Brésil: L’Eglise sud-américaine impliquée dans «Rio+20»
Rio de Janeiro, 12 juin 2012 (Apic) Du 20 au 22 juin 2012 se tiendra à Rio de Janeiro, au Brésil, la Conférence des Nations Unies pour l’Environnement et le développement durable, baptisée «Rio+20». Si les voix se multiplient pour alerter sur l’état inquiétant de la planète, peu de résultats sont attendus de ce sommet. D’où la mobilisation de la société civile internationale et l’organisation d’un contre-sommet, auquel l’Eglise entend participer largement.
Le nouveau sommet de la Terre «Rio+20» aura deux thèmes phares au programme: l’économie verte et une nouvelle gouvernance internationale. Mais avant même de débuter, «Rio+20» apparaît déjà comme un échec programmé. La faute en particulier à la crise économique mondiale, qui a relégué au second plan les préoccupations écologiques des principaux dirigeants internationaux. Alors que la situation environnementale de la planète n’a jamais été aussi préoccupante.
Pour s’en convaincre, il suffit de prendre connaissance du rapport publié le 6 juin par le programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE). L’organisme onusien y fait le constat préoccupant que «le monde ne s’oriente pas vers une voie durable (…) Et à moins d’un changement immédiat de cap, certains seuils critiques seront bientôt atteints et pourraient engendrer des changements brusques et irréversibles sur la planète.» Ce rapport fait office de coup de semonce pour les gouvernements de la planète, dont les chefs d’Etat renâclent à prendre des engagements internationaux concrets en matière d’environnement.
«L’économie verte» sera au centre des négociations lors de ce «Rio+20». Elle aura pour ambition de déterminer quelle devra être sa place dans le cadre du développement durable et de l’éradication de la pauvreté. Ce concept se heurte à plusieurs définitions très différentes. La plupart des Etats visent à prôner un «Green New Deal». Autrement dit, augmenter la richesse et réduire les risques environnementaux, en adoptant une gestion «efficace» des ressources naturelles, moyennant l’orientation d’énormes flux de capitaux vers des secteurs moins polluants. Cela constituerait alors autant de niches de croissance, mais impliquerait de continuer avec le même modèle productif.
Cette position s’oppose à celle d’une grande partie de la société civile mondiale. Qui défend la thèse que l’Economie verte doit induire un changement du système de production et de consommation. Un exemple de ce dilemme: continuer les monocultures en utilisant moins de produits toxiques ou encourager le développement d’une agro-écologie. Même chose pour le modèle économique: face aux flux de capitaux qui rythment l’économie mondiale, les altermondialistes souhaitent le développement d’une économie solidaire et juste, visant à réduire la distance entre producteurs et consommateurs. «Nous voulons profiter de cette crise systémique pour changer profondément les leviers de l’économie, et non pas seulement nous contenter du ’marketing vert’ proposé par les acteurs économiques dominants», résume Fatima Melo, membre du comité organisateur du contre-sommet.
D’où l’idée d’organiser, du 15 au 23 juin à Rio de Janeiro, un contre-sommet, baptisé «Cupula dos Povos» (»Sommet des peuples»). Objectif des organisateurs? «Transformer ’Rio+20’ en une opportunité pour traiter les grands problèmes de l’humanité et démontrer la force politique des peuples organisés.» Organisations de défense de l’environnement et de la terre, mouvements indigènes, chercheurs, scientifiques… Des milliers de participants venus du monde entier sont attendus dans le cadre de plusieurs dizaines de conférences, débats et autres tables rondes. Un contre-sommet auquel l’Eglise catholique sud-américaine a décidé de participer activement.
«La Conférence des évêques du Brésil (CNBB) va organiser de nombreuses tables rondes ouvertes à tous», explique le Père Ari Antonio dos Reis. Avec des thèmes au centre des réflexions de l’Eglise comme: «Environnement et Justice Sociale», «Engagement de la religion dans la défense du vivant» ou encore «Mystique et défense de la Création». Des débats interreligieux seront également organisés lors de cette Cupula dos Povos.
Le contre sommet accueillera également quelques «figures» catholiques continentales de la défense de l’environnement, comme Mgr Pedro Barreto, évêque de Huancayo au Pérou, et Mgr Ramazzini, évêque de San Marcos au Guatemala. Tous deux sont très impliqués dans les conflits qui opposent grandes compagnies minières internationales et populations. La Commission Pastorale de la Terre (CPT) brésilienne entend, elle aussi, se servir de ce contre sommet comme caisse de résonance internationale pour évoquer les menaces de mort qui pèsent sur plus de 170 militants pour la défense de l’environnement.
Reste que même les plus fervents militants de l’environnement ne sont guère optimistes quant aux résultats concrets qui pourront sortir de ce sommet et du contre sommet. «La mobilisation aux niveaux global, national et local pour cet évènement est importante, souligne Fatima Melo. Mais le risque existe que ’Rio+20’ se termine sans conséquences pratiques ni accords véritablement importants pouvant amener des solutions à la hauteur de la crise que vivent l’humanité et la planète.» Les perspectives seraient alors très inquiétantes. «Parce que nous savons aujourd’hui que nous devons regarder au cœur des problèmes qui nous sont posés, à nous et aux générations futures. Tout simplement parce que la planète ne peut pas se permettre un ’Rio+40’.» (apic/jcg/ggc)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/un-sommet-pour-tenter-de-sauver-la-planete/