Les fondamentalistes hindous perdent une bataille
New Delhi, 8 septembre 2012 (Apic) La Haute Cour de l’Himachal Pradesh, un Etat du nord-ouest de l’Inde, a déclaré le 29 août 2012 que la loi anti-conversion appliquée dans l’Etat depuis 2007 violait plusieurs principes constitutionnels. Cette loi avait été votée sous la pression des fondamentalistes hindous de la région pour contrer le «prosélytisme» des chrétiens, rapporte le 6 septembre l’agence d’information des missions étrangères de Paris, églises d’Asie.
«Chaque citoyen a droit à la liberté de conscience, à professer une foi, à en changer s’il le veut, mais aussi à tenir ses convictions secrètes», a rappelé le tribunal de l’Himachal Pradesh. Les juges ont conclu que ces principes rendent de fait anticonstitutionnels plusieurs articles du décret d’application de la loi anti-conversion. Ceux stipulant que la conversion d’une personne ne peut se faire sans une procédure judiciaire sont en particulier concernés.
La Haute Cour de l’Etat a statué sur un recours présenté en 2011 par plusieurs organisations chrétiennes. Le dossier a été plaidé volontairement par des avocats de religions différentes, afin de démontrer qu’il s’agissait de protéger tous les croyants en leur permettant de se convertir sur la base du libre arbitre.
Le «Global Council of Indian Christians» (GCIC), une organisation de défense des chrétiens en Inde, s’est réjoui de la décision de la Haute Cour. La Conférence des évêques catholiques de l’Inde (CBCI) a souligné le 31 août que «ce jugement pourrait faire jurisprudence et, par un effet de domino, entraîner d’autres recours à l’encontre des lois anti-conversion en vigueur actuellement dans plusieurs Etats de l’Inde».
Ce pourrait être le cas en effet du Manipur, un Etat situé dans l’extrême Est de l’Inde. Les chrétiens y sont confrontés depuis juin 2012 à l’imminence du vote d’une loi anti-conversion portée par le Forum des Peuples indigènes et présentée comme le moyen le plus sûr de «garantir la liberté de religion».
Depuis le jugement de la Haute Cour de l’Himachal Pradesh, les mouvements hindouistes se lancent à nouveau dans une campagne active, menaçant le gouvernement de troubles publics. Ils multiplient les pamphlets et les déclarations affirmant que l’identité hindoue de l’Inde est en danger. Les hindouistes affirment que plus rien ne protège leur communauté des conversions forcées, lesquelles sont menées essentiellement par «les forces occidentales chrétiennes».
Cinq Etats de l’Union indienne ont adopté une loi anti-conversion. Le plus souvent sous la pression des mouvements et partis hindouistes. Le premier fut l’Orissa en 1967, qui fut suivi par le Madhya Pradesh un an plus tard, puis par l’Arunachal Pradesh en 1978. Après une période d’accalmie, les extrémistes hindous déclenchèrent une nouvelle série de législations anti-conversions au Gujarat en 2003, au Chattisgarh en 2006 et finalement en Himachal Pradesh en 2007.
L’accusation de conversions forcées est récurrente dans ces Etats à forte présence hindouiste, et se retrouve à l’origine de tous les projets de lois anti-conversion présentés – et pour certains adoptés – dans l’Union Indienne.
En invalidant l’»Himachal Pradesh of Religion Act», écrit l’auteur du blog hindouiste «VivekaJyoti», la Haute Cour a failli à sa mission de protection de l’identité nationale et de la communauté hindoue. L’auteur affirme que «l’Islam et le christianisme sont des religions qui pratiquent le prosélytisme» et que pour cette raison, il est impératif que chaque conversion soit longuement et judiciairement vérifiée. (apic/eda/rz)
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