Le rêve très bref d’un avenir meilleur
Nicosie, 24 juillet 2012 (Apic) Neama s’exprime en arabe et mime des tirs de pistolets. «Muslims – Christians», dit-elle dans un anglais pratiquement incompréhensif. Elle tend sa main droite. Des cicatrices à l’avant-bras sont les traces visibles des affrontements sanglants entre musulmans et chrétiens, durant lesquels l’Egyptienne a été blessée. De la main gauche, elle montre une lettre de son curé au Caire. Le document demande en anglais aide et soutien pour la jeune chrétienne, laquelle espère un avenir meilleur en se rendant à Chypre. «Qui envoie ces personnes chez nous?». La question du Père Evencio Herrera Diaz résonne sèchement. «Il n’y a pas d’avenir pour elle à Chypre», affirme le franciscain.
Neama est motivée. Elle a acquis plein de mots et d’expressions en grec depuis son arrivée sur l’île, il y a quatre jours. Elle attendait impatiemment depuis un demi jour que ce franciscain très occupé lui accorde son attention, avec à la main la lettre qui devait lui ouvrir la porte vers une vie meilleure. Dès qu’elle trouvera du travail, elle apprendra l’anglais, affirme-t-elle. «Le mieux pour elle serait de retourner en Egypte pour y chercher une place plus sure. Elle s’épargnera ainsi beaucoup de peines et de larmes», soutient le religieux d’origine mexicaine.
Père Evencio Herrera Diaz sait de quoi il parle. Depuis trois ans, il consacre son ministère sur cette île à une communauté composée en grande majorité de migrants, issus pour la plupart des Philippines, du Sri Lanka et d’Inde dans la partie grecque, du Nigeria, du Cameroun et du Ghana dans la partie turque, au nord de l’île. La majorité d’entre eux arrivent légalement à Chypre comme étudiants ou par le biais d’une agence de travail, en espérant obtenir la possibilité de rester plus que 4 ans, un rêve qui n’est réalisé que pour peu d’entre eux. D’autres restent sur place après l’expiration de leur visa, avec la peur permanente d’être pris par la police des migrants.
«Les jeunes femmes qui immigrent sans visa et sans travail comme Neama atterrissent dans un trou», affirme Evencio Herrera. La police des migrants, explique-t-il, est très efficace et rapide. Souvent, il ne se passe pas un jour entier entre l’arrivée illégale et l’expulsion. «Et même si une femme parvient à se cacher, sans travail elle atterrit tôt ou tard dans la prostitution, comme des centaines avant elle».
Déjà pour les immigrés en possession de papiers légaux, la vie ici n’est pas facile, explique le religieux. Le taux de chômage est élevé, la crise économique touche l’île et la discrimination est largement répandue. Beaucoup de migrants viennent avec desfausses idées, assure le franciscain en s’appuyant sur son expérience. «On leur affirme dans leur pays d’origine qu’ils se rendent ainsi en Europe. D’un point de vue politique ce n’est pas faux, car Chypre fait partie de l’Union européenne. Mais géographiquement et de beaucoup d’autres points de vue, nous faisons partie du Proche-Orient».
Le religieux ne veut pas paraître dur ou amer. «Nous autres frères, nous sommes là pour aider tout le monde. Se mettre au service des pauvres loin de notre pays nous fait plaisir.» Mais les quelques frères présents ne parviennent pas à aider tous ces immigrants, légaux ou illégaux. Et parfois, leur rendre service signifie ôter aux migrants leur illusion en un avenir plus sûr en Europe, afin de leur épargner le pire.
Neama ne comprend pas le franciscain. Les larmes aux yeux, elle lui tend encore une fois la lettre. Son vol de retour dans sa patrie mal-aimée a lieu dans moins de 24 heures. Son permis de séjour à Chypre échoit de toute façon dans quelques jours. Le Mexicain, qui aurait bien voulu aider la jeune femme, espère qu’elle prendre la bonne décision. (apic/ak/bb)
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