Brésil: Mgr Lazzares, nouveau président de la Commission Pastorale de la terre

Réaffirmer sa dimension pastorale pour lutter contre la voracité de l’agrobusiness

Goiânia, 11 avril 2012 (Apic) Mgr Enemésio Lazzares, évêque de Balsas (Etat du Maranhão) a été élu fin mars président de la Commission Pastorale de la Terre (CPT). Il a succédé à Mgr Ladislau Biernaski, décédé le 13 février.

Le nouveau président de la CPT rappelle les priorités de cette pastorale créée en 1975 et dénonce les pratiques de l’agrobusiness et de l’Etat, au détriment des petits agriculteurs. Sans oublier l’inefficacité coupable de la justice.

Apic: Au cours de ses travaux, l’Assemblée générale a déterminé trois priorités pour les trois années à venir. Quelles sont-elles?

Mgr Enemésio Lazzares: Ces priorités ont été établies à la lueur de ce qui s’est passé durant les trois années passées. La première est la claire réaffirmation de la dimension pastorale de la CPT. La mission de ses membres consiste, plus que jamais, à être présents et travailler aux côtés du monde rural, dans une dimension éducative et transformatrice.

La seconde priorité est l’importance de la notion de « territoire » et pas seulement de la terre. Car la lutte pour la terre n’est plus suffisante. Il est fondamental, dans une nouvelle vision de la réforme Agraire, que la CPT intègre la notion de permanence sur la terre et celle du respect de l’environnement, à travers le triptyque « terre, territoire, biomasse ». Notre rôle est donc de lutter avec les ribeirinhos (riverains des cours d’eau), seringueros (exploitant le caoutchouc naturel), extrativistes (vivant des ressources naturelles de la forêt), quilombolas (descendants des esclaves), indigènes, etc… contre la voracité de l’agrobusiness et des grands propriétaires. Ces derniers sont en effet prêts à tout pour exploiter la terre, quitte à provoquer la déprédation de l’environnement et à ruiner l’existence de millions de personnes. On retrouve également cette déprédation dans des programmes d’Etat comme le Plan d’Accélération de la Croissance (PAC), à l’origine des grands travaux en Amazonie. A ce titre, la situation des personnes victimes de ces mégaprojets et de ces politiques de développement jusqu’au-boutistes inquiète particulièrement la CPT.

La 3ème priorité, enfin, est directement liée à ce constat. Il faut renforcer l’agriculture familiale, respectueuse de l’environnement, en permettant aux hommes et aux femmes de vivre dignement de la terre.

Apic: C’est une lourde tâche pour la CPT. Comment comptez-vous y parvenir?

Mgr Lazzares: Il est primordial que la CPT s’organise déjà à l’intérieur de la propre Eglise, à travers les pastorales de la terre et les pastorales sociales, (CIMI, pastorale des pêcheurs, Caritas, quilombolas etc…). Bref avec toutes les pastorales liées de près ou de loin au monde rural. Cette réorganisation est d’autant plus importante que la société civile et les mouvements populaires sont parfois cooptés par les gouvernements et perdent donc un peu de leur mordant. La CPT se doit donc être attentive, plus que jamais, aux réalités du Brésil aujourd’hui. Et agir de manière coordonnée.

Apic: Des milliers de personnes sont aujourd’hui victimes des impacts sociaux et environnementaux des grands travaux. Quel est votre sentiment?

Mgr Lazzares: On est obligé de constater que nous sommes engagés dans un processus où la démocratie de fonctionne pas. Nous somme face à une concentration des pouvoirs dans les mains d’une poignée de politiques, avec l’imposition d’une force beaucoup plus importante que celle du peuple. Nous devons, au niveau national et mondial, revoir ces conduites et ces mentalités qui privilégient le capital et le profit au détriment de la personne et de l’environnement.

Apic: Chaque année, des militants de la CPT sont assassinés et menacés à cause de leur engagement. Qu’est-ce qui peut être fait pour mettre un terme à ce fléau?

Mgr Lazzares: La CPT a conscience de ses limites face aux assassinats et menaces. Si nous nous réjouissons que le nombre de meurtres ait baissé cette année par exemple, nous sommes conscients que l’augmentation des personnes menacées est un problème très grave. Le pouvoir judiciaire a, de ce point de vue, une très lourde responsabilité. Car son inefficacité favorise le sentiment d’impunité que peuvent ressentir les auteurs et les commanditaires de ces assassinats et de ces menaces. C’est pour cela que la suggestion, portée par la CPT mais aussi par d’autres structures de l’Eglise et par de nombreux mouvements populaires, de créer un Tribunal Populaire contre judiciaire est importante. Car elle induit que tant que la Justice aura ce comportement à l’égard des plus faibles de la société, elle ne sera pas crédible. (apic/jcg/bb)

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