Emigration, drogue, argent ou pornographie, des tentations à fuir
Bkerké, 15 septembre 2012 (Apic) Les jeunes du Liban ne doivent pas se laisser séduire par «le ’miel amer’ de l’émigration» dans l’espoir d’un avenir au final «incertain», en dépit du chômage qui les frappe, a affirmé Benoît XVI lors d’une rencontre géante organisée au patriarcat maronite de Bkerké, dans la soirée du 15 septembre 2012. Les drogues, la pornographie, l’argent mais aussi la division sont d’autres tentations dont il faut se prémunir, a averti le pape devant une foule enthousiaste de quelque 20’000 jeunes venus de tout le Moyen-Orient.
Le pape a lancé aux jeunes «un appel à la fidélité, à l’amour de leur région». Il les a particulièrement exhortés à s’inspirer de l’exemple des apôtres et des saints du Moyen-Orient, qui «ont vécu à des périodes troublées» et dont la «foi a été la source de leur courage et de leur témoignage».
Benoît XVI a ensuite évoqué le problème du chômage, principale cause du départ de nombreux jeunes avec l’insécurité ambiante au Moyen-Orient. Confrontés à de graves défis, au premier rang desquels «la difficulté à trouver un travail», avec un «sentiment de solitude et de marginalisation», les jeunes ne doivent pas pour autant être tentés de «goûter le ’miel amer’ de l’émigration, avec le déracinement et la séparation pour un avenir incertain». Il s’agit au contraire «d’être des acteurs de l’avenir du Liban», dans la société et dans l’Eglise.
Au Liban, l’Eglise est bien consciente du problème de l’emploi et de ses conséquences sur l’émigration des jeunes. C’est pourquoi elle a mis en place des groupes de travail pour aider les jeunes à entrer dans la fonction publique, grâce à son réseau, mais aussi dans le privé, explique Mgr Cyrille-Salim Bustros, archevêque de Beyrouth de l’Eglise grecque-melkite. «A l’archevêché, nous avons un projet Bureau d’emploi pour les jeunes, qui permet de les diriger vers les institutions privées», s’enorgueillit-il.
Devant des milliers de jeunes, le pape a ensuite égrené les différentes tentations auxquelles les «frustrations» créées par la société actuelle les soumettent : drogues, pornographie, mais aussi réseaux sociaux, qui «sont intéressants mais peuvent, avec grande facilité», entraîner les jeunes «à une dépendance et à la confusion entre le réel et le virtuel». Enfin le pape a cité la tentation de l’argent, «idole tyrannique qui aveugle au point d’étouffer la personne et son cœur». En bref, il convient de renoncer à «l’illusoire, le clinquant et le mensonge» ou encore «la superficialité et la consommation facile».
Benoît XVI a par ailleurs invité les jeunes à «accueillir sans réserve l’autre, même s’il est d’appartenance culturelle, religieuse, nationale différente, (…) lui faire une place, le respecter, être bon envers lui». «Vivre ensemble des moments d’amitié et de joie, a assuré le pape, permet de résister aux germes de division, toujours à combattre». Enfin, les jeunes doivent être des «messagers des valeurs de la vie», capables de résister «courageusement» à tout ce qui la nie. Et de citer pêle-mêle l’avortement, la violence, le refus et le mépris de l’autre, l’injustice, la guerre. Ainsi, les jeunes pourront devenir ces «›agents de paix’ que nous admirons finalement le plus».
Le patriarche maronite Béchara Raï a souligné de son côté à quel point la jeunesse libanaise endure «crises politiques, sociales, économiques et culturelles» qui portent atteinte à sa foi et conduisent certains jeunes «à la perte du vrai sens de l’identité chrétienne et de leur enracinement en leur terre et leurs Eglises». Le haut prélat a aussi souligné la crainte grandissante des jeunes «devant la croissance du phénomène du fondamentalisme religieux, qui ne croit ni au droit à la différence ni à la liberté de conscience ou de culte, et qui recourt à la violence comme seul moyen pour atteindre ses objectifs». Après son allocution, le patriarche a remis au pape un fossile d’un poisson, un ’Rhinobatos maronita’, vieux de plusieurs centaines de millions d’années.
Les jeunes ont fait part à leur tour de leurs appréhensions et de leurs craintes, de leur découragement avec leur tentation d’émigrer pour un avenir meilleur. «Nous, jeunes du Moyen-Orient, voulons rester attachés a l’Orient et enracinés dans notre terre, symbole de notre appartenance et notre identité, non par fanatisme, mais pour préserver cette région du monde et son cachet unique, afin que nos patries ne soient pas fragmentées en entités confessionnelles et sectaires», a lancé l’un d’entre eux, accompagné par les applaudissements de ses camarades.
Bien avant que Benoît XVI n’arrive, à bord de sa papamobile, au patriarcat de Bkerké, la fête avait commencé, animée par danses et chants exécutés par des jeunes déchaînés, au rythme des ’Benedictos’ répétés par les animateurs. Chaque jeune avait reçu un Nouveau Testament et la version arabe du catéchisme des jeunes ’Youcat’. On comptait sur l’esplanade quelque 20’000 participants. Parmi les jeunes, on a aussi vu le président de la République Michel Sleiman, acclamé à son arrivée. Dans les airs flottait un chapelet géant formé de ballons de baudruche. Le podium depuis lequel Benoît XVI s’exprimait jouxtait l’édifice qui sert de résidence d’hiver au patriarche maronite d’Antioche depuis 1823 et qui domine le port de plaisance de Jounieh, quartier chrétien situé au nord de Beyrouth. (apic/cp/ami/mp)
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