Le ministre catholique a été assassiné il y a un an
Faisalabad, 2 mars 2012 (Apic) Des milliers de chrétiens, mais également des hindous, des sikhs, des membres d’autres minorités, ainsi que des musulmans, ont participé vendredi 2 mars à la messe commémorative du premier anniversaire de la mort du ministre pakistanais des Minorités religieuses Shahbaz Bhatti.
Shahbaz Bhatti, une personnalité catholique qui militait au Pakistan pour la liberté religieuse et l’abolition de la loi sur le blasphème, a été assassinée le 2 mars 2011 à Islamabad par des extrémistes musulmans. Il a été tué «parce qu’il est un chrétien, un infidèle et un blasphémateur», pouvait-on lire sur les tracts de revendication des assassins, signés par le groupe «Tehrik-i-Taliban- Punjab».
Présidant la célébration, Mgr Joseph Coutts, qui vient d’être nommé archevêque de Karachi après avoir exercé son ministère des années durant à Faisalabad, a qualifié Shahbaz Bhatti de «martyr», qui n’est pas mort, «mais qui est, et qui restera vivant dans le Christ».
L’archevêque de Karachi, qui préside actuellement la Conférence épiscopale pakistanaise, a déclaré que le sacrifice de son ami Shahbaz Bhatti témoigne du désir de la nation pakistanaise que les minorités religieuses au Pakistan puissent jouir de droits égaux et de la dignité. Les célébrations se sont déroulées vendredi matin 2 mars à Faisalabad et à Khushpur, le village natal de Shahbaz Bhatti, dans la province du Punjab.
Cité par l’agence de presse catholique AsiaNews, Paul Bhatti, frère aîné du ministre assassiné, a estimé qu’au moins 3’000 personnes ont participé à cette commémoration. Paul Bhatti, actuel conseiller spécial du Premier ministre pakistanais Gilani pour les affaires des Minorités religieuses, relève que l’émotion était immense dans la foule. «C’est un grand encouragement à continuer son combat!», a-t-il insisté.
Shahbaz Bhatti a été assassiné par des musulmans fanatisés après s’être prononcé publiquement contre l’emprisonnement d’Asia Bibi, la première femme à être condamnée à mort pour blasphème au Pakistan. Asia Bibi a été emprisonnée en juin 2009 et croupit toujours en prison. Elle est catholique, mariée et mère de 5 enfants.
Vendredi 2 mars, la communauté de Sant’Egidio et l’Association des Pakistanais chrétiens en Italie ont organisé une veillée de prière dédiée aux martyrs de la foi en l’église saint Barthélemy, sur l’île Tibérine, à Rome. C’est dans ce lieu que se trouve conservée la Bible de Shahbaz Bhatti. Il a été tué en raison de son engagement en faveur des chrétiens et des minorités. Il multipliait les déclarations sur les violences et intimidations dont est victime notamment la minorité chrétienne.
A la commémoration participent entre autres le Recteur de l’Université pontificale du Latran, Mgr Enrico dal Covolo, et l’archevêque Mikhael al Jamil, procurateur de l’Eglise d’Antioche des Syriens près le Saint-Siège. A cette occasion est également présenté l’ouvrage de la journaliste italienne Francesca Milano consacré à Shahbaz Bhatti, et intitulé «Mort d’un blasphémateur».
Shahbaz Bhatti, quelques mois avant sa mort, avait pris sous sa protection Asia Bibi, mère de famille condamnée à mort pour blasphème. Le dimanche après sa mort, Benoît XVI avait salué le «sacrifice émouvant» de ce catholique qui avait su s’imposer comme défenseur de la liberté religieuse, en dépit des menaces dont il faisait l’objet dans son pays. Dans un entretien à Radio Vatican, Mgr Silvano Maria Tomasi, observateur permanent du Saint-Siège à l’ONU, rappelle les dérives de la loi contre le blasphème en vigueur notamment au Pakistan.
«C’est une loi qui se prête à de grandes équivoques parce qu’elle a comme objectif de défendre une religion et non pas les droits des personnes qui pratiquent une religion», note Mgr Tomasi. Pour le prélat italien, c’est là la porte ouverte à tous les abus. Dans cet entretien à Radio Vatican, il s’attarde également sur des exemples concrets, citant celui de présumées offenses contre le prophète Mahomet et contre l’islam. Les personnes qui sont accusées sont ensuite emprisonnées ou bien forcées à changer de religion sur la base du mécanisme des lois contre le blasphème.
Mgr Tomasi plaide pour l’élimination de ce type de législation, pour, au contraire, affronter le problème de la cohabitation en garantissant à tous les citoyens le droit fondamental et inaliénable de la liberté de penser, de conscience et de religion. Le diplomate du Vatican affirme qu’il y a près de 2 milliards 200 millions de croyants qui subissent des restrictions religieuses dans le monde.
Entre 2003 et 2010, les attaques terroristes contre les chrétiens d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Asie ont augmenté de 309% alors qu’en Occident, il y a désormais une culture qui tend à marginaliser toujours plus les personnes qui croient en Jésus Christ. Mgr Tomasi insiste sur le rôle central de l’éducation. «La formation dans les écoles, les types de manuels utilisés, doivent transmettre un sens d’acceptation réciproque plutôt qu’enseigner la haine entre groupes différents».
L’observateur du Saint-Siège rejette également la faute sur certains médias. Il appelle la télévision et la presse à diffuser une information «correcte, car le manque d’information facilite la manipulation des personnes à des fins politiques immédiates», avec pour conséquence des abus, la persécution de certains groupes, surtout les groupes minoritaires. Enfin Mgr Tomasi met l’accent sur plus de justice sociale afin d’éviter l’extrême pauvreté et ainsi créer un climat juste pour la liberté religieuse. (apic/asian/rv/be)
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