Un projet de déclaration finale plein de vide !
Rio de Janeiro, 21 juin 2012 (Apic) Du 20 au 22 juin 2012, les chefs d’Etats discutent du contenu de la déclaration finale du Sommet de l’ONU sur le développement durable ’Rio+20’. Ce texte de 50 pages est vivement critiqué par les ONG et les représentants de la société civile pour sa vacuité et son manque de propositions concrètes face à l’urgence des changements climatiques.
«50 pages de vide». Voilà l’expression qui revient le plus souvent dans la bouche des responsables des ONG présents au Sommet des Peuples, évènement organisé par la société civile internationale pour faire contrepoint au sommet officiel. De fait, tout indique que le document parvenu aux chefs d’Etat des pays participants du Sommet ’Rio+20’ ne sera qu’un texte a minima, fruit d’une négociation entre diplomates et experts dépêchés par chaque Etat les 17, 18 et 19 juin.
Le document de déclaration finale se résume à … convenir d’un nouvel agenda de négociations qui devra être décidé dans les prochaines années. «Tout cela, regrette amèrement Renata Camargo, coordinatrice des politiques publiques de Greenpeace au Brésil, parce que les diplomates et les négociateurs n’ont voulu prendre aucun risque, préférant livrer aux chefs d’Etat un texte sans aucune véritable décision d’ampleur, tant sur les aspects économiques que environnementaux.» La responsable de l’ONG environnementale se demande d’ailleurs si «les négociateurs et diplomates ont réellement perçu l’urgence et la nécessité de réagir face au changement climatique.»
Parmi les critiques les plus virulentes, figurent le thème des océans. «Tout était prêt pour l’approbation d’un plan de sauvetage des océans, poursuit Renata Camargo. Mais dans les heures qui ont précédé la clôture des négociations entre experts, le caractère urgent de ce plan a été retiré sur la pression de certains Etats.»
Autre exemple de la vacuité de cette déclaration, l’eau. Si le texte fait effectivement référence à cette question, il ne fait cependant pas mention d’actions concrètes à mettre en place. Il ne propose pas non plus d’accord de gestion de ce bien naturel, ni ne propose une coopération pour maintenir la qualité de l’eau, reconnaissant à peine son caractère «fondamental.»
Au sujet de la fonte des glaciers et de la montée des niveaux des océans, le texte admet certes les risques encourus par les états insulaires, mais sans proposer de mesures de protection pour enrayer le phénomène. Pour Graciela Salete, de la ’Coordination andine des organisations indigènes’ (CAOI), «tant les glaciers que les bassins hydrographiques et les zones de biodiversité devraient être considérés comme intouchables et protégés des activités minières.»
La CAOI s’indigne que l’extraction minière puisse être considéré comme une «activité compatible avec le développement durable». En réalité, par l’intense pollution qu’elle provoque, c’est l’une des activités les plus prédatrice pour l’environnement, pour la vie sociale et la culture des peuples autochtones. La Coordination andine réclame que la ’Terre Mère’ (Tierra Madre) soit considérée comme un «sujet de droit». Elle demande l’adoption d’une ’Déclaration Universelle des Droits de la Terre Mère’.
Les représentants de la société civile pointent également du doigt l’absence d’accord sur les énergies renouvelables. Sur ce thème, le texte proposé se distingue par l’absence de décisions. Ainsi, les objectifs de développement durable seront débattus lors d’un prochain round de négociations. Dans l’intervalle, les efforts pour promouvoir et renforcer les actions pour le développement durable se feront sur la base du volontariat.
Face à l’énoncé du «principe de responsabilité commune, mais différenciée», la CAOI rappelle que les pays industrialisés et les grandes entreprises multinationales doivent assumer leur dette historique à l’égard des peuples de la Terre Mère. «Cette dette s’est accumulée au cours de siècles de dégradation, de saccages, de contaminations et de colonialisme.» Plus important encore, les pays développés doivent s’engager à changer leurs modèles de consommation et leur système énergétique, largement basés aujourd’hui sur les combustibles fossiles.
Les organisations de la société civile présentes à Rio sont très sceptiques quant au résultat final du Sommet onusien. Leurs seuls espoirs résident aujourd’hui dans la réaction des chefs d’Etat présents – malgré l’absence notoire de quelques-uns des plus importants comme Barak Obama, Angela Merkel ou James Cameron – pour améliorer un texte très décevant. Il reste encore un peu de temps pour tenter de sauver ce qui peut l’être. Jusqu’au 22 juin exactement.
La Conférence des évêques du Brésil (CNBB) participe activement au Sommet des Peuples à travers notamment les Commissions pour le Dialogue interreligieux, la Commission Justice et Paix ou encore la Commission Pastorale de la Terre.
Célébration interreligieuse le 18 juin, table ronde des leaders religieux présents au contre sommet le lendemain, célébration autour de la protection du vivant, le 20 juin. Au-delà des assemblées et des réunions, la CNBB a tenu également un débat sur le thème de la «responsabilité de la religion dans la protection de la vie sur la terre».
Ces dialogues ont permis de déterminer que les agendas des religions doivent inclure des engagements précis pour la défense de la vie sur la planète, a indiqué le Père Elias Wolff, de la Commission pour le Dialogue Interreligieux de la CNBB. Religions, société et environnement ne sont pas des réalités distantes mais au contraire étroitement liées. Les traditions religieuses contribuent à renforcer la prise de conscience des valeurs fondamentales de la vie, personnelle, sociale et environnementale.
(apic/jcg/mp)
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