Sri Lanka: ONG et minorités religieuses dénoncent l’extrémisme bouddhiste

L’intolérance religieuse ne cesse de croître

Colombo, 4 mai 2012 (Apic) Alors que viennent de commencer les festivités nationales du Vesak, célébrant la naissance, l’illumination et la mort du Bouddha, des organisations religieuses et civiles dénoncent une intolérance religieuse qui ne cesse de croître.

Le 20 avril dernier, plus de 2’000 manifestants menés par des moines bouddhistes s’étaient sont lancés à l’assaut de la mosquée de Dambulla à coups de pierre et de cocktails Molotov, à l’heure de la prière du vendredi, rapporte l’agence Eglises d’Asie. Depuis plusieurs jours, les bonzes des temples rupestres de la région réclamaient la destruction du lieu de culte musulman ainsi que du temple hindou tout proche, affirmant qu’ils «souillaient le site bouddhique sacré de Dambulla».

La polémique avait éclaté lorsque le gouvernement sri-lankais avait accordé une autorisation d’extension à la mosquée, édifiée il y a plus d’une cinquantaine d’années, rappelle Eglises d’Asie. Les moines de Dambulla avaient alors accusé les administrateurs du lieu de culte musulman ainsi que ceux du temple hindou, d’avoir construit illégalement leurs sanctuaires sur un périmètre déclaré «zone sacrée» par l’Etat sri-lankais en 1982.

L’attaque de la mosquée de Dambulla a soulevé une vague d’indignation dans tout le pays et, fait nouveau, déclenché un mouvement de mobilisation contre l’extrémisme religieux, par le biais d’Internet et des réseaux sociaux. Lancée peu après les faits par un groupe constitué de citoyens, d’associations religieuses diverses (dont des catholiques), de journalistes et de militants des droits de l’homme, la campagne intitulée «Pas en notre nom!» dénonce un «comportement honteux, bien loin des enseignements du Bouddha» et incite les «citoyens sri-lankais de toutes religions» à exiger du gouvernement qu’il applique les «principes de justice, d’égalité et de respect des minorités selon la Constitution du pays».

Appels contre l’intolérance religieuse

Une pétition contre l’intolérance religieuse a été mise en ligne sur notinournamesl.wordpress.com, accompagnée d’un blog où s’accumulent signatures et commentaires. Débordés par les réactions des internautes sri-lankais, les administrateurs du site ont même dû ouvrir récemment une page Facebook.

«Le Sri Lanka est une nation multiethnique et plurireligieuse au sein de laquelle le pluralisme, la protection des droits religieux et culturels ainsi que la liberté religieuse sont des principes fondamentaux de la Constitution, garantis à chaque citoyen», peut-on lire sur le site du Forum, dont les membres sont aujourd’hui convaincus qu’une prise de conscience citoyenne est urgente. «Il y a un risque majeur d’explosion de violence interreligieuse dans le pays», alertent-ils, dénonçant le fait que, depuis la fin de la guerre civile en 2009, l’incompréhension et l’intolérance entre les différentes communautés religieuses et ethniques se sont renforcées.

Mais plus encore que les violences exercées par des bouddhistes extrémistes à l’encontre des minorités religieuses – en augmentation croissante au Sri Lanka –, c’est l’attitude du gouvernement qui est montrée du doigt. Loin de «condamner l’attaque de la mosquée, ni même d’inciter les parties à résoudre pacifiquement le conflit», l’Etat sri-lankais a donné raison aux agresseurs, intimant à la communauté musulmane l’ordre de trouver un nouveau terrain pour sa mosquée dans les trois mois, souligne le Forum dans sa «Déclaration contre l’extrémisme religieux».

Le 23 avril, le Premier ministre D.M Jayaratne, également à la tête du ministère du Culte bouddhique et des Affaires religieuses, ordonnait «la reconstruction le plus rapidement possible de la mosquée dans un endroit mieux approprié». Cette approbation gouvernementale avait été accueillie avec satisfaction par le Vénérable Thero Inaamaluwe Sri Sumangala, responsable du Temple d’Or de Dambulla et principal instigateur de la campagne pour la destruction de la mosquée, mais avait suscité un véritable tollé du côté des musulmans, affirmant que leur avis n’avait jamais été sollicité.

Le gouvernement revient sur sa décision

Dans une volte-face remarquée, le gouvernement de Mahinda Rajapaksa a annoncé le 26 avril dernier par la voix du ministre du Territoire, Janaka Bandara Tennakoon, que «ni le temple hindou, ni la mosquée ne seraient détruits» et que «le contentieux serait résolu dans le respect des intérêts de chacun».

Depuis cette déclaration officielle, trop imprécise pour avoir satisfait aucune des parties, Colombo se cantonne dans un silence prudent. Mercredi 2 mai, le président Mahinda Rajapaksa a donné le coup d’envoi des festivités du Vesak qui s’achèveront le 8 mai. Comme l’année précédente, la fête bouddhique a débuté par une gigantesque parade organisée par le ministère de la Défense, où ont défilé ensemble les militaires héros de la guerre civile et plus de 3’000 bonzes, démontrant la relation étroite qu’entretiennent au sommet de l’Etat les autorités du pays et le clergé bouddhiste. Durant près d’une semaine, le président et ses ministres assisteront aux multiples célébrations religieuses du Vesak, lesquelles culmineront le 6 mai avec la vénération de la Dent du Bouddha au temple de Kandy. (apic/eda/bb)

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