L’Eglise catholique appelle à dialoguer dans un climat de paix
Santiago, 21 mars 2012 (Apic) Devant la vague de violences qui entoure le mouvement social en cours depuis plus d’un mois, dans la très reculée région d’Aysén – à 1’600 km au sud de Santiago, l’Eglise catholique du Chili appelle au dialogue et incite la société à entendre «la clameur de ces communautés qui se sentent reléguées voire ignorées».
Avec force de manifestations et bloquant ponts et routes pour empêcher l’approvisionnement de la zone en carburants, les habitants de la région d’Aysén clament depuis mi-février leur colère face à l’abandon dont souffre leur territoire.
Unis sous la bannière «Mouvement social d’Aysén, ton problème est mon problème», ces citoyens de tous bords – travailleurs privés ou publics, pêcheurs artisanaux, écologistes, femmes au foyer et même des retraités – réclament des aides pour subventionner les produits de première nécessité. Les aliments, l’eau, l’électricité et les carburants atteignent des prix très élevés dans cette région isolée, qui n’est par exemple desservie que par une seule route partiellement goudronnée. Ils demandent aussi un service de santé et une éducation de qualité, ne disposant pour l’heure d’aucune Université régionale et de seulement deux hôpitaux pour les 105’000 habitants dispersés sur près de 110’000 km2.
Enfin, l’équité professionnelle, des pensions régionalisées, de meilleures infrastructures et conditions d’accès et une plus grande participation aux décisions qui concernent la région complètent la liste de leurs revendications. Ils entendent notamment avoir leur mot à dire dans l’exploitation des ressources naturelles locales. L’an dernier par exemple, le mégaprojet de barrages hydroélectriques «HydroAysén» avait été validé par les autorités malgré l’opposition de la population.
Finalement, la colère d’Aysén traduit un ras-le-bol généralisé des régions extrêmes du Chili face à la forte centralisation et à l’inégalité de développement entre régions et capitale, souvent résumées par cette expression populaire «Santiago n’est pas le Chili».
Face au mouvement, le gouvernement de Sebastian Piñera (droite) semble avoir opté pour une politique de la «main dure», comme on dit dans le pays. Après plusieurs tentatives de négociations infructueuses entre les deux parties, les carabiniers, accompagnés de forces spéciales envoyées en masse depuis d’autres régions, répriment désormais avec violence tout blocage ou toute manifestation, provoquant de nombreuses critiques dans la société chilienne, y compris de parlementaires de la coalition du président. Les autorités comptent d’autre part invoquer la loi de sécurité de l’état, datant de la dictature, contre 22 manifestants accusés de violences lors des mobilisations.
Devant cette situation très tendue, l’Eglise catholique a lancé un appel à la non-violence et au dialogue. Dans un communiqué rendu public le 16 mars, le président de la Conférence épiscopale du Chili, Mgr Ricardo Ezzati Andrello, archevêque de Santiago, a déclaré que les évêques avaient suivi «avec intérêt et une grande préoccupation» les événements en cours dans la région d’Aysén. Intitulé «Avec la communauté d’Aysén en ces heures délicates», le texte indique que les demandes sociales formulées sont bien connues de l’Eglise et «non étrangères à l’Eglise locale ni à l’Eglise nationale».
«Nous ne pouvons rester indifférents face à la clameur de communautés qui se sentent reléguées, non-écoutées voire ignorées», y affirme ainsi Mgr Ezzati. Appréciant «les efforts des organisations sociales et des autorités pour établir une table de dialogue» et reconnaissant «les difficultés complexes pour y parvenir», les évêques chiliens expriment par ailleurs leur souffrance et inquiétude «que la violence dans les actes et les discours finisse par torpiller les accords, contre la volonté de la majorité de chercher des solutions réelles dans un climat de paix et de respect». Enfin, conclut le communiqué, «lorsque la pression illégitime, les menaces et intransigeances s’opposent au dialogue, la force remplace la raison et c’est toute la communauté qui y perd.» (apic/lg/bb)
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