Les sénateurs contre la volonté du peuple et la morale chrétienne
Berne, 14 mars 2012 (Apic) Par 21 voix contre 19, le Conseil des Etats, la chambre haute de l’Assemblée fédérale, a accordé le 14 mars 2012 le droit aux couples homosexuels d’adopter. Une décision du Conseil national, la chambre basse, est encore attendue pour que le gouvernement légifère.
Les sénateurs ont accepté une motion de la commission des affaires juridiques, reprenant les grandes lignes d’une pétition d’organisations homosexuelles. Cette motion demande que toute personne adulte, quel que soit son état civil ou son mode de vie, puisse adopter un enfant, en particulier celui de sa ou de son partenaire. Condition sine qua non: l’adoption doit constituer la meilleure solution pour le bien-être de l’enfant.
Au nom de la commission, le socialiste bâlois Claude Janiak a rappelé que, même si la loi sur le partenariat enregistré (LPart) interdit l’adoption aux couples homosexuels, les gays ou lesbiennes célibataires conservent ce droit. Du moins en théorie.
En Suisse, entre 6’000 et 20’000 enfant nés d’une première relation hétérosexuelle seraient élevés par des couples homosexuels. Ce type de famille est devenu une réalité. Pour le radical neuchâtelois Raphaël Comte, cette question est certes «sensible et émotionnelle», mais le droit à l’adoption ne doit pas dépendre du célibat ou du partenariat enregistré d’une personne, mais de l’intérêt de l’enfant.
Une vision que ne partagent pas plusieurs sénateurs démocrates-chrétiens. La Thurgovienne Brigitte Häberli a rappelé qu’en 2005, la LPart avait été acceptée justement parce qu’elle interdit l’adoption et la procréation médicalement assistée. «On n’a pas à aller dans l’air du temps pour satisfaire les attentes égocentriques de personnes qui ont assuré, lors de ce vote, que jamais elles ne demanderaient le droit à l’adoption», a souligné le Valaisan Jean-René Fournier. «Chacun a le droit d’être heureux comme il l’entend, mais cela ne veut pas dire que l’on doive placer le mariage et le partenariat enregistré sur un pied d’égalité», a ajouté le Fribourgeois Urs Schwaller.
Le Conseil fédéral est pour sa part opposé à une ouverture totale du droit à l’adoption pour les couples gays. Il pourrait cependant faire un geste concernant les enfants nés d’une relation antérieure ou précédemment adoptés par une personne seule. «Il y a des incohérences dans le droit. Une personne seule peut adopter un enfant, alors que la même personne en est empêchée si elle a conclu un partenariat enregistré», a admis la ministre de la Justice Simonetta Sommaruga.
Le Conseil national doit encore se prononcer. Dans sa composition d’avant les élections fédérales d’octobre 2011, il avait refusé à une courte majorité de donner suite à la pétition gay, par 97 voix contre 83.
L’Union démocratique fédérale (UDF) a fait savoir dans un communiqué qu’en cas d’acceptation par le National, elle examinerait la possibilité de lancer un référendum contre une décision qu’elle juge «inadmissible, car elle bafoue les intérêts des enfants et elle néglige la volonté exprimée par le souverain lors de la votation sur le partenariat enregistré».
Pour l’UDF, l’adoption doit viser exclusivement le bien-être de l’enfant et c’est pourquoi elle doit rester réservée aux couples hétéros. Elle estime que l’adoption par un couple homosexuel plonge l’enfant dans une confusion par rapport à la différence sexuelle, l’un des repères fondateurs de l’identité et de la famille.
«En aucun cas la liberté homosexuelle ne doit impliquer la liberté d’imposer à un enfant une éducation déséquilibrée, à laquelle fait défaut l’une des deux composantes irréductibles de l’identité humaine», souligne le parti. (apic/ats/com/nd)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/les-senateurs-contre-la-volonte-du-peuple-et-la-morale-chretienne/