«Une belle tâche, mais loin d’être facile»
Rome, 6 juillet 2012 (Apic) Le pape Benoît XVI a nommé l’actuel évêque de Ratisbonne en Allemagne, Mgr Gerhard Ludwig Müller, préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Interrogé par l’Apic, il parle de son nouveau chemin de vie au Vatican et de ses perspectives d’activités.
Apic: Monseigneur, le pape vous a nommé préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la foi. Que ressentez-vous?
Mgr Gerhard Ludwig Müller: Beaucoup de reconnaissance pour la confiance que le pape m’accorde. Ce n’est pas une tâche facile car elle est placée sous le regard de l’Eglise universelle, mais c’est une belle tâche que d’être au service du pape au niveau de la doctrine. Cette fonction a une dimension universelle, mais n’a rien à voir avec le centralisme.
Apic: Depuis quand savez-vous que vous iriez à Rome?
Mgr Müller: Depuis quelques temps déjà. Mais le changement devait s’opérer selon une procédure bien définie.
Apic: Savez-vous exactement pourquoi le pape a fait appel à vous? Voulait-il un Allemand, un théologien, une personne en qui il a confiance?
Mgr Müller: Ce n’est certainement pas une affaire de nationalité. En tant que catholiques, nous faisons tous partie de l’Eglise universelle. Mais le Saint-Père me connaît, ainsi que mon œuvre théologique, non seulement comme auteur de livres mais aussi comme expert lors du synode des évêques à Rome, ainsi que dans la Conférence épiscopale allemande et ses commissions œcuménique et de Doctrine de la foi.
Apic: Quand entrez-vous en fonction?
Mgr Müller: Je viens d’entrer en fonction, le 2 juillet.
Apic: Vous êtes maintenant au Vatican une des personnalités les plus importantes après le pape, et un de ses plus proches collaborateurs. Quels ont été les premiers pas que vous avez accomplis?
Mgr Müller: Je viens de rencontrer les responsables de la Congrégation, afin d’avoir regard d’ensemble sur le déroulement des journées et de prendre connaissance des différentes compétences. Le domaine des tâches est très large et diversifié. La Congrégation pour la Doctrine de la Foi est formée de trois sections: doctrinale, disciplinaire et matrimoniale. Ensuite, le préfet est aussi président de la Commission biblique et de la Commission théologique internationale. Nous avons environ 50 collaborateurs directs. Il y a ensuite la «Feria quarta», l’assemblée des cardinaux, qui a lieu environ toutes les 4 semaines.
Apic: Quel sont vos thèmes prioritaires?
Mgr Müller: La Congrégation pour la Doctrine de la foi est responsable de la promotion de l’enseignement de la doctrine, et non de sa préservation. La réorganisation entreprise en 1965 a mis cette vision positive au centre. Il s’agit de promouvoir la théologie et son enracinement dans la Révélation, d’assurer sa qualité, et de prendre connaissance des développements spirituels importants de notre époque qui ont une dimension universelle. Nous ne pouvons pas simplement répéter mécaniquement la doctrine de l’Eglise. Elle doit constamment se décliner en tenant compte des évolutions spirituelles contemporaines, des changements sociologiques, et de la pensée humaine.
Apic: Où allez-vous mettre des accents particuliers? Qu’est-ce qui vous préoccupera particulièrement ces prochains temps?
Mgr Müller: La Congrégation a pour tâche de soutenir le pape dans son enseignement. Nous devons nous renseigner au sujet des thèmes importants qu’il aborde dans ses messages. Lors de son voyage en Allemagne, il a mis en avant la question de Dieu. Il a aussi parlé de la «mondialisation» de l’Eglise, un thème qui ne concerne pas que l’Allemagne. Cela touche la bonne compréhension de l’essence même de l’Eglise et de sa mission, et consiste à trouver un bon équilibre entre isolement et ajustement face au monde, afin de pouvoir vraiment être au service du monde, au nom de Jésus Christ.
Nous devons en particulier combattre une lassitude très répandue au sujet des questions de la foi. L’année de la Foi, avec le rappel des 50 ans de l’ouverture du Concile et des 20 ans du Catéchisme de l’Eglise catholique y contribuera de façon essentielle.
Apic: Vous débutez dans votre fonction dans une période agitée pour le Vatican. Est-ce que tout est en tain de rentrer dans l’ordre?
Mgr Müller: Concrètement, je ne sais pas grand chose à ce sujet. Il faut attendre les conclusions de l’enquête. Il me semble important de ne pas perdre de vue l’excellent travail accompli par les centaines de collaborateurs dans les différents services de la Curie. Ils sont injustement assimilés à ces actes isolés. Cela donne l’impression que tout est chamboulé. Or, il n’en est rien.
Apic: Un autre grand thème à Rome est le Jubilé du Concile. Qu’attendez-vous de cette rétrospective?
Mgr Müller: Nous n’avons pas besoin d’une herméneutique, qui serait emmenée de l’extérieur vers le Concile. Il s’agit plutôt de redécouvrir l’herméneutique qui était dans le Concile: l’herméneutique de la réforme dans la continuité, comme l’a souligné à plusieurs reprises le Saint-Père. Un Concile est une mise en œuvre du professorat de l’Eglise, dans la communauté des évêques en communion avec le pape. Dans ce sens, le Concile Vatican II a été une manifestation grandiose, mais également d’un autre type que maints conciles qui l’ont précédé. Il s’est donné pour but légitime de ne pas simplement s’attaquer à des erreurs définies et à les corriger, mais de proposer une autre forme de représentation d’ensemble de la foi catholique. Il ne voulait pas présenter un tas d’éléments disparates, mais un grand ensemble cohérent, la grande architecture de l’Eglise avec de grands espaces, dans lesquels on se sent bien et où on demeure volontiers.
Apic: Ce Concile a bien sûr aussi engendré des problèmes, en tous cas pour la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X.
Mgr Müller: Quiconque se définit comme catholique devrait aussi respecter les principes de la foi catholique. Les principes de la foi catholique ne sont pas «préformulés» par la Congrégation de la Doctrine de la foi, ni par quiconque. Mais ils nous sont donnés dans la Révélation de Dieu en Jésus-Christ, qui a été confiée à l’Eglise. On ne peut donc pas simplement choisir ce qui convient à un schéma prédéfini.
Il s’agit plutôt de s’ouvrir à l’ensemble de la foi chrétienne, à l’ensemble de la Profession de foi, de l’histoire de l’Eglise et à l’évolution de sa doctrine. Il faut s’ouvrir à une tradition vivante, qui ne s’est pas interrompue à un moment donné (vers 1955), mais qui se poursuit. Nous devons vraiment apprécier l’histoire avec ses résultats et ses incidences, tout comme nous devons aussi constater que chaque époque se trouve à sa façon auprès de Dieu. Chaque époque connaît ses propres défis, nous ne pouvons donc pas considérer un moment de l’histoire comme un modèle classique. Mais nous nous évoluons d’un sommet jusque vers le prochain sommet.
Apic: Allez-vous continuer une activité scientifique?
Mgr Müller: Selon moi, cela fait partie de ma fonction. Benoît XVI avait explicitement mis cela comme condition comme préfet de la Congrégation, donc auparavant cela n’était pas usuel. Mais quand on provient du domaine scientifique et que l’on y est attaché, alors on voudra continuer à s’occuper des questions actuelles. Je ne pourrai certainement plus m’adonner sans autres à de nouvelles monographies, il me manquera de temps et d’occasions telles que nous en avons en tant que titulaires d’une chaire. Mais il existe aussi d’autres formes littéraires avec lesquelles nous pouvons prendre position sur les thèmes scientifiques actuels ou classiques.
Apic: Vous réjouissez-vous d’être à Rome? Qu’est-ce qui vous y plaît en particulier?
Mgr Müller: Je suis souvent venu à Rome, pour des séances de la Congrégation pour la Doctrine de la foi et d’autres événements. La ville est si riche dans sa tradition antique et chrétienne et dans son histoire contemporaine, qu’on ne pourra jamais y venir à bout. Mais je ne viens bien entendu pas en tant que touriste. Je suis là pour travailler et naturellement pour prier à l’intention de l’Eglise universelle. (apic/cic/pem/bb)
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