Burundi : Justice n’a pas été rendue à l’issue du procès sur le meurtre d’un militant

Les vrais coupables courent toujours

Bujumbura 24 mai 2012 (Apic) Malgré les lourdes peines prononcées le 22 mai 2012 contre 14 personnes reconnues coupables de l’assassinat d’Ernest Manirumva, un militant anticorruption burundais, le procès devant le tribunal de Bujumbura a été une occasion manquée de rendre la justice, ont regretté 20 ONG burundaises et internationales. Selon elles, le parquet a obstinément refusé d’enquêter sur de hauts responsables des services de sécurité et de la police nationale burundais susceptibles d’avoir été impliqués dans le meurtre.

L’issue du procès est particulièrement décevante, relèvent les ONG car des éléments de preuve potentiellement importants n’ont pas été pris en considération. Ernest Manirumva enquêtait sur plusieurs affaires sensibles au moment de son meurtre en 2009, notamment sur des allégations de corruption policière de grande ampleur et d’achats illégaux d’armes à feu par la police.

Le tribunal de grande instance de Bujumbura a condamné 14 personnes à de lourdes peines d’emprisonnement pour le meurtre d’Ernest Manirumva. Huit d’entre elles ont été condamnées à la prison à perpétuité pour assassinat, trois à 20 ans de prison pour complicité et trois à 10 ans de prison pour manquements à la solidarité publique.

Les militants victimes d’intimidations constantes

Mais selon les ONG, le parquet n’a pas pris en considération certaines pistes et recommandations importantes provenant de rapports du Bureau fédéral d’enquêtes (FBI) des États-Unis, qui a apporté son aide lors des investigations, et d’une commission d’enquête établie par les autorités burundaises. «Le jugement rendu n’a pas permis de faire surgir la vérité et laisse des coupables présumés en liberté», constate Erwin van der Borght, directeur du programme Afrique d’Amnesty International.

La décision du tribunal laisse la société civile frustrée et déçue. Le meurtre d’Ernest Manirumva a eu un profond impact sur les militants et les a incités à lancer la campagne «Justice pour Ernest Manirumva» en 2009. «Les militants continuent à faire l’objet de pressions constantes, et plusieurs ont été visés par des actes d’intimidation en raison de leur travail sur le cas Manirumva», a déclaré Souhayr Belhassen, présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme. (apic/com/mp)

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