Rome: La « culture de la honte », en Asie, explique le silence sur les cas de pédophilie
Rome, 9 février 2012 (Apic) La « culture de la honte », en Asie, explique le silence sur les cas de pédophilie commis par des membres du clergé. C’est l’explication donnée le 9 février 2012 par Mgr Luis Antonio Tagle, archevêque de Manille, aux Philippines, au dernier jour d’un symposium international sur les abus sexuels commis sur des mineurs organisé à Rome. Il a été mis sur pied par l’Université Grégorienne de Rome avec le soutien du Vatican.
La cause du « silence’ relatif » sur ces cas de pédophilie vient en effet d’une « culture de la honte », a ainsi assuré Mgr Tagle, avant de développer les différences culturelles qui pouvaient constituer un terrain à risque pour des cas de pédophilie.
Selon l’archevêque de Manille, « pour les cultures asiatiques, la honte d’une personne salit sa famille, le clan et la communauté » et le silence peut être perçu comme la seule alternative pour préserver leur honneur.
Evoquant la culture du « toucher » et le pouvoir important accordé aux adultes en Asie, et notamment aux Philippines, le prélat a également nommé le concept de famille élargie et le fait de « considérer les prêtres comme étant plus que des être humains ordinaires » comme autant d’éléments culturels susceptibles de devenir des environnements où surviennent des comportements déplacés.
Pour cela, Mgr Tagle a affirmé que l’Eglise des Philippines avait lancé une réflexion sur la façon de gérer ces données culturelles et tenter de mettre en place des orientations préventives contre la pédophilie. Elle est d’ailleurs sur le point de remettre un document à la Congrégation pour la doctrine de la foi, dicastère en charge de la lutte contre la pédophilie. Dans ce cadre, l’archevêque de Manille a particulièrement insisté sur la nécessité d’une réévaluation de la formation des futurs membres du clergé, notamment en ce qui concerne la question du célibat, souvent considéré comme une simple « règle (…) pour le bien de la tradition ».
Dans l’Eglise asiatique, les Philippines sont pour l’instant le seul pays à avoir pris sérieusement en considération le problème de la pédophilie, même si d’autres Conférences épiscopales de la région ont commencé à élaborer des mesures de prévention. Toutefois, a reconnu le chef du plus grand diocèse asiatique, « beaucoup d’évêques ne voient pas l’urgence » ou n’ont pas les connaissances nécessaires pour faire face à cette question.
La veille, 2 experts américains avaient présenté les coûts financiers engendrés par la crise de la pédophilie, jugeant raisonnable d’estimer que le véritable coût de la crise que l’Eglise vit au niveau international dépasse largement les deux milliards de dollars.
Selon Michael Bemi, président du « National catholic risk retention group », et Patricia Neal, consultante du programme de protection de l’enfance de l’Etat américain de l’Oklahoma, ces pertes ont un effet sur la mission en cours de l’Eglise. Celle-ci doit payer les frais des erreurs de ses membres au lieu d’investir dans des hôpitaux, des écoles ou tout autre œuvre.
Toutefois, ont souligné les 2 experts, les coûts les plus élevés demeurent la souffrance des victimes et de leurs familles, « l’ombre du scandale et son effet opprimant sur les bons prêtres », la désaffection des laïcs et la perte de l’autorité morale de l’Eglise. (apic/imedia/mm/be)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/l-archeveque-de-manille-evoque-les-differences-culturelles/