Impressions et remarques en lisant la lettre pastorale de Mgr Huonder sur les divorcés remariés (2012)

Sierre, 5 mars 2012 (Apic) Interrogé par l’agence Apic sur la lettre pastorale de l’évêque de Coire concernant les divorcés remariés et leur droit à l’accès aux sacrements, l’abbé Michel Salamolard donne son point de vue.

Mgr Huonder se contente de rappeler la discipline de l’Église catholique, et ses fondements théologiques, en ce qui concerne l’accès des divorcés remariés aux sacrements (Eucharistie, Pardon). Comme tout cela est déjà amplement connu, on peut se demander pourquoi le redire dans une lettre qui se veut pastorale, autrement dit censée aider les fidèles dans leurs difficultés.

Toute la doctrine théologique de cette lettre est parfaite et, je crois, admise par tous les catholiques : sens et valeur du mariage sacramentel, de la fidélité, etc.

En revanche, les problèmes réels ne sont guère pris en compte, notamment ceux révélés par les statistiques citées par l’évêque de Coire.

Les souffrances des couples concernés ne semblent pas non plus être une grande préoccupation de cette lettre.

Une loi ecclésiastique, non divine

Si Mgr Huonder a totalement raison d’insister sur la préparation au mariage, en revanche une de ses déclarations est discutable. « Les divorcés remariés, dit-il, à cause de leur décision de conclure une nouvelle alliance, se mettent dans une situation qui rend impossible la réception des sacrements. » Cela est vrai, mais l’évêque devrait préciser que l’impossibilité résulte d’une loi ecclésiastique et non d’un commandement divin, prescrit par le Christ. Si Jésus affirme l’indissolubilité du mariage, il ne dit nulle part que les divorcés remariés, pécheurs comme d’autres, doivent être privés des sacrements. Aucune trace non plus de cela dans le reste du Nouveau Testament. Nous voilà donc bel et bien devant une loi ecclésiastique, et non divine, que l’Église pourrait aménager.

Rôle pastoral de l’Eglise

D’un point de vue pastoral, la phrase clé de la lettre de Mgr Huonder est la suivante : « Nous devons tout entreprendre afin d’éviter de tels drames (les échecs conjugaux, les divorces) et afin de nous soucier du bien temporel des personnes concernées, mais aussi de leur bien éternel. » Cette affirmation clé fait écho au dernier et suprême canon du droit canonique : « La loi suprême dans l’Église est le salut des âmes » (et non l’application littérale de la loi). L’Église catholique entreprend-elle réellement tout en ce sens, notamment sur le plan spirituel ? On peut en douter sérieusement, depuis le temps que ce problème est soulevé sans recevoir vraiment de réponses pastorales adéquates. En tout cas, cette lettre n’avance guère de propositions en ce sens.

Benoît XVI propose mieux

Il est éclairant de comparer la lettre de l’évêque de Coire avec deux interventions de Benoît XVI, en réponse à des prêtres qui lui posaient précisément la question pastorale de l’accompagnement des divorcés remariés, de leur accès éventuel aux sacrements. La première déclaration date du 25 juillet 2005 (Rencontre avec le clergé d’Aoste) et la seconde du 24 juillet 2007 (Rencontre avec le clergé de Belluno-Feltre et de Trévise).

Dans la première de ses réponses, le pape insiste beaucoup et surtout sur la souffrance des couples concernés, il ne part pas du droit canon ni de la théologie. Il reconnaît qu’une eucharistie sans communion sacramentelle est privée d’une chose essentielle. Il avoue aussi qu’il y a là un vrai problème, très difficile, qui demanderait à être vraiment approfondi. Il confesse ne pas posséder la solution de ce problème, mais il n’assène pas non plus trop de certitudes, tout en rappelant les grandes convictions catholiques.

Dans son autre réponse, en 2007, le pape insiste beaucoup sur la prévention des divorces, ce que fait aussi Mgr Huonder. Il précise toutefois que la préparation au mariage ne suffit pas, qu’un accompagnement des couples pendant au moins dix ans serait très important. Mgr Huonder n’évoque pas cette responsabilité de la communauté, notamment de ses pasteurs. Benoît XVI, dans cette même réponse, dit aussi que la situation des divorcés remariés « ne permet pas la pleine communion aux sacrements de l’Église ». Il semble ne pas exclure une communion partielle à ces sacrements. Mgr Huonder n’envisage pas cette possibilité.

Laisser un espace de discernement

En conclusion, on peut se demander en quoi la lettre de Mgr Huonder est réellement pastorale, c’est-à-dire aidante, de nature à orienter les fidèles dans leur cheminement et les prêtres dans leur pratique pastorale.

À noter que l’Assemblée diocésaine 2000, du diocèse de Lausanne, Genève et Fribourg, avait demandé des ouvertures bien plus cohérentes avec les positions du pape évoquées ci-dessus, notamment en invitant les prêtres à accompagner les divorcés remariés dans un processus de discernement, tenant compte des différentes situations. Cette demande n’avait pas été reniée par la « note de l’évêque » approuvant ce document d’AD 2000.

Les choses étant ce qu’elles sont, un évêque ne peut à lui tout seul changer la discipline de l’Église, c’est bien normal. En revanche, il est de son devoir pastoral non seulement de la faire comprendre, mais aussi de la tempérer en ce qu’elle pourrait avoir d’inhumain quand elle est appliquée de façon rigide. Un évêque peut très bien, par exemple, encourager ses fidèles et ses prêtres à suivre de leur mieux les orientations de l’Église, même si cela n’est pas facile, en ce qui concerne l’accès des divorcés remariés aux sacrements. Mais il pourrait, dans le même mouvement, laisser aux uns et aux autres un espace de discernement de conscience (dans le sens demandé par AD 2000, et dans le sens de saint Paul en 1 Corinthiens 11, 28). Il pourrait aussi prévoir l’une ou l’autre exception à la règle générale, sans renier celle-ci, en invitant par exemple les divorcés remariés à recevoir les sacrements du Pardon et de l’Eucharistie à Pâques. Ils seraient ainsi certains de ne pas être excommuniés. Ils seraient aussi encouragés sur un chemin de progrès, qui leur semble aujourd’hui souvent, à tort ou à raison, barré.

Enfin, Mgr Huonder aurait pu s’inspirer de Benoît XVI en reconnaissant la souffrance des personnes concernées, en reconnaissant que la situation canonique des divorcés remariés pose un vrai problème, et que ce problème mérite encore un sérieux approfondissement. Il aurait pu s’engager publiquement à poursuivre la réflexion sur ce point avec ses confrères suisses et en lien avec les évêques du monde entier. (apic/ms/js)

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