En cause: la contestation des résultats des élections par l’Eglise catholique
Kinshasa, 16 février 2012 (Apic) La Radio télévision catholique Elikya (RTCE), une chaîne confessionnelle appartenant à l’Eglise catholique de la République démocratique du Congo (RDC), émettant à Kinshasa, la capitale, a été fermée par les autorités congolaises «sans raisons officielles», indique «Journaliste en danger (JED)», une organisation de défense des journalistes dans le pays.
Dans un communiqué publié à Kinshasa dont copie est parvenue au correspondant de l’APIC, JED a constaté que «ce mercredi 15 février 2012, peu après 7 heures du matin, l’interruption des émissions de la RTCE». Aucune raison officielle n’a été annoncée pour justifier la coupure du signal d’émission de la station, à la veille d’une marche des laïcs chrétiens de l’Eglise catholique pour protester contre les résultats des élections présidentielle et législatives du 28 novembre dernier, et exiger la démission du bureau de la Commission électorale (CENI)», selon un communiqué des laïcs et des aumôniers, daté du 8 février 2012.
L’Eglise catholique, a dénoncé ces résultats qui donnent vainqueur au président sortant, Joseph Kabila, pour la présidentielle, et à ses alliés, pour les législatives. Pour l’Eglise catholique, les résultats de ces victoires ne sont «conformes ni à la justice, ni à la vérité».
Elle a appelé à une marche pacifique le 16 février 2012 pour «exprimer le rejet des résultats des élections du 28 novembre 2011 et exiger la démission du bureau de la Commission électorale (CENI)», selon un communiqué daté du 08 février 2012 et endossé par des laïcs et des aumôniers.
«Journaliste en danger» a exprimé son " trouble, face à cette interdiction suspecte de la RTCE, et exige des autorités congolaises des explications claires sur cet acte».
Selon les informations recoupées par JED, la RTCE a reçu vendredi 10 février 2012, une lettre du ministre de la Communication et des médias, Lambert Mende, enjoignant au directeur de RTCE de «cesser de diffuser la publicité commerciale». Il a évoqué, à ce sujet, une «Violation des obligations du cahier des charges des médias audiovisuels». «Faute d’arrêter immédiatement la diffusion incriminée, je vous préviens que RTCE risque d’être frappée par une mesure conservatoire d’interdiction de diffusion», a ajouté le ministre.
Contactée par JED, sœur Annie Zama, directrice de RTCE, a déclaré que celle-ci a cessé de diffuser la publicité, dès réception de la correspondance du ministre de la Communication et des Médias. «Nous avons été surpris de voir le signal coupé brusquement, après la rediffusion de notre journal télévisé. Nous nous sommes rendus à la société Téléconsult où est logé notre émetteur. Les gardiens du site nous ont interdits d’y accéder, en nous demandant d’appeler le ministre Mende», a-t-elle ajouté.
Dans une autre déclaration à «Freedom for journalist » (FFJ), une autre organisation indépendante de défense de la liberté de la presse, Charles Dimandja Wembi, directeur de programmes de la RTCE, a indiqué que dans leur «cahier de charges, il est clairement stipulé» que la télévision a aussi le volet commercial. «La décision du ministre de vouloir la suspension de notre chaîne est purement politique, nous sommes actuellement une chaîne qui dérange», a-t-il ajouté.
«Des responsables » de la RTCE, cités par FFJ, ont aussi soutenu que bien que confessionnelle, la chaîne a payé les frais d’ouverture régissant les chaînes commerciales.
Depuis la proclamation des résultats des élections présidentielle et législatives du 28 novembre 2011, fortement contestés par l’Eglise catholique et l’opposition, RTCE organise des émissions politiques qui critiquent l’organisation de ces scrutins, particulièrement la réélection du président Joseph Kabila.
FFJ s’est insurgée contre de les «pressions administratives» exercées sur la RTCE. Dans un communiqué rapporté par le quotidien congolais, «La Prospérité» du mercredi 14 février 2012, elle a «protesté vigoureusement contre cette tentative de musellement de la liberté de la presse et appelle le ministre de la communication et des médias, à cesser toute politisation du secteur des médias». (apic/com/ibc/js)
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