Brésil: 1er anniversaire du meurtre de deux militants de la Commission Pastorale de la Terre

Morts pour défendre la forêt

Maraba, 24 mai 2012 (Apic) Un an, jour pour jour, après l’assassinat de deux militants de la Commission Pastorale de la Terre (CPT) à Nova Ipixuna, au cœur de l’Amazonie brésilienne, la situation est toujours aussi tendue pour les défenseurs de l’environnement. Y compris pour Laïsa da Silva, soeur d’une des victimes, elle-même menacée de mort parce qu’elle a décidé de continuer le combat. Quant aux coupables, ils n’ont pas encore été jugés.

24 mai 2011, 7h30. Au pied d’un châtaignier, près d’une moto renversée, deux corps inertes gisent face contre terre. Tombés dans un guet-apens à la sortie de la communauté rurale de Praia Alta Piranheira, à 45 kilomètres de Nova Ipixuna, dans l’état du Para, au cœur de l’Amazonie brésilienne, José Claudio Ribeiro da Silva, 52 ans, et son épouse Maria do Espirito Santo da Silva, 51 ans, deux militants écologistes de la Commission Pastorale de la Terre (CPT), viennent d’être abattus par deux hommes armés. Menacés de mort depuis plusieurs années parce qu’ils osaient dénoncer la déforestation sauvage dans la région, José et Maria ont succombé à plusieurs balles tirées par deux pistoleros. Dès le début de l’enquête menée par la Police fédérale, les soupçons se sont portés sur les grands propriétaires et les exploitants forestiers locaux. D’autant que le crime semble avoir été commandité. Les assassins ont en effet sectionné l’oreille droite de José Claudio Ribeiro da Silva. Comme s’il s’agissait d’un «trophée».

«Mourir pour une lutte juste»

Un an après, cette journée meurtrière est encore dans tous les esprits. Devant la plaque commémorative érigée sur les lieux du drame, Laïsa da Silva, la sœur de Maria do Espirito Santo da Silva est partagée entre une immense tristesse et une rage profonde. «Ce double meurtre n’était malheureusement pas une surprise, car ma sœur et mon beau-frère avaient déjà reçu, dès 2007, de nombreuses menaces de mort et se savaient en danger. Ils avaient demandé une protection policière, en vain.» La cadette de Maria do Espirito Santo se souvient avoir parlé avec sa sœur la veille de sa mort. «Elle sentait qu’il allait se passer quelque chose et m’avait dit qu’elle était prête à mourir pour une lutte qu’elle estimait juste», explique celle qui a depuis repris le flambeau de la lutte pour la défense de l’environnement au sein de la communauté de Praia Alta Piranheira. Ce qui lui vaut, à elle aussi, des menaces de mort… de la part de la propre famille du commanditaire de l’assassinat.

Les coupables pas encore jugés

Un an après, le commanditaire et les exécutants de cet assassinat n’ont toujours pas été jugés. «Au même titre que pour Sœur Doroythy Stang, la religieuse américaine assassinée en février 2005, à Anapu, à 500 kilomètres plus au nord sur la Transamazonienne, cette affaire a eu un retentissement international, explique José Batista Gonçalves Afonso, avocat national de la CPT, en charge du dossier. Cela a conduit à l’arrestation rapide de José Rodrigues Moreira, un fazendeiro (grand propriétaire) local accusé d’être le commanditaire, ainsi que des deux exécutants, Lindonjonson Silva e Alberto Lopes.» Mais, à ce jour, aucune date de jugement n’a encore été fixée et la justice a même été saisie par les avocats du premier cité pour une remise en liberté. La CPT pointe du doigt le manque de volonté des autorités de faire toute la lumière sur cette affaire.

C’est dans ce sens que l’organisation pastorale rurale, liée à la Conférence épiscopale a décidé de publier, à la date anniversaire de l’assassinat, un extrait d’une conversation téléphonique enregistrée par la police fédérale, entre José Rodrigues Moreira, avant son arrestation, et son frère, «Dédé». Durant cet entretien, José demande à son frère de prendre contact avec deux propriétaires de la région pour qu’ils lui trouvent un avocat pour sa défense. «Sinon, menace t-il, je les dénoncerais.» Un enregistrement explicite, mais qui n’a cependant entraîné ni une convocation devant la police et encore moins une arrestation des deux personnes incriminées.

Pas de protection policière

En attendant une date de jugement, la vie a repris son cours au sein de la communauté rurale de Praia Alta Piranheira. Enfin presque. Face aux répercussions nationales et internationales du double meurtre, le Gouvernement fédéral a ordonné à l’Institut brésilien de l’environnement (IBAMA) de vérifier la légalité des activités au sein de la communauté. Résultat, de nombreux fours artisanaux pour la fabrication du charbon ont été détruits et une douzaine de scieries illégales de Nova Ipixuna ont fermé leurs portes. «Cela a freiné la déforestation illégale dans la région, précise Jose Batista. Mais les nombreuses personnes qui se sont retrouvées sans emploi et sans revenus considèrent aujourd’hui que Laïsa est responsable.» D’où un climat pesant pour cette dernière, qui a adressé au Gouvernement fédéral une demande officielle pour bénéficier d’une protection policière. Sans réponse jusqu’à présent. (apic/jcg/ggc)

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