Rwanda: Le parlement adopte une loi autorisant l’avortement sous conditions

Les chefs religieux ont exprimé leur opposition au président Kagame

Kigali, 20 avril 2012 (Apic) Le président rwandais Paul Kagame a reçu jeudi 19 avril, les représentants des différentes confessions religieuses dans le pays, pour discuter d’une nouvelle loi sur la légalisation de l’avortement, sous conditions, rapporte le journal «The New Times».

Votée par le parlement, il y a quelques jours, cette nouvelle loi autorise l’avortement si une femme est tombée enceinte suite à un viol, si elle est victime d’un mariage forcé, si elle a eu une relation sexuelle avec un proche jusqu’au deuxième degré, ou si la grossesse peut sérieusement entraver la vie de l’enfant ou de la mère qui le porte.

Selon une enquête conjointe du ministère rwandais de la Santé et un institut américain spécialisé dans la santé reproductive, l’Institut Guttmacher, les grossesses non désirées sont la principale cause de l’avortement dans le pays. Chaque année, 60’000 femmes subiraient un avortement au Rwanda. En 2009, plus de 16’000 Rwandaises ont dû se faire soigner suite aux conséquences d’avortements, a souligné l’enquête, citée par la BBC.

Après son approbation par les députés, le nouveau texte est actuellement examiné par la Sénat qui doit, à son tour, le valider ou l’invalider. En attendant, il suscite toujours une vive controverse dans le pays. Les Eglises chrétiennes et les autres confessions religieuses ont pris une position commune contre le projet, craignant qu’il n’entraîne à une légalisation de l’avortement volontaire.

La loi sur l’avortement, «un crime parmi tant d’autres»

Regroupés au sein du forum «Rwanda Peace Plan», les responsables des Eglises et des autres religions du pays assimilent la nouvelle loi à «un crime parmi tant d’autres». Au cours d’une conférence de presse le 9 avril dernier, rapportée par le site rwandais en ligne www.igihe.com, le porte-parole du forum, Mgr Smaragde Mbonyintege, évêque catholique de Kabgayi, et président de la Conférence épiscopale du Rwanda a rappelé que l’avortement est «un péché» devant Dieu et que, selon le serment d’Hippocrate, «aider sciemment une personne à avorter est une faute punissable». «C’est Dieu qui donne la vie et lui seul peut la reprendre. La personne n’est pas que corps uniquement, mais elle aussi une conscience», a-t-il ajouté, tout en estimant qu’il vaudrait mieux envisager comment prévenir à temps le problème de viol, au lieu de voter une loi qui pourrait voir augmenter le nombre de femmes qui vont avorter.

D’autres responsables de confessions religieuses qui sont intervenus lors de la conférence de presse, ont eu un seul mot d’ordre: «Nous devons être les voix des sans voix pour exprimer que l’avortement est le meurtre d’un innocent et qu’il ou elle pourrait devenir une personnalité importante».

Le 19 avril, à l’issue de l’audience que leur a accordée le président Kagame, Mgr Mbonyintege, qui a dirigé la délégation, a déclaré qu’ils étaient «heureux que le président Kagame ait répondu positivement» à leur demande de rencontre, pour un dialogue sur «l’importante question de l’avortement». Il a situé cette rencontre, dans le cadre de «la culture de la bonne gouvernance qui caractérise le Rwanda d’aujourd’hui». «Nous collaborerons avec le gouvernement sur les initiatives visant à prévenir les grossesses non désirées, offrir notre soutien et conseils aux femmes qui conçoivent, à la suite de viols», a-t-il poursuivi, tout en reconnaissant qu’il appartient à la femme de choisir si elle veut ou non une grossesse. (apic/ibc/bb)

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