Jérusalem: « Chemin de croix » de l’Institut Sabeel pour la théologie de la libération
Jérusalem, 29 février 2012 (Apic) Que ce soit une initiative politique, le nom de l’initiateur le révèle déjà: le Centre Sabeel pour la théologie de libération palestinienne invite à parcourir un « Chemin de croix actualisé ». Loin des 14 stations traditionnelles de la souffrance de Jésus le long de la Via Dolorosa, Nora, une ancienne collaboratrice de Sabeel, conduit un petit groupe de pèlerins sur un parcours de la souffrance palestinienne actuelle: camps de réfugiés, checkpoints, colonies, … Une réalité complexe, qui entrave encore les perspectives de paix en Terre sainte.
La première station est un lieu symbolique de la « Nabka » (la catastrophe), terme utilisé par les Palestiniens pour désigner la fondation de l’Etat d’Israël en 1948. Il s’agit du village de Lifta, dans les environs de Jérusalem. Il a été abandonné par ses habitants palestiniens en 1948 pour devenir une ville fantôme, puis un objet de spéculation. Récemment, d’anciens habitants palestiniens ont fait opposition en compagnie d’activistes juifs contre un projet de constructions luxueuses, afin de protéger le dernier village en ruines témoin de cette époque. « Tout comme Jésus a été condamné à mort, les événements de 1948 ont provoqué la condamnation à mort de plus de 400 villages palestiniens », souligne la méditation d’introduction.
Suivent des récits de témoins, lectures bibliques, petites réflexions et poèmes de réfugiés. Les participants prient pour les Palestiniens et contre l’occupation, mais aussi pour les occupants et les colons, pour les chrétiens, les musulmans et les juifs. Le Chemin de Croix ne veut pas pointer le doigt sur quelqu’un en particulier qui aurait provoqué ces souffrances, affirme Nora, qui a participé à l’élaboration de ce concept. Il ne veut pas être une manifestation, mais une liturgie « actualisée », avec des prières. Le Chemin de Croix met cependant le doigt dans la plaie: stress, humiliation, destruction des maisons, checkpoints, Gaza, le mur de séparation. La liste de ses stations se lit comme un programme des conflits au Proche-Orient.
Nora conduit ensuite le groupe jusqu’à Pisgat Zéev. La colonie juive sur le territoire de Jérusalem Est et le camp de réfugiés de Schuafat qui le surplombe, avec vue sur le Mur de séparation, constituent la 2e station, dont le thème est: « réfugiés et occupation ». « La croix des Palestiniens pèse lourd sur les épaules des réfugiés », indique la méditation. La question du droit au retour pour les réfugiés palestiniens constitue une des clés de résolution du conflit israélo-palestinien.
Dans le quartier de Sheikh Jarrah, à Jérusalem Est, les pèlerins rencontrent trois familles palestiniennes qui ont été chassées de leur maison. Le changement de nom des rues et « l’occupation » du tombeau voisin de Siméon le Juste préoccupent les Palestiniens. « Israël ne vole pas que les propriétés, mais également notre histoire et notre culture », affirment les femmes rencontrées sur place.
Le livret d’accompagnement du Chemin de croix de Sabeel, édité en plusieurs langues, propose différentes variantes: parcours individuel avec 3 ou 4 stations par semaine durant Carême, une station par jour pendant la Semaine sainte ou encore un parcours entier le Vendredi-Saint.
Cette fois, le temps ne suffira pas pour accomplir les 14 stations, mais l’idée portée par « le chemin liturgique sur la Via Dolorosa des Palestiniens » devient évidente: faire le lien entre les événements du Vendredi-Saint et l’incessante souffrance actuelle d’un peuple occupé, et entre la foi et la vie au quotidien.
Le parcours se termine aujourd’hui à la station 13, avec un panorama sur la Vieille-ville de Jérusalem et les lieux saints, et avec les questions qui se poursuivront après la 14e station, laquelle constitue le « point final du chemin de souffrance palestinien ». « Jérusalem », répond Nora: « Tout se décide avec Jérusalem. Cette ville constitue la clé de la paix ».
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(apic/ak/bb)
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