Une polémique naissante sur la théorie du «genre»

Lausanne: Action de Carême lance sa campagne 2012 «Plus d’égalité, moins de faim»

Lausanne, 21 février 2012 (Apic) Action de Carême des catholiques suisses (AdC) lance sa campagne oecuménique 2012 sur le thème «Plus d’égalité, moins de faim» jeudi 23 février 2012. Avec son homologue protestant «Pain pour le prochain» et catholique-chrétien «Etre partenaires», AdC s’inspire de ce principe d’égalité inscrit dans le récit de la Création pour agir en faveur de la justice entre femmes et hommes. Plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim dans le monde, constate AdC, et 70% d’entre elles sont des femmes.

A la veille du lancement de la campagne, qui permet de soulager la faim dans le monde et de contribuer à davantage de justice entre les êtres humains, quelques milieux catholiques romands se sont focalisés sur la «théorie du genre» (*), qui fait polémique en France depuis quelques temps déjà. Ils reprochent à l’œuvre d’entraide des catholiques suisses – qui s’en défend avec des arguments convaincants – de s’inspirer de cette théorie, soulignant que «la théorie du genre est incompatible avec la doctrine catholique».

Sur le site internet http://choisirlavie.ch/, ils écrivent que plusieurs prêtres ont saisi la Conférence des évêques suisses (CES) pour se plaindre du fait que la «théorie du genre» était utilisée dans la prochaine campagne de carême. Ils ont ainsi écrit à Mgr Norbert Brunner, président de la CES, pour demander à la Conférence de se distancier de cette campagne d’Action de Carême. Ils écrivent encore dans leur commentaire intitulé «Défendre les femmes, oui – Déconstruire la famille, non», que «jouer la femme contre la famille est une abomination».

L’œuvre d’entraide est «affligée» de ces interprétations tendancieuses

L’Action de Carême, «affligée» de l’interprétation qui est faite par certaines personnes et organisations s’inquiétant, en voyant le mot «genre» dans la documentation de la campagne œcuménique, que l’œuvre d’entraide soutienne une théorie du genre qui serait contraire à l’enseignement de l’Eglise catholique-romaine.

Sous le slogan «plus d’égalité, moins de faim», le thème de la campagne œcuménique est le droit à l’alimentation et les injustices existantes envers les femmes qui travaillent pour nourrir leur famille, mais qui souffrent davantage que les hommes de la faim (70% des personnes qui souffrent de la faim sont des femmes). Si les femmes avaient accès aux mêmes droits que les hommes, la faim pourrait être diminuée de 15 à 17%.

Action de Carême soutient des projets et des partenaires qui visent à renforcer la justice dans l’accès à la terre et qui travaillent à la formation pour les femmes. L’utilisation de l’approche «genre» par Action de Carême touche à la question sociale. De cette manière, il est possible de distinguer les situations spécifiques que vivent les femmes. Action de Carême n’entre dans aucune théorie ou idéologie qui irait au-delà, précise-t-elle.

L’œuvre d’entraide catholique demande que l’on évite d’utiliser ses propos ainsi que ceux de la campagne œcuménique «pour leur faire dire ce qu’ils ne disent pas ou lui faire endosser une idéologie qui n’est pas la sienne». Action de Carême met en œuvre, avec Pain pour le prochain et Etre partenaires, les enseignements en matière sociale de l’Eglise catholique et s’engage pour la justice entre hommes et femmes, «convaincue que la dignité humaine est la même pour toutes et pour tous et qu’il ne saurait y avoir de discrimination d’aucune sorte».

(*) Cette théorie du genre ou «gender» est apparue, dans les années 1970, aux Etats-Unis, notamment sous la plume de Judith Butler. Son livre intitulé «Trouble dans le genre – Pour un féminisme de la subversion» a été traduit en français en 2005. Selon l’auteure, la distinction entre homme et femme, ainsi que l’hétérosexualité, est avant tout une construction sociale et culturelle. En somme, au-delà des seules différences biologiques, il existe des interactions psychiques données par l’entourage ou la société dans le but d’assigner des rôles à chacun.

Notons par ailleurs que la notion de «genre», qui n’a pas le même sens que celui que lui donne Judith Butler, a été reprise dans la plupart des programmes de développement pour faciliter une approche distincte pour les hommes et les femmes de la coopération au développement. (apic/be)

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