«Le sommet a raté l’occasion de réaliser le développement durable»

Brésil: Alliance Sud juge le document final de Rio+20 décevant

Rio de Janeiro, 22 juin 2012 (Apic) Le document final de Rio+20, qui sera adopté le 22 juin au soir, est décevant à plus d’un titre, estime le groupement d’organisations suisses Alliance Sud dans un communiqué diffusé le même jour. Si les pays en développement ont réussi à imposer une conception de l’économie verte qui respecte leurs exigences nationales, le sommet a raté l’occasion de réaliser le développement durable.

«Le sommet a raté l’occasion d’amorcer le changement de paradigme nécessaire pour sauver la planète et élaborer des indicateurs de bien-être qui aillent au-delà de la croissance et PIB. Il est prévu que ces indicateurs soient développés par l’ONU, mais il n’y a aucune urgence», regrette Isolda Agazzi, responsable de politique de développement chez Alliance Sud.

«Certes, les percées sur l’économie verte voulues par les pays industrialisés n’ont pas eu lieu. Mais si le texte prévoit quelques garde-fous exigés par les pays en développement – notamment qu’elle ne devienne pas une nouvelle forme de protectionnisme et qu’elle n’impose pas de conditionnalités additionnelles –, il fait la part belle au secteur privé, pour lequel aucune réglementation contraignante pour respecter l’environnement et les droits humains n’est prévue», estime Alliance Sud.

L’organisation déplore aussi la faiblesse des engagements au niveau du transfert de technologies et des moyens additionnels pour le développement durable, qui vont être pris dans le cadre de processus intergouvernementaux à venir et selon des accords volontaires entre les parties.

La lutte contre la pauvreté risque de perdre son caractère central

Les Etats ont décidé de lancer un processus pour l’élaboration d’objectifs de développement durable qui viennent remplacer les Objectifs du Millénaire pour le développement à leur échéance, après 2015. «Mais le risque n’est pas écarté que les deux processus soient menés en parallèle, au lieu de confluer dans un seul et que la lutte contre la pauvreté perde le caractère central qu’elle occupe aujourd’hui», déplore Isolda Agazzi.

Alliance Sud regrette aussi que le Conseil sur le développement durable n’ait pas été créé. «Il aurait constitué une autorité forte, susceptible d’assurer la cohérence entre les trois dimensions économique, social et environnemental. Au lieu de cela, le texte prévoit la création d’un vague Forum de haut niveau qui n’aura pas les dents nécessaires pour mener à bien ce mandat».

Dans son bilan, Alliance Sud relève que quelques acquis ont été conservés, à commencer par les principes fondamentaux des conférences de Rio 1992 et Johannesburg 2002, notamment la responsabilité commune, mais différenciée. Le droit au développement, à l’alimentation, à l’eau, à la santé et les droits des populations autochtones ont été réaffirmés. Les droits de la Terre Mère ont été proclamés, à l’instigation de la Bolivie. «Mais la conférence déçoit du point de vue du genre, les Etats n’ayant pas réussi à réaffirmer les droits sexuels et reproductifs», lance l’organisation.

«Il est réjouissant que les pays en développement aient réussi à imposer en partie leur vision, notamment grâce au rôle de facilitateur joué par le Brésil, le pays hôte. Mais un tel sommet aurait pu et dû arriver à beaucoup plus», conclut-elle. (apic/com/bb)

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