Beyrouth: Les attentes du nonce Gabriele Caccia face à la visite du pape au Liban
Beyrouth, 27 juillet 2012 (Apic) Deux ans après le synode sur le Moyen-Orient, le pape Benoît XVI se rendra en septembre au Liban pour signer et remettre l’Exhortation apostolique issue de cet événement qui s’est déroulé en octobre 2010 à Rome.
Cette visite interviendra dans une période de troubles dans la région, qui sont suivies au Liban avec attention et préoccupations, explique le nonce apostolique à Beyrouth, l’archevêque Gabriele Giordano Caccia, interviewé par l’Apic.
Apic: Excellence, quels sont les effets du synode sur le Moyen-Orient au Liban?
Gabriele Caccia: Le synode a surtout constitué une première pour le Moyen-Orient et il a été suivi avec grand intérêt par tous les chrétiens de la région.
De plus, il y a souvent eu des rencontres bilatérales entre le pape et un patriarche ou un évêque, mais c’était la première fois que tous étaient réunis avec lui durant 3 semaines. Cela a eu beaucoup d’effets positifs. A la fin du synode, les évêques eux-mêmes ont parlé d’une nouvelle Pentecôte. C’était une expérience de l’esprit, de fraternité, de Parole de Dieu, et de partage.
Nous avons pu partager les problèmes que chaque communauté vit avec ses particularités, mais qui sont souvent des problèmes généraux, même si chaque pays a sa propre histoire et ses spécificités. Donc il y a aussi une attente à l’égard du document que le Saint Père va signer et remettre pendant cette visite. Il y a enfin une attente joyeuse de la part de toutes les Eglises, et la parole du pape a un poids très important en Orient.
Apic: Et chez les croyants?
Gabriele Caccia: Même si au niveau des préparatifs et de ce qui touche au synode il s’agit plutôt d’un travail de la hiérarchie, l’attente est partagée par tous. Après le retour des évêques, il y a eu des conférences dans les paroisses, des explications sur ce qui s’est passé. Des évêques ont adressé des messages à leurs fidèles. Donc les gens savent qu’il y a eu un grand travail et ils en attendent les conclusions. Ils veulent surtout savoir comment faire face aux défis actuels dans cette région. Car la situation a beaucoup changé depuis l’automne 2010.
Apic: Justement, quelle est l’influence du «Printemps arabe» sur le Liban?
Gabriele Caccia: Les Libanais en général observent avec beaucoup d’intérêt les événements des pays arabes, parfois avec passion, parfois avec préoccupation. Ils sont surtout préoccupés lorsque apparaissent la violence, l’injustice ou les massacres.
Le Liban est basé sur le principe de la liberté de conscience. C’est une des valeurs fondamentales de sa Constitution. Les Libanais ont toujours connu dans leur histoire le respect de la diversité. Il y a 19 communautés reconnues officiellement par l’Etat. Nous sommes donc marqués par une tradition de partage, de convivialité, de liberté. Tous ceux qui marchent dans cette direction sont bien accueillis par les Libanais. Ils voient ainsi que cette formule n’est pas seulement possible, mais appréciée et recherchée. Elle se base sur la dignité de la personne et sur l’exigence de partage avec les autres.
Donc les Libanais portent un regard très attentif sur les événements dans la région et espèrent que la situation évolue dans une direction souhaitée par la majorité de la population du Proche-Orient.
Apic: Les chrétiens au Liban doivent-ils se battre contre les mêmes difficultés que dans les pays voisins?
Gabriele Caccia: Chaque pays du Moyen-Orient a ses particularités, mais il y a en même temps des liens très forts entre chaque communauté dans les différentes régions. Mais ce qui s’est passé dans les pays alentours n’a pas changé de façon directe le Liban et n’a pas menacé son équilibre.
Il ne faut pas oublier que durant plusieurs années, le Liban a vécu une crise qui a laminé les différentes communautés. Les Libanais savent que personne ne sort indemne d’une division ou d’une une guerre. Leur expérience permet de conserver une certaine distance face aux événements, de mieux comprendre ce qui se passe, d’envisager des solutions afin d’éviter que les faces négatives de l’histoire ne se répètent. Ils cherchent dans leur très petit pays à apporter leur contribution en vue d’une évolution positive de la situation.
Apic: Qu’attend la population libanaise de la visite du pape?
Gabriele Caccia: Je perçois un grand enthousiasme parmi les chrétiens, surtout chez les catholiques, présents au Liban avec six rites différents. De grandes attentes sont également partagées par les non chrétiens, qui ont un grand respect envers la personne du pape et envers les chrétiens, pour ce qu’ils ont fait dans le pays.
L’identité libanaise a été forgée par la contribution des différents groupes. Il y a de grands efforts pour bâtir ensemble quelque chose de nouveau, afin de ne pas copier ce qui prévaut au Moyen Orient ou en Occident. Le Liban est un pays qui tente de rassembler des éléments du monde occidental et du monde oriental.
Dans le sens du respect et de l’estime réciproque ce que chaque communauté apporte, la visite du Saint-Père va certainement constituer un signe d’encouragement pour le chemin pris par les Libanais et pour l’esprit qui règne dans ce pays. Elle va également montrer que la convivialité est possible et qu’elle se réalise déjà. Le Liban, même avec les difficultés traversées lors de chaque période de son histoire, montre qu’il y a aussi une alternative au «clash» des cultures. Et que le dialogue et la vie commune sont possibles si on les recherche sérieusement.
Apic: Après le pape charismatique Jean Paul II en 1997, c’est au tour de Benoît XVI, un pape au comportement plutôt académique, de fouler la terre libanaise …
Gabriele Caccia: Beaucoup de Libanais se rappellent encore très bien de la venue de Jean Paul II, qui a marqué les esprits de façon extraordinaire. «Le Liban est plus qu’un pays, c’est un message. Un message pour l’Occident et l’Orient. Un message de fraternité, de liberté et de dialogue», a affirmé à plusieurs reprises le pape polonais. Il a ainsi souligné la vocation spécifique de ce petit pays pour l’ensemble des grands pays qui l’entourent.
Mais il n’y a aucune comparaison à faire. C’est maintenant une autre personnalité qui nous rend visite, un autre pape, aussi successeur de Pierre. Le regard de la foi permet de reconnaître en lui celui qui vient au nom du Seigneur.
De plus, l’Orient est une société très jeune. Beaucoup de chrétiens ne connaissent que Benoît XVI et l’apprécient en tant que pape de leur jeunesse.
Cette visite constitue enfin un événement important, que les habitants de la région attendaient encore de la part du successeur de Pierre. Le pape Benoît XVI s’est rendu dans plusieurs pays de la région et a convoqué le synode spécial sur le Moyen-Orient. Cette attitude de respect, d’intérêt et d’amour pour le Proche-Orient recevra en réponse le respect et l’amour de la population pour le Saint-Père.
(apic/ak/bb)
webmaster@kath.ch
Portail catholique suisse
https://www.cath.ch/newsf/le-liban-constitue-une-alternative-au-clash-des-cultures/