Rome: Le cardinal Kurt Koch s’exprime sur Vatican II, l’œcuménisme et Ecône

Renouveau et continuité

Rome, 31 juillet 2012 (Apic) On commémorera le 11 octobre prochain les 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II. Le cardinal suisse Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens, s’exprime dans une interview donnée à l’Apic sur la signification de Vatican II, la critique des traditionalistes concernant le Concile et le rôle de l’œcuménisme. Le cardinal Koch parle également des projets pour la commémoration des 500 ans de la Réforme, en 2017, et d’une éventuelle rencontre entre le pape et le patriarche de Moscou, Cyrille 1er.

Apic: On célébrera en 2017 les 500 ans de la Réforme. Que prévoient de faire les catholiques, que prévoit le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens à cette occasion?

Kurt Koch: Avec notre partenaire, la Fédération luthérienne mondiale (FLM), nous sommes en train de préparer une déclaration commune pour cette commémoration. Nous devons réfléchir à ce qu’il sera approprié de dire ensemble à cette occasion. Ensuite, il y aura certainement aussi des initiatives locales. La gestion de ces dernières revient en premier lieu aux Conférences épiscopales locales.

Apic: Y aura-t-il une manifestation commune au niveau mondial?

KK: Rien de tel n’a encore été fixé.

Apic: Le patriarche de Moscou, Cyrille 1er, a affirmé au chef du gouvernement italien, Mario Monti, que les relations entre l’Eglise orthodoxe russe et l’Eglise catholique romaine s’étaient grandement améliorées. Qu’en pensez-vous?

KK: Cela me fait très plaisir d’entendre qu’à Moscou les responsables considèrent aussi les choses de cette façon. De notre côté, je peux volontiers confirmer que c’est ainsi que nous les voyons. Ma visite au patriarche, en 2011, a été très positive, très amicale. En outre, nous avons beaucoup apprécié les initiatives prises par le métropolite Hilarion, notamment le concert donné en l’honneur du Saint-Père.

Ce sont là les signes d’un développement positif. J’espère que toutes ces avancées pourront aboutir un jour à une rencontre entre le pape et le patriarche.

Apic: Pensez-vous que cela arrivera dans un futur proche?

KK: Moscou m’a clairement fait comprendre que l’on n’aimerait pas encore discuter de dates.

Apic: Le 11 octobre, nous fêterons l’ouverture du concile Vatican II. Que va faire le Vatican pour cette occasion?

KK: Le pape a déjà annoncé que le 11 octobre débuterait une « Année de la Foi ». Le pape Paul VI avait déjà pris une telle initiative après le Concile, convaincu qu’il devait être reçu de façon correcte.

Apic: Il y a encore beaucoup de polémiques concernant la réception du Concile. Beaucoup s’y réfèrent avec des intentions diverses. Le Concile a-t-il été bien interprété, l’est-il encore aujourd’hui?

KK: Benoît XVI a identifié, dans son premier grand discours de Noël du 22 décembre 2005, les questions essentielles liées à Vatican II et a mis en évidence deux herméneutiques très différentes: l’herméneutique de la discontinuité et de la rupture, selon laquelle le Concile a formé une nouvelle Eglise qui n’avait plus grand-chose à voir avec l’ancienne. Et une herméneutique de la réforme. Il ne s’agit pas, contrairement à l’interprétation que certains font des paroles du pape, d’une herméneutique de la pure continuité.

C’est de cette herméneutique de la pure continuité que se revendiquent les traditionalistes. Le pape voit beaucoup plus cela dans un rapport entre renouvellement et continuité. Dans le sens où le Concile a voulu le renouveau de l’Eglise et l’a réalisé. Sans pour autant créer une nouvelle Eglise. Dans cet ordre d’idée, il y a encore beaucoup à faire. Nous avons besoin d’une réorientation.

Apic: Vous avez parlé des traditionalistes. Ils considèrent le caractère contraignant des principes du Concile à un degré différent. Q’en pensez-vous?

KK: C’est une question complexe. Vatican II a adopté quatre constitutions, neuf décrets et trois déclarations. En termes purement formels, vous pouvez faire une différence entre ces trois genres. Mais survient un problème si l’on considère que le Concile de Trente (1545-1563) n’a publié que des décrets et aucune constitution. Il ne viendrait à l’idée de personne d’affirmer que le Concile de Trente était d’un niveau inférieur. Donc, d’un point de vue purement formel, il est possible de trouver des différences, mais l’on ne peut pas vraiment accepter que l’on fasse des différences dan le caractère contraignant du contenu de ces textes.

Le décret sur l’œcuménisme tire, par exemple, ses principes de la constitution dogmatique sur l’Eglise. Le pape Paul VI a fermement insisté lors de la promulgation de ce décret, sur le fait qu’il interprète et explique la constitution dogmatique sur l’Eglise.

Apic: Cela veut-il dire que dans le cas d’une possible réconciliation avec la Fraternité St-Pie X (FSSPX), tous les principes du Concile doivent être acceptés? Ou des concessions, des rabais, peuvent-ils être concédés?

KK: La difficulté principale réside dans le fait que la FSSPX déclare ouvertement que Vatican II a commis des erreurs. Cette notion selon laquelle un concile peut aussi se tromper, remonte après tout à Martin Luther. Par rapport à cela, les traditionalistes devraient déjà se demander où ils se situent effectivement.

Apic: Qu’est-ce que le Concile signifie en fin de compte pour l’œcuménisme? -le domaine qui est de votre ressort- pour les relations avec le judaïsme? S’agissait-il d’un nouveau départ, d’un tournant?

KK: Le pape Jean XXIII était persuadé que le concile qu’il avait convoqué devait répondre à deux attentes: le renouveau de l’Eglise catholique et le rétablissement de l’unité des chrétiens. C’était l’axe de tout le Concile.

Le pape Paul VI, dans le discours d’ouverture de la deuxième session, en 1963, a confirmé que le véritable point d’orgue du Concile, la raison suprême pour laquelle il avait été convoqué, était le rétablissement de l’unité des chrétiens. L’œcuménisme n’est donc pas un thème secondaire, un appendice, mais un thème central du Concile, comme Jean Paul II l’avait une fois rappelé. C’est pourquoi il doit être aujourd’hui un thème central de l’Eglise. En outre, la déclaration conciliaire sur les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes, et spécialement le judaïsme, « Nostra Aetate », trouve aussi ses bases dans la constitution dogmatique sur l’Eglise.

Apic: Avec le jubilé du Concile, le 11 octobre, s’ouvrira donc une « Année de la Foi ». Que devrait-elle apporter?

KK: L’Année de la Foi va accompagner la commémoration de l’ouverture du Concile, il y a 50 ans, et la publication du Catéchisme de l’Eglise catholique, il y a 20 ans. Tout cela est en droite ligne avec les considérations du pape, selon lesquelles l’Eglise a besoin d’un renouveau, d’un renouveau intérieur qui retrouve et approfondisse les fondements de la Foi. J’espère que là, quelque chose pourra se passer. (apic/rz)

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