Brésil : Les travaux de détournement du fleuve Sao Francisco à l’arrêt

Mgr Cappio est heureux, mais reste indigné

Salvador de Bahia, 21 mars 2012 (Apic) En 2005 et 2007, Mgr Luiz Flavio Cappio, évêque de Barra, dans l’état de Bahia, au nord-est du Brésil, avait observé deux grèves de la faim pour s’opposer au projet de détournement partiel du fleuve Sao Francisco, le 3ème cours d’eau du pays.

A la veille de la journée mondiale de l’eau du 22 mars, le prélat revient sur l’arrêt, en 2010, de ce «chantier du siècle» et espère que la leçon servira pour d’autres grands projets.

Apic: Où en sont aujourd’hui les travaux de détournement du fleuve Sao Francisco?

Mgr Cappio: Les travaux sont totalement arrêtés depuis novembre 2010, à savoir après les dernières élections présidentielles qui se sont tenues dans le pays. Dans les semaines qui ont suivi le suffrage, la totalité des entreprises ont abandonné le chantier pour cause de retards de paiement de leurs prestations par l’Etat et par manque de confiance quant à la disponibilité des budgets liés au projet. Résultat, seuls 15% des travaux ont été réalisés alors que le chantier aurait déjà dû être terminé selon les prévisions de l’époque.

Aujourd’hui, le spectacle est désolant, puisque les canaux de détournement qui ont commencé à être creusés sont à l’abandon, dans un état pitoyable à cause de la chaleur et la sècheresse extrême du sol.

Apic: Comment expliquez-vous cet arrêt des travaux pour un chantier qui a été aussi polémique?

Mgr Cappio: Dès le début, nous avions dénoncé le caractère électoraliste de ce projet. Aujourd’hui, le départ des entreprises démontre que tout cela n’était qu’une opération destinée à dégager des fonds pour financer la campagne politique des gens alors en place au pouvoir. Nous sommes face à un exemple évident de corruption. Il n’y a certes pas de preuves formelles pour affirmer cela, mais les faits parlent d’eux-mêmes.

Apic: Quel est votre sentiment et celui de la population face à l’arrêt des travaux?

Mgr Cappio: Nous éprouvons un mélange de joie et d’indignation. Joie, car nous avons évité une catastrophe environnementale. Indignation, car l’Etat a dépensé des rivières d’argent pour rien. Des sommes qui aurait pu et dû être investies dans des projets beaucoup plus essentiels pour les habitants de cette région. Indignation aussi, parce qu’aujourd’hui la région est dénuée de végétation car des centaines de kilomètres carrés de forêts ont été détruites pour préparer le creusement des canaux. Et il faudra des années pour revoir ici un couvert forestier.

Apic: Considérez-vous que l’abandon des travaux du Sao Francisco est un signe encourageant pour d’autres grands chantiers en cours au Brésil, comme le très polémique complexe hydroélectrique du Belo Monte an Amazonie?

Mgr Cappio: Je crois que le Belo Monte sera progressivement abandonné. Au-delà de son caractère absurde en termes de conséquences environnementales, économiques et sociales, ce mégaprojet, comme tant d’autres dans la région amazonienne, est un gouffre insondable pour les deniers publics. Mais le plus incroyable, c’est qu’il s’appuie sur le développement de technologies complètement dépassées aujourd’hui, à l’heure du solaire et de l’énergie éolienne.

Apic: Que ressentez-vous aujourd’hui lorsque vous repensez aux deux grèves de la faim que vous avez observées pour vous opposer à ces travaux de détournement?

Mgr Cappio: S’il n’y avait pas eu ces jeûnes, vous ne seriez pas en train de m’interviewer aujourd’hui, car cela a permis de dénoncer au monde entier ce qu’il se passe dans cette région et dans ce pays. (apic/jcg/bb)

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