Paraguay: L’ex-président Lugo sillonne le pays pour rallier du soutien
Asuncion, 14 juillet 2012 (Apic) L’ex-président paraguayen Fernando Lugo est déterminé « à poursuivre le combat pour que soient respectées les décisions prises démocratiquement par le peuple ». Il dénonce les intérêts qui ont, selon lui, provoqué son éviction du pouvoir. En particulier, l’autorisation de la culture du soja transgénique et de l’exploitation minière.
Le Sénat paraguayen a destitué, le 22 juin 2012, le président Lugo parce qu’il s’opposait à des mesures allant à l’encontre des intérêts de la nation et de l’environnement. C’est la thèse que l’ex-évêque développe en sillonnant le pays afin de donner à la population sa version des faits.
Il note d’abord le vote, le lendemain même de sa destitution, d’une loi permettant la culture du soja transgénique. Fernando Lugo s’était toujours fortement opposé à ce projet. Faisant de la lutte contre les monocultures transgéniques un cheval de bataille, il en a dénoncé les conséquences économiques et environnementales dans un pays qui compte 300’000 paysans sans terre et où 80% des terres cultivables appartiennent à une poignée de familles. Des terres aujourd’hui largement recouvertes de soja destiné à l’exportation, que l’ex-président avait d’ailleurs décidé de taxer. « Mes opposants se sont toujours opposés aux taxes à l’exportation du soja que je souhaitais mettre en place pour créer un peu plus de justice, financer les projets sociaux et la réforme agraire », a-t-il rappelé.
Un autre point suspect est l’aboutissement très rapide des négociations avec l’entreprise multinationale « Rio Tinto Alcan », un groupe anglo-australien, spécialisé dans l’extraction du charbon et la production d’aluminium. C’est dans ce dernier secteur d’activité que l’entreprise souhaite s’implanter au Paraguay, comptant sur une main d’œuvre à bas coût et sur des lois de protection environnementale très peu contraignantes. Sauf que pour produire de l’aluminium, « Rio Tinto Alcan » devrait consommer à elle seule l’énergie que l’industrie paraguayenne toute entière consomme aujourd’hui. « Je me suis toujours opposé à ce projet, a rappelé l’ex-évêque, car il trahit la souveraineté énergétique du pays, les intérêts de la nation, et met en péril l’environnement. » Un avis que ne partage manifestement pas l’opposition, puisque les négociations avec le géant de l’aluminium ont repris et sont même bien avancées.
La destitution du Fernando Lugo Mendez est survenue après que le sénat l’a tenu pour responsable de la mort de 17 personnes, le 15 juin 2012, lors d’une intervention des forces de l’ordre visant à expulser des paysans sans terre installés dans la propriété d’un homme d’affaires au nord-est d’Asunción. Il ressort que l’enquête qui a conclu à la responsabilité de Lugo a été largement bâclée. Le Sénat a également rejeté la requête des avocats du président qui avaient demandé deux semaines pour préparer sa défense. (apic/jcg/rz)
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