liste de la honte a cette fonction. Mettre hors-jeu et inciter les opérateurs du marché à exercer leur pouvoir de mettre hors-jeu les entreprises ayant recours au travail esclave… pourvu qu´ils ne cherchent pas eux-mêmes à en tirer parti. C´est l´enjeu du pacte signé par bon nombre d´entreprises brésiliennes: exclure de leur négoce ceux qui en violent les règles minimales. Les sanctions pour un crime comme celui de l´esclavage ne seront jamais trop fortes. Il faut donc confisquer la propriété de ceux qui profitent de cette pratique, mettre sous les verrous leurs mandants et les montrer du doigt sur des listes de la honte. (apic/jcg/ggc)

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